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L’après-Legault : Les enjeux d’une course à la chefferie déterminante pour la CAQ
Crédit: TVA Nouvelles, Wikimedia Commons (CC BY 3.0)

Une course à la succession sous le signe du paradoxe

credit : credit : lanature.ca (image IA)

La Coalition Avenir Québec (CAQ) traverse une période de turbulences marquant le déclin de son hégémonie politique. À quelques jours seulement de l’élection visant à désigner la personne qui succédera à François Legault, le parti organise la première course à la chefferie de son histoire. Ce scrutin interne mobilise à peine 20 000 membres, appelés à trancher l’avenir de la formation politique.

Les deux principaux prétendants au poste, Bernard Drainville et Christine Fréchette, s’efforcent de convaincre leur auditoire qu’ils incarnent une nouvelle vision. Tout au long de leur campagne, ils s’entêtent en effet à jurer qu’ils représentent le « changement », le « renouveau » et l' »audace ».

Cette posture soulève toutefois des interrogations quant au déni du réel qui semble entourer l’exercice. Jusqu’au déclenchement de cette course, les deux candidats occupaient des postes de ministres influents. Ils ont ainsi figuré, parmi d’autres, comme des acteurs clés de la dégringolade observée dans les appuis de la CAQ depuis 2023, soulevant l’étonnement de ceux qui peinent à voir comment des figures associées aux difficultés récentes pourraient soudainement faire partie de la solution.

L’offensive stratégique du lundi de Pâques

La dynamique de la campagne s’est particulièrement illustrée au matin du lundi de Pâques. Dans ce qui s’apparente à une quête de résurrection politique, Bernard Drainville a orchestré une démonstration de force, sortant métaphoriquement trois lapins musclés de son chapeau pour consolider sa position.

Christine Fréchette comptant sur le soutien d’une majorité de ministres au sein du cabinet, son adversaire a cherché à rééquilibrer les forces. Bernard Drainville s’est ainsi présenté entouré des ministres Simon Jolin-Barrette, Jonatan Julien et Sonia Bélanger. Ce ralliement de toute évidence est perçu par certains observateurs du milieu comme une épiphanie tardive de la part de ces trois ministres.

Lors de ce rassemblement, le vocabulaire employé est resté strictement le même. Comme s’il suffisait d’en faire une incantation pour qu’ils se matérialisent, tous les intervenants présents avaient également à la bouche les mots « changement », « renouveau » et « audace », martelant ainsi le message central de leur faction.

L’ADN caquiste face à l’indifférence fédérale

credit : Side-by-side fusion: « Justin Trudeau in Lima, Peru – 2018 (41507133581) (cropped) (cropped).jpg » by Presidencia de la República Mexicana licensed under CC BY 2.0 via Wikimedia Commons + « Mark Carney – World Economic Forum Annual Meeting 2012-cropped.JPG » by World Economic Forum licensed under CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons

Derrière les discours de transformation, la réalité politique se révèle nettement moins fantasmée. L’examen des profils démontre que, à quelques différends près, les deux candidats s’inscrivent tout à fait dans l’ADN de la formation caquiste.

Cette continuité idéologique se manifeste notamment à travers la promotion de la troisième voie autonomiste, un axe fondamental du parti au pouvoir. Sur la scène fédérale, cette approche n’a toutefois pas suscité l’écho escompté par les instances provinciales.

Les figures de proue de la politique canadienne ont affiché une indifférence marquée face à cette proposition. Concrètement, le premier ministre Justin Trudeau et l’économiste Mark Carney n’ont rien eu à cirer de cette vision autonomiste prônée par les successeurs potentiels.

La stratégie du débat et l’image des candidats

La confrontation directe entre les deux aspirants a donné lieu à deux débats. Ces échanges ont pris des allures malaisantes, s’apparentant par moments à un crêpage mutuel de chignon plutôt qu’à un affrontement d’idées serein et constructif.

Au sortir de ces rencontres, Bernard Drainville n’a pas manqué de répéter son leitmotiv stratégique. S’adressant aux troupes, il a formulé la question suivante : « Qui voulez-vous envoyer au débat des chefs » lors de la prochaine campagne électorale ? Cette formule vise à convaincre les caquistes indécis que Christine Fréchette ferait une première ministre terriblement hésitante et indécise, selon la description qu’il en fait lui-même.

Cependant, les attentes de l’électorat semblent diverger de cette approche. Le public ne cherche pas un boxeur dans le ring du débat des chefs. Il rejette tout autant le profil d’un collectionneur passionné de lapalissades populistes, servies à volonté comme dans un buffet chinois.

Un lourd bilan gouvernemental en vue de 2026

credit : credit : lanature.ca (image IA)

Tout indique au contraire que les Québécois sont en quête d’un chef et d’un parti qu’ils jugeront capables, à tort ou à raison, de commencer à réparer les pots cassés laissés par le gouvernement sortant. Pendant que l’administration interdit les prières de rue comme s’il s’agissait d’une urgence nationale, la population débat des échecs répétés dans des secteurs vitaux : santé, services sociaux, crise du logement, itinérance, virages numériques, infrastructures, ou encore la montée de la violence dans les écoles publiques.

L’histoire récente de la formation politique vient nuancer ce tableau. Il est vrai qu’en 2018, la CAQ avait hérité d’une part de ces problèmes laissés par les gouvernements précédents. Il demeure aussi vrai qu’on ne saura jamais comment François Legault aurait gouverné s’il n’avait pas été happé, en plein premier mandat, par une pandémie mondiale.

Il est néanmoins vrai qu’à l’approche du scrutin de 2026, malgré un deuxième mandat qualifié de « fort » en période post-pandémie, le bilan de la CAQ est perçu comme plus négatif que positif. Cette conjoncture explique son déclin continu dans les sondages depuis presque trois ans. Qu’ils le veuillent ou non, ce sont de ces mêmes casseroles dont Christine Fréchette et Bernard Drainville héritent à leur tour.

Selon la source : journaldemontreal.com

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