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Les jours sur Terre s’allongent à un rythme inédit depuis 3,6 millions d’années — voici pourquoi
Crédit: ISS/NASA

Nos journées rallongent, et ce n’est pas une impression

La rotation de la Terre sur elle-même ralentit. Imperceptiblement, mais sûrement, la durée de nos journées s’allonge. Si ce phénomène n’est pas nouveau en soi, la planète ayant toujours connu des phases d’accélération et de décélération, une nouvelle étude met en lumière un rythme de changement alarmant. Les chercheurs suggèrent que l’allongement actuel de la journée est d’une rapidité jamais observée depuis au moins 3,6 millions d’années.

Ce n’est pas qu’une simple curiosité astronomique. Ce ralentissement est le symptôme d’une transformation profonde de notre planète, une transformation directement liée aux activités humaines. Pour comprendre l’ampleur du phénomène, des scientifiques de l’Université de Vienne et de l’ETH Zurich ont plongé dans l’histoire géologique de la Terre, révélant une situation unique à notre époque.

Une horloge planétaire aux rouages complexes

En théorie, une rotation complète de la Terre dure vingt-quatre heures. C’est le chiffre que nous apprenons tous. La réalité est cependant plus nuancée. La durée d’un jour peut varier légèrement, s’allongeant ou se raccourcissant de quelques fractions de seconde. Ces variations sont le fruit de forces puissantes, comme l’attraction gravitationnelle de la Lune, mais aussi de multiples processus géophysiques qui se jouent au plus profond du noyau terrestre, à sa surface et dans son atmosphère.

Un exemple concret et récent a eu lieu en juillet et août 2025. La proximité de la Lune a exercé une traction suffisante pour que les journées terrestres soient alors plus lentes que la moyenne d’un peu plus d’une milliseconde. Ces fluctuations sont naturelles et font partie du ballet cosmique de notre système. Mais une autre tendance, bien plus marquée, est aujourd’hui à l’œuvre.

L’effet « patineur » de la fonte des glaces

Le principal moteur de ce ralentissement actuel est le changement climatique d’origine humaine. Le réchauffement de la planète provoque la fonte des calottes glaciaires, libérant d’immenses quantités d’eau emprisonnées depuis des millénaires. En se déversant dans les océans, cette eau liquide se répartit sur tout le globe, entraînant une redistribution de la masse de la Terre. Ce simple déplacement de masse agit comme un frein progressif sur la rotation de la planète.

L’analogie la plus parlante est celle du patineur artistique. Lorsqu’un patineur étend les bras, sa vitesse de rotation diminue. À l’inverse, en les ramenant près de son corps, il accélère. La Terre fonctionne sur un principe similaire. La glace concentrée aux pôles est proche de l’axe de rotation. En fondant et en s’écoulant vers l’équateur, cette masse s’éloigne de l’axe, ce qui ralentit mécaniquement la rotation terrestre.

Mostafa Kiani Shahvandi, auteur de l’étude et chercheur au Département de Météorologie et de Géophysique de l’Université de Vienne, l’explique ainsi : « Dans nos travaux antérieurs, nous avons montré que la fonte accélérée des calottes glaciaires polaires et des glaciers de montagne au 21e siècle fait monter le niveau des mers, ce qui ralentit la rotation de la Terre et donc allonge la journée — à l’instar d’un patineur qui tourne plus lentement une fois qu’il étend les bras, et plus rapidement une fois qu’il garde les mains près de son corps. Ce qui n’était pas clair, c’était de savoir s’il y avait eu des périodes antérieures où le climat avait augmenté la durée du jour à un rythme aussi rapide. »

Un rythme inédit depuis l’aube de l’humanité

Pour répondre à cette question, l’équipe de recherche a analysé des millions d’années d’histoire terrestre, depuis la fin du Pliocène, il y a 3,6 millions d’années. Leurs conclusions sont sans équivoque. La Terre voit actuellement sa journée s’allonger d’environ 1,33 millisecondes par siècle. Ce rythme, principalement dû à la montée du niveau de la mer causée par la fonte des glaces, est sans précédent sur toute la période étudiée.

Cette accélération du ralentissement est une signature directe de l’impact de notre civilisation sur la planète. Benedikt Soja, professeur de géodésie spatiale à l’ETH Zurich, souligne ce point : « Cette augmentation rapide de la durée du jour implique que le rythme du changement climatique moderne est sans précédent au moins depuis la fin du Pliocène, il y a 3,6 millions d’années. L’augmentation rapide actuelle de la durée du jour peut donc être attribuée principalement aux influences humaines. »

Des conséquences technologiques bien réelles

Bien sûr, il est impossible pour un être humain de sentir sa journée s’allonger de 1,33 millisecondes sur un siècle. Le changement est trop infime pour notre perception. Cependant, il pourrait causer des perturbations significatives pour les technologies qui dépendent d’une synchronisation temporelle d’une extrême précision. Les systèmes de positionnement par satellite (GPS) ou les réseaux financiers complexes reposent sur des horloges atomiques calibrées à la nanoseconde près. La moindre dérive dans la rotation de la Terre peut dérégler ces systèmes fragiles.

Et le phénomène ne va faire que s’amplifier. Avec la poursuite du réchauffement et de la fonte des glaces attendue dans les décennies à venir, cet effet est destiné à croître. Benedikt Soja prévient : « D’ici la fin du 21e siècle, le changement climatique devrait affecter la durée du jour encore plus fortement que la Lune. Même si les changements ne sont que de l’ordre de la milliseconde, ils peuvent causer des problèmes dans de nombreux domaines, par exemple, dans la navigation spatiale de précision, qui nécessite des informations exactes sur la rotation de la Terre. »

Cette étude, publiée dans le Journal of Geophysical Research: Solid Earth, nous rappelle que même les changements les plus infimes à l’échelle planétaire peuvent avoir des répercussions concrètes sur notre monde ultra-connecté.

Selon la source : iflscience.com

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