Aller au contenu
En 1932, l’armée australienne a déclaré la guerre à 20 000 émeus : voici comment les oiseaux l’ont emporté
Crédit: lanature.ca (image IA)

L’émeu, un survivant préhistorique de la faune australienne

credit : lanature.ca (image IA)

L’Australie possède une faune qui ne ressemble à aucune autre sur la planète. Près de 90 % de ses mammifères et 45 % de ses oiseaux sont endémiques au continent, ce qui représente l’un des taux les plus élevés au monde. Au cœur de ce patrimoine biologique évolue l’émeu, scientifiquement nommé Dromaius novaehollandiae. Cet oiseau incapable de voler peut atteindre une taille de six pieds et se classe comme le deuxième plus grand oiseau du globe, juste derrière l’autruche commune d’Afrique.

Du point de vue de cet animal, l’homme est un arrivant très récent. L’émeu appartient à la famille des ratites, qui regroupe les autruches, les nandous, les casoars et les kiwis. Cette lignée ancienne existe depuis près de 80 millions d’années, ce qui en fait la plus ancienne famille d’oiseaux et un lien direct avec l’ère des dinosaures. Restée largement inchangée pendant des dizaines de millions d’années, l’espèce a traversé de multiples épreuves à grande échelle.

L’oiseau a notamment survécu à la première colonisation humaine du continent, il y a 65 000 à 40 000 ans, puis à l’arrivée du dingo environ 5 000 ans en arrière, et enfin à la colonisation britannique au début du XIXe siècle. Fort de ce passé endurci par les batailles, l’émeu s’est retrouvé confronté à une nouvelle menace pesant sur son existence dans les années 1930 : la culture du blé.

Les terres agricoles de l’Australie-Occidentale comme champ de bataille

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le gouvernement a mis en place un programme destiné aux vétérans. Ces anciens soldats ont reçu des terres marginales en Australie-Occidentale (WA) et ont été encouragés à les exploiter pour y cultiver du blé. Cette décision politique a préparé le terrain pour un conflit territorial majeur.

Tous les cinq à dix ans, des milliers d’émeus d’Australie-Occidentale entreprennent une migration massive. Ils quittent l’intérieur du pays pour se diriger vers les zones côtières à la recherche de nourriture et d’eau. Sur leur passage, ces grands oiseaux terrestres laissaient inévitablement de la dévastation dans leur sillage, ravageant les plantations des agriculteurs novices.

Face à ce chaos agricole, les fermiers ont imploré les autorités de trouver des solutions. La réponse du gouvernement a pris une tournure particulièrement dure. Les décideurs ont choisi d’éliminer des milliers de ces oiseaux en utilisant des mitrailleuses, marquant le point de départ de ce qui allait être connu sous le nom de guerre des émeus en 1932.

Le début d’une offensive militaire inattendue

credit : lanature.ca (image IA)

Atteignant des hauteurs allant jusqu’à six pieds, les émeus semblaient constituer une cible facile pour des tireurs armés. Cette supposition s’est rapidement révélée être une grosse erreur. Cette guerre mal avisée a débuté en octobre 1932, lorsque l’Artillerie royale australienne a fourni l’équipement nécessaire pour lancer l’opération.

Les forces armées ont déployé trois soldats équipés de deux mitrailleuses et d’une dotation de 10 000 cartouches de munitions. À plusieurs reprises, les tireurs ont tenté de tendre des embuscades aux émeus, mais ils ont souvent été contrariés. Les oiseaux refusaient de se regrouper en un seul grand troupeau, préférant se séparer en petits groupes distincts, beaucoup plus difficiles à abattre.

Lors d’une autre tentative, l’une des armes s’est enrayée. Seulement 12 oiseaux avaient été tués à ce moment précis, et le reste du groupe s’était enfui dans des directions variées. Cette dispersion a rendu leur traque presque impossible pour le peloton militaire dépêché sur place.

Des tactiques de guérilla aviaires face aux mitrailleuses

Le comportement des oiseaux sur le terrain s’apparentait presque à des tactiques de guérilla pour éviter d’être parqués en groupes. Le journal The Sunday Herald a rapporté que les émeus avaient mis au point leur propre stratégie pour se défendre contre cette frénésie meurtrière, développant des techniques pour guetter les signes de danger.

Un observateur de l’armée a détaillé cette organisation au journal de l’époque en ces termes exacts : « Chaque meute semble avoir son chef maintenant — un grand oiseau à plumage noir qui mesure bien six pieds de haut et monte la garde pendant que ses compagnons mènent à bien leur travail de destruction et les avertit de notre approche. »

Au bout de six jours, avec un nombre de décès d’émeus se situant seulement dans les petites centaines, les tirs ont été suspendus, puis la campagne a été entièrement abandonnée quelques semaines plus tard. Le commandant de cette guerre infortunée, le major Gwynydd Purves Wynne-Aubrey Meredith, a partagé au The Sunday Herald son appréciation et son respect nouveaux pour les oiseaux : « Si nous avions une division militaire avec la capacité de transporter des balles de ces oiseaux, elle ferait face à n’importe quelle armée dans le monde. Ils peuvent affronter des mitrailleuses avec l’invulnérabilité des chars d’assaut. »

L’héritage d’une guerre perdue et les défis actuels

credit : lanature.ca (image IA)

Cette guerre s’est achevée en l’espace de quelques semaines seulement. Aujourd’hui, la population reste prospère, comptant entre 600 000 et 700 000 émeus qui survivent et s’épanouissent à travers toute l’Australie. Bien que les émeus aient remporté la bataille, de longues étendues de clôtures en Australie-Occidentale maintiennent désormais les oiseaux à distance des zones cultivées.

L’impact de l’homme sur l’espèce et l’environnement qu’elle influence directement suscite l’attention de certains groupes environnementaux qui estiment que la menace persiste. En 2013, l’expert en conservation Stephen Garnett a rédigé un article pour The Conversation mettant en lumière ces enjeux contemporains.

L’expert y indique que la barrière de l’État, une clôture longue de 727 miles, provoque la mort d’émeus par famine ou enchevêtrement. Ces infrastructures perturbent la dispersion des graines assurée par les oiseaux à travers le paysage australien. Malgré ces obstacles modernes, le bilan historique est incontestable : les émeus sont sortis victorieux de ce conflit. Oiseaux géants incapables de voler : 1. Humains : 0.

Selon la source : popularmechanics.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu