Baisse du prix de l’essence : le gouvernement suspend la taxe, l’opposition en réclame davantage
Auteur: Simon Kabbaj
Une annonce surprise pour soulager les automobilistes

Au lendemain d’une victoire électorale qui lui a conféré une majorité à la Chambre des communes grâce à trois victoires lors d’élections partielles en Ontario et au Québec, le Premier ministre Mark Carney a frappé un grand coup. Il a annoncé la suspension temporaire de la taxe d’accise fédérale sur l’essence, le diesel et le carburant d’aviation.
Concrètement, qu’est-ce que cela signifie pour les Canadiens ? À partir de ce lundi, le prix à la pompe devrait chuter de 10 cents par litre pour l’essence et de 4 cents par litre pour le diesel. Cette mesure, qualifiée de « congé fiscal sur le carburant », s’appliquera jusqu’à la fête du Travail. Le coût de cette initiative pour les finances publiques est estimé à 2,4 milliards de dollars. La suspension concernera également la taxe d’accise de 4 cents par litre sur le carburant d’aviation.
La guerre en Iran, source de la flambée des prix

Lors de son annonce à Ottawa mardi, le Premier ministre a directement lié cette décision au contexte international tendu. « Nous savons tous qu’en raison de la guerre avec l’Iran, les prix du carburant ont fortement augmenté dans le monde entier, y compris ici au Canada », a-t-il déclaré. Selon lui, cette suspension fiscale agira comme une passerelle pour aider les Canadiens à surmonter des « pressions à court terme ».
Le prix moyen national d’un litre d’essence dépasse actuellement 1,76 dollar, une hausse significative par rapport à un peu plus de 1,26 dollar avant l’offensive menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Ce conflit a entraîné l’interruption du transit pétrolier dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. La menace de drones et de mines iraniens a quasiment paralysé la navigation, créant une onde de choc sur les marchés.
Même si une légère baisse des prix a été observée après l’annonce par les États-Unis d’un blocus naval des ports iraniens pour tenter de rouvrir le détroit, la crise perdure et les volumes de pétrole sont loin d’avoir retrouvé leurs niveaux d’avant-guerre. Carney a insisté sur le fait que la mesure était « une mesure temporaire responsable, conforme à ce qu’il faut pour construire une économie plus forte, une économie plus abordable, combinée à une saine gestion budgétaire ». Dans un communiqué, le gouvernement a ajouté que cette décision « réduira les coûts d’exploitation pour les camionneurs et les entreprises des secteurs de l’alimentation, de l’agriculture, du logement, de la construction et de la livraison ».
Le Canada évitera-t-il la récession ?

Face à ce qu’il décrit comme un « choc énorme » pour l’économie mondiale, Mark Carney se montre confiant pour le Canada. Il a affirmé que la meilleure réponse consiste à s’attaquer aux problèmes d’abordabilité, à construire davantage de logements et à accélérer l’approbation de grands projets structurants pour le pays. « C’est absolument clair et cela a été renforcé à nouveau par les événements au Moyen-Orient : nous devons rendre notre économie plus forte et plus indépendante », a-t-il souligné.
S’appuyant sur les perspectives du Fonds Monétaire International (FMI) publiées mardi, le Premier ministre a assuré qu’il s’attendait à ce que le Canada évite la récession. « L’attente, même à la suite de l’un des plus grands chocs économiques, est que le Canada sera la deuxième économie la plus forte … du G7 cette année et l’année prochaine », a-t-il précisé.
Le FMI prévoit en effet que les États-Unis seront l’économie à la croissance la plus rapide cette année avec 2,3 %, suivis par le Canada à 1,5 %. Viennent ensuite la France (0,9 %), l’Allemagne et le Royaume-Uni (0,8 %), le Japon (0,7 %) et enfin l’Italie (0,5 %).
Une mesure jugée insuffisante par l’opposition

L’annonce du gouvernement est intervenue le jour même où la Chambre des communes débattait d’une motion de l’opposition. Le texte réclamait la suppression de toutes les taxes fédérales sur les carburants, mais jusqu’à la fin de l’année. Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, n’a pas tardé à critiquer la proposition de Mark Carney, la jugeant trop timide tant sur le montant de la réduction que sur sa durée.
« Pas assez bien », a lancé Pierre Poilievre. « Les Canadiens n’ont pas les moyens de faire le plein. Nous voulons que toutes les taxes sur l’essence soient éliminées pour le reste de l’année. » Cette déclaration sans équivoque a été faite mardi à la Chambre des communes, soulignant le fossé entre la stratégie du gouvernement et les exigences de l’opposition.
Les conservateurs veulent aller plus loin

La motion des conservateurs ne se limite pas à la taxe d’accise. Ils demandent également la suspension, pour le reste de l’année, de la taxe sur les produits et services (TPS) de 5 % qui s’applique également sur le carburant. Pour l’opposition, il s’agit d’une mesure complémentaire indispensable pour réellement alléger le fardeau des consommateurs.
Mais les revendications ne s’arrêtent pas là. Le Parti conservateur souhaite que le gouvernement abandonne de manière permanente la tarification industrielle sur le carbone ainsi que la réglementation sur les combustibles propres. Bien qu’il ne s’agisse pas de taxes directes, les conservateurs affirment que ces réglementations, qui obligent les producteurs et importateurs à réduire l’intensité carbone de leurs produits, contribuent elles aussi à augmenter le prix final du litre de carburant.
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