Trump et l’Iran : pourquoi sa « victoire absolue » cache une réalité bien plus complexe
Auteur: Adam David
Entre déclarations et réalité, le détroit du doute
Lorsque Donald Trump affirme que les États-Unis ont « complètement anéanti » l’Iran, ses propos créent une onde de choc. Pourtant, sur le terrain, notamment dans le stratégique détroit d’Ormuz, la situation serait loin de refléter cette déclaration de victoire totale. C’est du moins l’analyse d’un spécialiste de la politique américaine qui décrypte un fossé grandissant entre le discours présidentiel et les faits.
Cet expert, c’est Guillaume Lavoie, membre associé à la Chaire Raoul-Dandurand. Intervenant sur les ondes de LCN un samedi, il a offert un éclairage critique sur la posture de l’administration américaine. Selon lui, les affirmations du président ne correspondent tout simplement pas à la réalité tangible des événements.
La méthode « Trump 101 » : un triomphe en trompe-l’œil
Pour Guillaume Lavoie, la communication de Donald Trump relève d’une méthode bien rodée. « On a un Trump tonitruant qui célèbre une victoire absolue et en même temps, les résultats et la réalité ne sont pas du tout au niveau de ce qu’il déclare. C’est du Trump 101 », a-t-il lancé lors de son entrevue. Cette approche consiste à proclamer un succès retentissant, même lorsque la situation sur le terrain reste complexe et incertaine.
L’analyste souligne d’ailleurs un élément qu’il juge inédit. Comment un chef d’État peut-il à la fois revendiquer une victoire militaire écrasante et, simultanément, solliciter l’aide de ses alliés pour sécuriser la zone ? Cette contradiction apparente interroge sur la solidité de la position américaine et sur la véritable nature de cette supposée « victoire ».
L’erreur d’analyse : l’Iran n’est pas le Venezuela
Selon Guillaume Lavoie, le président américain aurait abordé le dossier iranien avec une grille de lecture simplifiée, calquée sur d’autres crises internationales. « Il voyait l’Iran comme un Venezuela 2.0. Je fais sauter la tête, je négocie avec le numéro 2 et on repart », explique l’expert pour illustrer cette stratégie de décapitation du pouvoir.
Mais cette comparaison a ses limites. « L’Iran, c’est une autre histoire, c’est un peuple avec une histoire millénaire », poursuit-il. Face à la pression extérieure, le régime en place pourrait même sortir renforcé. « Clairement, le régime est peut-être plus enraciné maintenant qu’il ne l’était, parce que pour le régime, l’objectif suprême, c’est de survivre », affirme l’analyste, soulignant la résilience d’une structure politique dont la priorité absolue est de perdurer.
La surprise stratégique et le spectre de l’inflation
La réaction de Téhéran semble avoir pris Washington de court. Guillaume Lavoie note que le président américain a été surpris par la capacité de l’Iran à riposter en déstabilisant ses voisins et, par ricochet, l’économie mondiale. Une surprise d’autant plus étonnante que les plans d’une confrontation ne datent pas d’hier. « Ce qui est surprenant ici, c’est que ça fait 47 ans qu’il y a un plan d’attaque potentielle contre l’Iran », rappelle l’expert.
Cette situation soulève une question fondamentale. L’état-major américain, que Lavoie qualifie de tout sauf amateur, a forcément étudié tous les scénarios possibles. « Est-ce que les avertissements ont été faits et qu’on a décidé de passer outre ? », s’interroge-t-il. Les conséquences d’une fermeture du détroit d’Ormuz pourraient en effet se retourner contre l’administration Trump, notamment sur le plan économique.
Guillaume Lavoie est très clair sur ce point : une telle crise créerait les conditions d’une forte hausse des prix. « Si moi je vous dis que vous voulez faire une recette parfaite pour l’inflation, faites augmenter les prix de l’aluminium, des engrais et du pétrole. Et ça, c’est absolument contraire à toute volonté d’être populaire politiquement. Alors, c’est un énorme problème pour le président Trump », conclut-il.
L’île de Kharg : un levier de pression à double tranchant
La menace de frapper les infrastructures énergétiques iraniennes sur l’île de Kharg place Donald Trump dans une position particulièrement délicate, estime le membre associé à la Chaire Raoul-Dandurand. Une telle action aurait des effets immédiats et drastiques sur l’économie iranienne, mais les répercussions ne s’arrêteraient pas là.
L’expert détaille la logique derrière cette menace : « Si vous faites exploser ça, il est vrai que vous allez contrôler ou tuer le robinet qui permet à l’Iran d’exporter plus de 90 % de son pétrole. C’est la logique vénézuélienne. » L’objectif serait donc d’asphyxier financièrement le régime de Téhéran en coupant sa principale source de revenus.
Toutefois, cette stratégie comporte un risque majeur, car le marché de l’énergie est mondialisé. Guillaume Lavoie apporte une nuance capitale qui change toute la perspective : « Sauf que le pétrole iranien, ça compte à l’échelle mondiale. » Frapper ce point névralgique ne déstabiliserait pas seulement l’Iran, mais pourrait provoquer une onde de choc sur l’ensemble des marchés mondiaux, avec des conséquences imprévisibles.
Selon la source : journaldemontreal.com