Un signal d’alarme pour le gouvernement

Un an s’est écoulé depuis son élection, et le premier ministre Mark Carney fait face à un mécontentement grandissant. Un voyant rouge clignote sur son tableau de bord politique : les électeurs attendent des actions concrètes pour les soulager face à l’augmentation du coût de la vie. Le message est clair et ne souffre d’aucune ambiguïté.
Selon un sondage réalisé par l’institut Angus Reid, plus de la moitié des Canadiens estiment que la lutte contre l’inflation devrait être sa priorité absolue. Pourtant, sur le papier, le gouvernement de Mark Carney n’est pas resté inactif. Des mesures ont été prises, des lois ont été votées. Mais la perception publique semble raconter une toute autre histoire.
Des mesures concrètes, une déception palpable

Pour répondre aux attentes, Mark Carney a multiplié les initiatives. Son gouvernement a aboli la taxe carbone et suspendu la taxe d’accise, deux décisions qui ont eu un impact direct sur le prix de l’essence et des produits dérivés. Dans le même élan, il a bonifié le crédit pour la TPS destiné aux ménages à faible revenu, le renommant au passage « Allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels ».
Les libéraux ne se sont pas arrêtés là. Ils ont également procédé à des réductions d’impôts et mis en place des dispositifs visant à faciliter l’accès à la propriété pour les primo-accédants. Malgré ce catalogue de mesures, le verdict des électeurs est sans appel. Sept Canadiens sur dix estiment que Mark Carney n’a pas été à la hauteur de leurs attentes concernant le coût de la vie.
Le constat est tout aussi sévère sur le front du logement, où 67 % des sondés jugent que le gouvernement n’a pas tenu ses promesses. L’écart entre les actions politiques menées et le ressenti de la population n’a jamais semblé aussi grand.
Le mirage politique, un scénario qui se répète

Cette situation illustre un paradoxe bien connu du monde politique. Les gouvernements peuvent multiplier les efforts pour démontrer leur soutien à la classe moyenne et aux foyers modestes, mais ces gestes peinent souvent à convaincre durablement. L’exemple du Québec est particulièrement parlant. Le gouvernement de François Legault et de la CAQ en est une parfaite illustration.
Au cours de ses deux mandats, la Coalition Avenir Québec a considérablement allégé le fardeau fiscal de nombreux contribuables. La liste des actions est longue : réduction de la taxe scolaire, baisse des impôts sur le revenu, indexation des déductions et crédits d’impôt, plafonnement des hausses de tarifs d’Hydro-Québec, diminution des cotisations sociales et même envoi de chèques directement aux citoyens.
Avant eux, le gouvernement fédéral de Justin Trudeau avait aussi emprunté cette voie. Il avait aidé les contribuables avec des baisses d’impôts et des augmentations considérables des allocations familiales. Mais dans tous les cas, malgré l’accumulation des aides, le sentiment général chez les électeurs reste celui d’une aide insuffisante.
L’effet éphémère : pourquoi les baisses d’impôt ne suffisent pas

Quelle est la raison principale de ce décalage ? Les baisses d’impôt, même substantielles, sont très rapidement absorbées et normalisées par les contribuables. Elles se diluent dans le quotidien et leur impact psychologique s’estompe vite. La baisse d’impôt historique de 840 $ promise par Mark Carney en est un bon exemple : une fois répartie sur l’année, elle ne représente qu’environ 32 $ de plus par paie.
Pour les ménages qui peinent le plus à joindre les deux bouts, le gain a souvent été bien moindre. Cet argent supplémentaire, bien que réel, ne change pas radicalement la donne face à l’inflation galopante. Pourtant, les politiciens persistent à promettre ce type de mesures, qui privent l’État de revenus considérables, nécessaires au financement des services publics.
Il faut s’attendre à ce que ce schéma se répète. Lors de la prochaine campagne électorale québécoise, il est fort probable que l’on assiste à une surenchère entre les partis politiques, chacun tentant de proposer la plus grosse baisse d’impôt pour séduire l’électorat.
Le choix crucial : cadeau fiscal ou services publics ?

Cette stratégie place les responsables politiques face à une question fondamentale. Une fois la baisse d’impôt accordée et le budget de l’État amputé, comment comptent-ils répondre aux nombreux problèmes qui persistent ? La question est d’autant plus cruciale que les demandes de la population s’annoncent immenses lors des prochaines échéances électorales.
Des voix fortes s’élèveront pour exiger des réinvestissements majeurs dans des secteurs clés comme l’éducation, la santé, le soutien aux PME, la recherche ou encore le sport. Les travailleurs et les familles exprimeront également leurs propres besoins. Le dilemme est donc entier pour les politiciens.
Ils devront choisir entre deux voies : continuer à baisser les impôts pour obtenir de petits gains politiques à court terme, ou assumer la gestion des sommes astronomiques versées par les contribuables pour offrir à la population des services publics performants et dignes de ce nom. L’avenir dira quelle option sera jugée la plus séduisante ou la plus responsable.
Selon la source : journaldemontreal.com