Le vrai visage de Mark Carney ?

La mise à jour économique présentée ce mardi était attendue. Elle devait, pensait-on, révéler la véritable nature de Mark Carney. Un an après son arrivée aux commandes, avec un gouvernement enfin majoritaire, les observateurs s’attendaient à le voir agir sans les contraintes du passé. Fini le besoin de négocier l’appui d’un parti d’opposition. Fini le sentiment d’être prisonnier des « excès » des années Trudeau.
Pourtant, le portrait qui se dégage est tout autre. La conclusion qui s’impose est que Mark Carney se révèle bien plus un homme politique libéral qu’un banquier pur et dur. Derrière une ambition économique affichée, celle de sortir le Canada de sa torpeur, se dessinent en filigrane les mêmes réflexes qui ont marqué la décennie de Justin Trudeau au pouvoir.
La priorité aux dépenses, un air de déjà-vu

Comme pour chaque exercice budgétaire, le ministre des Finances a mis en avant sa gestion responsable. Selon lui, son gouvernement est un « bon gestionnaire », et la preuve en est que la croissance économique du Canada surpasse celle de tous ses alliés du G7, à l’exception des États-Unis. C’est aussi pour cette raison, argumente-t-il, que le déficit s’avère moins élevé que ce qui avait été anticipé.
Le revers de la médaille, c’est que ce même déficit aurait pu être considérablement réduit pour chacune des cinq prochaines années. Le manque à gagner est chiffré à 42,6 milliards de dollars. Une somme colossale qui aurait permis de diminuer de 20 à 30 % la taille des déficits futurs. Mais le premier ministre ne semble pas s’en alarmer. Les quelque 50 milliards de dollars de déficit annuel qui persisteront sont plutôt présentés comme un investissement, une occasion de profiter de la position fiscale favorable du Canada pour lancer de grands projets structurants.
Une capacité d’action future mise à mal

Cette approche, qui consiste à traiter l’accumulation de la dette comme une simple arrière-pensée, n’est pas sans conséquence. À force de dépenser, le gouvernement fédéral ampute progressivement sa propre capacité à réagir aux crises futures. Les chiffres sont éloquents et dessinent une trajectoire inquiétante.
D’ici 2030, les dépenses consacrées au service de la dette dépasseront de près de 20 % les transferts fédéraux en santé. Dans seulement cinq ans, la contribution d’Ottawa au financement du système de santé des provinces tombera sous la barre des 20 %, et le gouvernement n’aura plus un sou de marge pour augmenter son aide. La flexibilité financière du pays s’érode à vue d’œil.
Désarmé face à un monde instable

Cette absence de marge de manœuvre est d’autant plus préoccupante que le contexte international est l’un des plus périlleux depuis la Seconde Guerre mondiale. Faut-il craindre que l’instabilité géopolitique actuelle nous mène vers une crise pire que celle de 2008 ? C’est une question que se pose notamment la numéro deux de la Banque centrale d’Angleterre.
Une chose est certaine : si un tel scénario venait à se produire, le Canada ne disposerait pas de la marge de manœuvre qu’il aurait pu se constituer. Le choix a été fait de la dépenser maintenant. Ironiquement, c’est précisément cette flexibilité budgétaire qui avait permis de sauver l’économie canadienne lors de la crise financière de 2008.
Le pari politique d’un banquier transformé

Il fut un temps où une figure libérale comme Paul Martin aurait fait de la lutte contre le déficit sa priorité absolue. On aurait pu imaginer que Mark Carney, avec son profil de banquier progressiste, aurait choisi une voie médiane : une partie des surplus pour le déficit, une autre pour alléger le coût de la vie. Il n’en a rien été. Mark Carney a choisi de dépenser la part du lion.
Plus encore, à l’instar de son prédécesseur, il n’hésite pas à s’immiscer dans les champs de compétence des provinces, notamment avec son grand plan pour la main-d’œuvre. Il fait le pari que la ministre québécoise Christine Fréchette, désireuse de prouver l’efficacité de sa méthode « collaborative », sera disposée à conclure une entente. Après un an au pouvoir, la démonstration est faite : le banquier est devenu un politicien comme les autres.
Selon la source : journaldemontreal.com