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L’Ontario accentue les inquiétudes concernant la pénurie d’infirmières et l’épuisement professionnel à travers le Canada
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une vague de suppressions de postes frappe les unités spécialisées de Toronto

Le plus grand réseau hospitalier de recherche et d’enseignement du Canada réduit à nouveau ses effectifs. Basé à Toronto, le University Health Network (UHN) vient de supprimer 28 postes d’infirmières autorisées. Ces coupes touchent majoritairement l’unité d’hémodialyse, un service hautement spécialisé dédié aux patients souffrant d’insuffisance rénale aiguë.

Cette décision intervient dans un climat d’épuisement professionnel généralisé, de surcharge de patients et d’augmentation de la violence et des abus au sein des établissements, selon le syndicat des infirmières. L’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario (ONA) dresse un bilan particulièrement lourd : depuis janvier 2025, ce sont 700 postes d’infirmières et de travailleurs de la santé de première ligne qui ont disparu dans la province.

La présidente de l’ONA, Erin Ariss, a exprimé son indignation lors d’une entrevue accordée à l’émission CTV News Sunday. « Cela entraîne un risque de complications mortelles et qui altèrent la vie de n’importe quel patient, » a-t-elle alerté. Son constat sur la situation démographique du personnel soignant est sans appel : « Il est absurde et franchement choquant que, alors que nous avons le plus faible nombre d’infirmières autorisées (IA) par habitant au pays, on élimine davantage ces postes. »

La direction de l’hôpital plaide l’évolution des soins, le syndicat dénonce une logique comptable

credit : lanature.ca (image IA)

Du côté du University Health Network, on justifie cette réorganisation par une transformation des besoins médicaux. Dans un courriel adressé à CTV News, la porte-parole de l’établissement, Ana Fernandes, souligne que « les avancées dans le traitement des maladies rénales » se traduisent aujourd’hui par la prise en charge de 30 à 40 patients de moins en centre de dialyse par rapport aux années précédentes.

Pour s’adapter à cette nouvelle donne, la direction a décidé de revoir sa répartition des tâches. « Nous ajustons notre modèle de dotation pour refléter ces réalités, avec les IAA (infirmières auxiliaires autorisées) assumant un rôle de soins plus large et nos infirmières autorisées se concentrant sur nos patients les plus complexes et en transition vers des rôles à travers l’UHN où leur expertise aura le plus grand impact, » précise Ana Fernandes.

Erin Ariss perçoit cette manœuvre sous un angle strictement financier, estimant que l’UHN manque tout simplement de fonds pour employer davantage d’infirmières autorisées. « Ce gouvernement ne fait rien pour améliorer la situation, » affirme-t-elle. « Au lieu de cela, ils essaient d’équilibrer leur budget sur le dos des infirmières autorisées (IA) de cette province. » Sollicité par CTV News avant l’échéance de publication, le bureau du ministre de la Santé de l’Ontario n’a fourni aucun commentaire.

La Nouvelle-Écosse mise sur la garantie d’emploi pour retenir ses jeunes talents

credit : lanature.ca (image IA)

Les critiques acerbes formulées par l’ONA contrastent avec les observations des syndicats d’autres régions canadiennes, qui notent des améliorations significatives de leurs conditions de travail sous l’impulsion de leurs gouvernements provinciaux respectifs. La Nouvelle-Écosse fait figure d’exemple. Il y a environ cinq ans, la province s’est engagée à garantir un poste à tous les diplômés de ses programmes de soins infirmiers, une stratégie qui l’oriente indéniablement sur la bonne voie.

Lors d’une entrevue réalisée via Zoom pour CTV News Sunday, Janet Hazelton, du syndicat des infirmières de la Nouvelle-Écosse, a partagé son enthousiasme face aux résultats de cette politique d’embauche. « Cela fonctionne, nos nouveaux diplômés savent que lorsqu’ils obtiendront leur diplôme, ils auront un emploi à temps plein dans la province où ils ont fait leurs études, » explique-t-elle.

L’impact sur la rétention du personnel est direct et quantifiable. « Nous avons moins de postes vacants maintenant qu’en 2021, ce qui est une bonne chose — car nos nouveaux diplômés ne s’inquiètent pas de savoir où ils vont être parce qu’ils ont des prêts étudiants, ils ont des dettes –et donc ils ne cherchent pas à aller ailleurs, ils savent qu’il y aura un emploi en Nouvelle-Écosse.  » précise Janet Hazelton.

L’impact crucial des ratios infirmière-patient sur la survie des malades

credit : lanature.ca (image IA)

Pour consolider la sécurité des soins, la Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique ont franchi un pas supplémentaire en négociant des ratios minimums stricts. Ces accords limitent le nombre de patients qu’une infirmière peut prendre en charge simultanément. La présidente du Syndicat des infirmières de la Colombie-Britannique (B.C. Nurses’ Union), Adriane Gear, confirme l’efficacité de cette mesure lors de son passage à CTV News Sunday.

« Lorsque cette norme est respectée, les patients reçoivent en fait de meilleurs soins, ils reçoivent des soins plus sûrs. Il y a moins de risques de résultats de santé négatifs, y compris les taux de mortalité, » indique Adriane Gear. Cette structuration rigoureuse du temps de travail permet aux équipes de mieux anticiper les complications cliniques.

Ce modèle protecteur met en évidence les lacunes de la politique ontarienne. Erin Ariss dénonce une aberration systémique : « Les infirmières de l’Ontario obtiennent leur diplôme en sciences infirmières à l’université et elles sont incapables d’obtenir des emplois, ce qui est choquant, » déclare-t-elle. Elle souligne le retard pris par sa province. « L’Ontario est également l’une des seules provinces qui ne s’est pas engagée sur des ratios infirmière-patient … L’Ontario va continuer à perdre ses infirmières au profit d’autres provinces en raison de son manque d’engagement envers la profession infirmière et de son manque d’engagement envers les patients. »

Face à la violence quotidienne, l’intelligence artificielle en renfort aux urgences

credit : lanature.ca (image IA)

Malgré les avancées en matière de recrutement et d’organisation, la Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse doivent faire face à un fléau persistant : la multiplication des actes de violence contre le personnel soignant. Adriane Gear lie cette escalade à l’augmentation des problèmes de santé mentale sévères, livrant un constat chiffré particulièrement inquiétant.

« Une infirmière s’arrête toutes les 16 heures sur une réclamation de WorkSafeBC en raison de la violence, » révèle la présidente du syndicat britanno-colombien. Ce chiffre ne représente pourtant que la partie visible du problème. « Et cela ne tient pas compte de toutes les agressions et de la violence que les infirmières subissent et qui peuvent ne pas nécessiter une réclamation pour perte de temps, » ajoute-t-elle.

Pour endiguer ce phénomène, la Nouvelle-Écosse expérimente une solution technologique de pointe en déployant des détecteurs de métaux dotés d’intelligence artificielle à l’entrée de ses hôpitaux. Janet Hazelton détaille l’objectif de ce dispositif inédit : « Souvent, les patients auront apporté des couteaux et d’autres objets avec eux lorsqu’ils sont admis à l’hôpital ou les membres de la famille les ont, » observe-t-elle. « Alors maintenant, on leur demandera de les retirer. Ils ne seront pas autorisés dans nos bâtiments avec eux — c’est rassurant. »

Selon la source : ctvnews.ca

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