Christine Fréchette : la stratégie cachée d’Ottawa pour affaiblir les nationalistes québécois ?
Auteur: Adam David
Une stratégie qui en rappelle une autre

Christine Fréchette partage-t-elle ses stratèges avec Mark Carney ? C’est la question qui se pose depuis son entrée en fonction à Québec. Cette interrogation a même émergé un peu plus tôt, lors de sa campagne à la chefferie du parti. Une campagne perçue alors comme une opération de marketing, un véritable « réflexe de survie de la caste au pouvoir ».
Malgré des parcours différents, la stratégie et le discours semblaient identiques. L’impression d’un air de déjà-vu s’est encore renforcée à la suite de son récent voyage qualifié de « diplomatique » aux États-Unis, qui a soulevé de nouvelles interrogations sur les coulisses de la politique québécoise et ses liens avec le pouvoir fédéral.
Washington, avec la bénédiction d’Ottawa ?
Pour comprendre la situation, il faut analyser ce fameux voyage américain. Les rencontres organisées sur place visaient à confirmer l’importance de l’événement. Or, une telle opération n’aurait, selon l’analyse, jamais pu se concrétiser sans l’approbation explicite d’Ottawa. Le gouvernement fédéral aurait non seulement rendu ce déplacement possible, mais l’aurait également favorisé. Plus encore, il l’aurait, à sa manière, souhaité.
Dès lors, une question s’impose : pourquoi une telle bienveillance soudaine de la part d’Ottawa envers le gouvernement québécois ? Quelle est la logique derrière cette entente de façade ? Le calcul politique apparaîtrait en réalité assez évident. Le gouvernement fédéral semble redouter plus que jamais une victoire électorale des nationalistes québécois, et plus précisément des indépendantistes, lors des élections d’octobre prochain.
Le Parti Québécois dans le viseur

La crainte principale d’Ottawa serait une victoire du Parti Québécois. Le gouvernement fédéral chercherait donc la meilleure stratégie pour parer cette éventualité et, ultimement, la vaincre. Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, est perçu comme un leader aussi résolu que l’était Jacques Parizeau lors du référendum de 1995, ce qui intensifie l’inquiétude à Ottawa.
Dans ce contexte, le pouvoir fédéral miserait sur deux stratégies distinctes mais complémentaires pour empêcher l’élection d’un gouvernement péquiste. La première se joue à court terme, en utilisant la figure de Christine Fréchette et de la Coalition Avenir Québec (CAQ).
Diviser pour régner : le double jeu fédéral

D’un côté, la manœuvre consisterait à favoriser Christine Fréchette. L’objectif est de laisser croire que le nationalisme québécois peut obtenir des gains significatifs au sein du Canada. Ces gains seraient cependant qualifiés d’illusoires, sans contenu réel et purement cosmétiques. Ils ne correspondraient à rien de concret, mais permettraient à la CAQ de redorer son blason et de « grailler quelques points au PQ ». Dans ce scénario, la CAQ affaiblirait suffisamment le Parti Québécois pour former, au mieux, un gouvernement minoritaire.
Une autre possibilité, bien que jugée moins probable, est également envisagée. La division du vote nationaliste entre la CAQ et le PQ pourrait indirectement servir le Parti Libéral du Québec (PLQ). Ce dernier profiterait alors de la division des francophones pour se faufiler au pouvoir. Ottawa jouerait cette carte autant que possible.
De l’autre côté, sur le moyen et le long terme, la stratégie fédérale serait plus profonde. Elle viserait à transformer le PLQ en parti naturel de gouvernement au Québec en modifiant durablement la composition démographique de la province. L’idée est de créer un électorat qui serait structurellement libéral, rendant une victoire nationaliste mathématiquement impossible. Il s’agirait de « verrouiller démographiquement l’avenir politique du Québec ». Une stratégie qui aurait déjà fonctionné en 1995 et qu’Ottawa chercherait à rendre définitive.
Un bilan en trompe-l’œil ?

Pour l’instant, l’opération Fréchette semble séduire une partie des commentateurs politiques. Le slogan qui revient en boucle pour qualifier ses débuts est : « sans fautes ! ». Une appréciation à laquelle une analyse critique répond sans détour : « foutaise ! ». La critique souligne qu’il y a des limites à s’émerveiller devant ce qui est perçu comme une « propagande aussi grossière ».
Face à cela, un « devoir de lucidité » est invoqué. Il ne s’agirait pas de célébrer la propagande, mais de la décrire. Il faudrait expliquer la stratégie mise en place plutôt que de s’y plier. La conclusion est sans appel : analyser la situation de cette manière est une nécessité, « sauf si on veut y participer ».
Selon la source : journaldemontreal.com