Banque de la défense : la tactique de Toronto qui fait bondir toute la classe politique québécoise
Auteur: Adam David
La menace séparatiste, l’arme de Toronto ?

La course pour accueillir le siège de la future Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience (Banque DSR) vient de prendre une tournure explosive. Jeudi, le tout-Québec politique s’est insurgé contre ce qui est perçu comme une campagne de peur orchestrée depuis Toronto. Selon des informations rapportées par le journal La Presse, des promoteurs ontariens brandiraient la menace séparatiste pour discréditer la candidature de Montréal.
L’argument avancé serait l’éventualité d’une élection d’un gouvernement du Parti québécois en octobre, un scénario qui, selon eux, sèmerait l’incertitude. L’objectif : convaincre les décideurs que la métropole québécoise n’est pas un choix stable pour cette nouvelle institution financière internationale. Face à ces allégations, les réactions ne se sont pas fait attendre à l’Assemblée nationale.
La réponse en deux temps du gouvernement Legault

Interrogée sur ces manœuvres, la première ministre Christine Fréchette a choisi une approche mesurée, refusant de s’en prendre directement à l’Ontario. « Moi, je n’embarque pas là-dedans, on a tout ce qu’il faut pour se positionner », a-t-elle déclaré lors d’une mêlée de presse, malgré les nombreuses questions sur le sujet. Une façon de se placer au-dessus de la mêlée et de miser sur les atouts de Montréal.
Son ministre des Relations canadiennes s’est montré plus direct. « Je pense qu’il faut faire valoir la candidature de Montréal sans utiliser la peur. On n’embarquera pas dans une campagne de peur », a-t-il affirmé. Le ministre québécois des Relations internationales, Christopher Skeete, a également dénoncé la situation depuis l’Assemblée nationale. « C’est sûr que Toronto est toujours gagnant quand le Québec se divise », a-t-il analysé, avant d’ajouter : « Nous, on va mettre de l’avant les grandes forces du Québec dans le dossier. »
Front commun de l’opposition pour dénoncer la manœuvre

Fait rare, les partis d’opposition ont fait front commun pour condamner les tactiques attribuées à Toronto. Le leader parlementaire du Parti libéral du Québec (PLQ), Marc Tanguay, a reconnu qu’un potentiel référendum engendre de l’instabilité économique. Il a toutefois vivement exhorté Toronto à cesser cette stratégie qu’il juge déplacée. « N’allez pas là, n’allez pas là. Québec ne va pas se séparer, parce que le Parti libéral de Charles Milliard est là », a-t-il lancé.
Pour Québec solidaire (QS), le co-porte-parole Sol Zanetti a lui aussi fustigé des « arguments de peur ». Il a défendu la stature de la métropole québécoise : « Montréal est une grande ville qui abrite déjà plein d’organisations internationales de haut niveau. (…) Montréal a tout pour accueillir n’importe quelle organisation et elle n’a rien à envier à Toronto ». Du côté du Parti québécois (PQ), Pascal Paradis a qualifié les arguments de Toronto de fallacieux. « Des gens de Toronto bâtissent une campagne basée sur des arguments de peur d’une instabilité hypothétique qui n’a pas été prouvée », a-t-il soutenu.
Un enjeu stratégique et quatre villes en lice

Mais qu’est-ce que cette Banque de la défense ? Il s’agit d’un mécanisme international de financement de la défense, conçu pour réduire les coûts d’emprunt liés aux dépenses militaires. Son arrivée répond à un besoin croissant, alors que de nombreux États occidentaux, dont le Canada, sont en train de réviser leurs budgets militaires à la hausse et d’engager des investissements massifs.
Selon le gouvernement fédéral, l’institution procurera des « avantages pour les gouvernements membres et les entreprises du secteur de la défense, plus précisément les petites et moyennes entreprises ». Ottawa précise également que la Banque DSR « contribuera aussi à renforcer la collaboration avec les alliés et les partenaires aux vues similaires en matière de défense et de sécurité, et appuiera les pays membres dans leurs efforts d’accroître les investissements en défense ».
Le Canada a été officiellement désigné pour accueillir le siège de la banque, à l’issue d’une rencontre qui s’est tenue du 23 au 26 avril à Montréal avec les représentants de 18 États. Il reste maintenant à trancher une question cruciale : quelle sera la ville hôtesse ? Outre Montréal et Toronto, Vancouver et Ottawa sont également sur les rangs.
Emplois en jeu et souvenir d’une défaite amère

L’enjeu est de taille pour la métropole québécoise. Vendredi dernier, lors du caucus de son parti à Rivière-du-Loup, Christine Fréchette avait affirmé qu’elle ferait tout son possible pour promouvoir la candidature de Montréal. « Nous avons besoin de cette organisation », avait-elle plaidé, évoquant le chiffre de 3000 emplois potentiels liés à l’implantation de l’institution.
Cependant, ce nombre a été nuancé. Dans une entrevue accordée à Radio-Canada jeudi, la négociatrice en chef du Canada pour l’obtention de la banque, Isabelle Hudon, s’est montrée plus prudente. Elle a refusé de confirmer un nombre d’emplois aussi élevé, invitant à la modération.
Cette compétition ravive de mauvais souvenirs au Québec. En 2017, le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait mené une campagne pour obtenir le siège de la Banque fédérale des infrastructures pour Montréal. C’est finalement Toronto qui l’avait emporté. À l’époque, la Coalition avenir Québec (CAQ), alors dans l’opposition, avait dénoncé cette « défaite amère ». Un précédent qui pèse aujourd’hui lourd dans la balance.
Selon la source : ici.radio-canada.ca