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Le Canada, futur membre de l’UE ? Ce que révèle l’invitation secrète de Mark Carney
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une idée folle ? L’Europe courtise ouvertement le Canada

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Et si le Canada rejoignait l’Union européenne ? L’idée, qui prêtait à sourire il y a encore quelques mois, prend une tournure étonnamment sérieuse. Depuis un discours remarqué à Davos, Mark Carney, le Premier ministre canadien, est au centre de toutes les attentions des capitales européennes. La preuve la plus tangible de cet intérêt est son invitation, cette semaine, au sommet de la Communauté politique européenne à Erevan, en Arménie, un cénacle habituellement réservé aux seuls dirigeants du continent.

Ce qui n’était au départ que des boutades lancées par des responsables de premier plan semble aujourd’hui se transformer en une véritable discussion stratégique. En mars, lors d’une conférence à Berlin, le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, a ainsi déclaré sous les rires et les applaudissements : « C’est le moment d’élargir l’Union européenne (UE). Bientôt l’Islande et peut-être le Canada ». Sur la même tribune, son homologue allemand, Johann Wadephul, a renchéri d’un simple mais efficace : « Je suis ouvert au Canada ».

La tendance s’est confirmée en avril, lorsque le président de la Finlande, Alexander Stubb, en visite à Ottawa, a glissé : « Je considère le Canada comme un membre honoraire de l’UE ». Des paroles en l’air ? Pas si sûr, selon Frédéric Mérand, professeur de sciences politiques à l’Université de Montréal. Pour lui, ces déclarations sont un symptôme. « Ça montre à quel point la discussion a changé et la possibilité, ou même je dirais l’urgence, d’un rapprochement avec l’Union européenne », analyse-t-il.

Un rapprochement bâti sur des intérêts communs

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Ce soudain intérêt européen n’est pas le fruit du hasard. Il s’inscrit dans un contexte où le Canada a activement cherché à renforcer ses liens avec l’Europe, particulièrement depuis l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Mark Carney n’a pas ménagé ses efforts, visitant 11 pays européens en l’espace de 12 mois. Cette offensive diplomatique a porté ses fruits : Ottawa a réussi à convaincre l’UE d’inclure le Canada dans deux traités majeurs, le Partenariat de sécurité et de défense et l’initiative pour la sécurité européenne.

Parallèlement, le Canada multiplie les accords sectoriels avec le Vieux Continent, que ce soit dans les domaines de l’énergie, des minéraux critiques ou du numérique. Aujourd’hui, la situation géopolitique semble inverser les rôles. C’est désormais l’Europe qui est en quête de partenaires fiables, confrontée au désengagement américain en Ukraine et à l’instabilité croissante au Moyen-Orient suite aux frappes militaires en Iran.

Cette dynamique est accentuée par les tensions commerciales avec Washington. L’augmentation continue des tarifs douaniers par Donald Trump, qui a encore frappé vendredi les voitures et les camions en provenance d’Europe, pousse l’UE à diversifier ses alliances stratégiques. Dans ce jeu d’échecs mondial, le Canada apparaît comme un allié de choix.

Mark Carney à Erevan : les dessous d’une invitation historique

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Cette semaine, tous les regards seront donc tournés vers Erevan. Mark Carney deviendra le premier et le seul dirigeant d’un pays non européen à participer au sommet de la Communauté politique européenne (CPE). Cette organisation, créée dans le sillage de l’invasion russe de l’Ukraine, a pour mission de renforcer la sécurité, la stabilité et la prospérité du continent. Alors, pourquoi y convier une nation d’outre-Atlantique ?

À Bruxelles, une haute fonctionnaire de l’UE justifie cette décision en expliquant que « le Canada partage largement la même vision que l’Europe en matière de géopolitique et de sécurité ». Elle précise que le discours de Mark Carney à Davos a été un élément déclencheur de cette invitation. Du côté d’Ottawa, une source murmure que c’est « une invitation, peut-être dans un butchose ».

Face à cette effervescence, le gouvernement canadien se montre toutefois prudent. Faut-il y voir les prémices d’une demande d’adhésion formelle à l’UE ? La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, écarte cette idée sans détour. « Ce n’est pas l’objectif. Notre méthode, c’est de diversifier notre économie et d’utiliser notre diplomatie pour faire avancer la protection et la sécurité de notre pays », a-t-elle affirmé.

Adhésion à l’UE : un scénario entre opportunité et mirage

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Si l’adhésion n’est pas à l’ordre du jour officiel, l’idée continue d’alimenter les débats. Pour le professeur Frédéric Mérand, elle n’est pas dénuée de sens. « Pour l’Union européenne, ça serait une prise intéressante », estime-t-il. Mais l’avantage pour le Canada est plus incertain : « Ça dépend du contexte économique et politique », ajoute le professeur. Le principal obstacle serait sans doute la réaction de son puissant voisin. « D’abord, ça serait vraisemblablement mal accueilli par Washington, donc il y aurait des conséquences », prévient M. Mérand.

Néanmoins, il conseille au Canada de garder cette porte ouverte sur le long terme. Selon lui, ce scénario deviendrait pertinent dans une situation bien précise : « Adhérer à l’Union européenne n’aurait du sens que si les Américains continuent à nous traiter comme des ennemis et nous ferment eux-mêmes la frontière, ce que Donald Trump menace de faire régulièrement ».

Un avis que ne partage absolument pas Stéphane Dion, ex-ambassadeur en Europe et aujourd’hui diplomate en résidence à l’Université de Montréal. Pour lui, l’idée que le Canada rejoigne l’UE est « complètement irréaliste et n’est pas souhaitable ». Il pointe notamment la perte de souveraineté sur des enjeux cruciaux comme l’agriculture ou l’immigration. « On a de la difficulté à protéger la gestion de l’offre face aux États-Unis. Ça ne serait pas plus simple avec l’Union européenne, puisqu’ils ont une politique agricole commune », souligne-t-il. Sur l’immigration, il ajoute que « le contrôle de notre immigration serait encore beaucoup plus compliqué puisqu’on serait dans la zone de libre circulation des personnes au sein de l’UE ».

Au-delà du symbole, une première étape concrète

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Alors, que faut-il attendre du sommet d’Erevan ? Selon une source bien informée, l’objectif de Mark Carney est très pragmatique : présenter le Canada comme une destination de choix pour les capitaux et les investissements étrangers, en particulier dans les secteurs stratégiques des minéraux critiques, de l’énergie et de la défense. L’invitation des pays européens est un signal clair envoyé à Ottawa : la porte est ouverte pour une collaboration plus étroite.

Stéphane Dion, bien que sceptique sur une adhésion, voit un intérêt majeur à cette participation. « Ça permet à notre premier ministre de rencontrer d’un seul coup tous les dirigeants européens qu’il n’aura jamais le temps de visiter individuellement dans leur pays », explique-t-il.

En définitive, cette présence au sommet arménien doit être vue comme « une première étape ». Selon M. Dion, elle pourrait, à terme, ouvrir la voie à une participation permanente du Canada à la Communauté politique européenne. Un statut de partenaire privilégié, bien plus réaliste et peut-être plus profitable qu’une adhésion complète à l’Union européenne.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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