Si les chasseurs du Paléolithique ont exterminé les mammouths, cela signifie-t-il que l’humain est naturellement destructeur ?
Auteur: Mathieu Gagnon
Quand les géants disparaissaient sur nos pas
C’est une coïncidence qui interroge. À mesure que l’humanité quittait son berceau africain pour conquérir les autres continents, un phénomène se répétait : les grands animaux s’éteignaient. Cette vague d’extinctions, connue sous le nom d’Extinctions du Quaternaire tardif (LQE), a vu disparaître des créatures fascinantes comme les mammouths, les lions des cavernes ou encore les paresseux géants.
Cette hécatombe soulève depuis longtemps une question inconfortable. L’être humain est-il par nature une force destructrice, condamné à anéantir tout ce qui l’entoure ? Ce débat ancien trouve un écho particulier aujourd’hui, alors que notre impact sur la planète atteint un niveau critique.
Chasseurs préhistoriques ou changement climatique ?
Le débat fait rage dans la communauté scientifique. Selon Andrea Cardini, biologiste à l’université de Modène et de Reggio d’Émilie en Italie, les chercheurs ne savent toujours pas quel degré de responsabilité attribuer aux chasseurs-cueilleurs du Paléolithique. D’un côté, les preuves semblent accablantes. Des espèces comme le rhinocéros des steppes, les oiseaux-tonnerre, les marsupiaux géants et même les Néandertaliens se sont évanouies peu de temps après l’arrivée de nos ancêtres sur leurs territoires.
Pourtant, un autre coupable potentiel ne peut être ignoré : le climat. Ces extinctions coïncident en effet avec la fin de la dernière période glaciaire, plus connue sous le nom de dernier Âge de glace. Comment démêler l’impact de l’homme de celui d’un réchauffement planétaire naturel ? La question reste ouverte.
L’argument d’une « destructivité » innée
Dans une nouvelle étude, Andrea Cardini choisit de partir d’une hypothèse de travail. Il suppose que les humains ont au moins joué un rôle pour « faire pencher la balance », menant à ces disparitions, même s’ils n’ont pas directement exterminé jusqu’au dernier de ces grands animaux. En partant de ce postulat, il explore une idée dérangeante.
Cette idée, c’est que « la destructivité humaine commence à l’âge de pierre et fait partie de ce que nous sommes ». Autrement dit, notre propension à altérer notre environnement au point de le détruire serait une caractéristique fondamentale de notre espèce, présente depuis nos origines. Une perspective qui jette une lumière crue sur la crise écologique actuelle.
Aujourd’hui, six des neuf limites planétaires qui garantissent une Terre habitable ont été franchies et les taux d’extinction d’espèces sont extraordinairement élevés. Si nous sommes « destructeurs par nature », étions-nous fatalement destinés à provoquer une telle catastrophe mondiale ?
Culture ou biologie : la vraie source du problème
La réponse d’Andrea Cardini est claire : non. Tout en reconnaissant que le potentiel de destruction a toujours été en nous, il souligne un fait capital. L’immense majorité des dégâts infligés à la planète a été causée depuis la révolution industrielle, il y a environ 200 ans. « Les changements les plus profonds pour nous et la planète sont beaucoup plus récents et principalement motivés par la culture », écrit le biologiste.
Selon lui, c’est notre penchant actuel pour la consommation de masse qui est responsable de la destruction planétaire. Il soutient que l’industrialisation a favorisé la création d’une niche écologique particulière. Dans celle-ci, l’humanité en est venue à se considérer comme supérieure au reste de la nature, s’autorisant à l’exploiter sans limite.
Ce développement culturel n’a cependant aucune base génétique. Rien dans notre biologie ne nous condamnait à adopter le système socio-économique actuel. Comme le résume Andrea Cardini : « Nous avons peut-être anéanti les mammouths et les mastodontes, mais la destructivité humaine n’est pas une fatalité. »
Changer de cap : la révolution « écocentrique »
Si notre impact écologique est défini davantage par notre culture que par notre biologie, alors une conclusion optimiste s’impose. Pour Andrea Cardini, cela signifie qu’il n’y a aucune raison pour que nous ne puissions pas changer de cap et restaurer les équilibres que nous avons perturbés. La solution n’est pas dans nos gènes, mais dans nos idées.
Pour y parvenir, le chercheur appelle à la création d’une nouvelle culture. Une culture fondée sur la compréhension que l’humanité fait partie d’un écosystème interconnecté, et non une entité séparée et supérieure au monde naturel. Il conclut son étude, publiée dans la revue *Cambridge Prisms: Extinction*, par une formule puissante.
« La fin de la dominance humaine devrait être, pour nous, le début de la prochaine révolution culturelle écocentrique de H. sapiens sapiens », écrit-il. Un appel à une transformation profonde de notre rapport au monde pour assurer notre propre avenir.
Selon la source : iflscience.com