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En octobre 1867, l’Alaska a vécu deux vendredis d’affilée et a perdu près de deux semaines de dates
Crédit: lanature.ca (image IA)

L’achat d’un territoire aux conséquences temporelles inattendues

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Imaginez devoir écouter la chanteuse Rebecca Black pendant deux jours de suite. Si vous souhaitez obtenir deux vendredis dans la même semaine, la recette nécessite la somme de 7,2 millions de dollars et une immense étendue terrestre. En 1867, l’Empire russe vend l’Alaska aux États-Unis pour ce montant précis, ce qui représente à peine 0,02 dollar l’acre.

Cette transaction commerciale satisfait pleinement les deux nations. Les États-Unis sont impatients d’étendre leur territoire et de renforcer leurs échanges commerciaux à travers l’océan Pacifique. La Russie s’inquiète de plus en plus de la vulnérabilité de son avant-poste colonial nord-américain, situé à des milliers de kilomètres de Moscou.

Une fois l’accord signé, la vie sur le terrain en Alaska implique de régler plusieurs questions pratiques délicates. La plus curieuse d’entre elles concerne l’adaptation soudaine de l’heure locale, des dates et des calendriers administratifs.

L’affrontement de deux systèmes de datation historiques

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L’administration russe utilise toujours l’ancien calendrier julien lors de la cession du territoire. Ce système de datation basé sur le cycle solaire a été introduit par Jules César plus de 1 800 ans auparavant. Ce choix fige l’Empire dans une tradition devenue rare à l’échelle mondiale.

Les États-Unis, ainsi qu’une grande partie de l’Europe, ont abandonné ce modèle depuis longtemps. Ils ont basculé vers le calendrier grégorien, une version légèrement modifiée du système de datation instauré par le pape Grégoire XIII en 1582 de notre ère.

La structure des deux calendriers reste identique en apparence. Ils comportent les mêmes mois, une année classique de 365 jours et l’intégration d’une année bissextile tous les quatre ans pour ajuster le temps.

Les mathématiques derrière un décalage de plusieurs siècles

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Le calendrier julien présente un léger défaut d’estimation de la longueur de l’année solaire. Il part du principe qu’une année moyenne compte 365,25 jours, et non 365,2422 jours. Cet écart semble minime à l’échelle d’une vie humaine.

Au fil des siècles, cette infime différence provoque un éloignement spectaculaire de la date par rapport au cycle naturel des saisons. La réforme grégorienne corrige ce problème de dérive par une règle mathématique simple et immuable.

Cette correction consiste à supprimer les années bissextiles pour les années se terminant par 00, sauf si l’année en question est divisible par 400. En 1867, le décalage accumulé entre les deux systèmes atteint un total de douze jours entiers. L’heure en Russie retarde donc de douze jours par rapport aux États-Unis et à une partie de l’Europe.

Le paradoxe géographique de la ligne de changement de date

Le décalage ne concerne que la date chiffrée, car les jours de la semaine correspondent parfaitement entre les calendriers julien et grégorien. Le vendredi 18 octobre 1867 dans le système grégorien équivaut au vendredi 6 octobre 1867 dans le système julien.

La géographie complique la situation avec la question des fuseaux horaires. Sous le régime russe, la ligne de changement de date internationale est tracée le long de la frontière orientale de l’Alaska avec le Canada, plaçant le territoire du côté asiatique du globe. Les habitants de l’Alaska conservent la même date calendaire que la Russie, soit un jour d’avance sur la réalité géographique de leur emplacement.

Lors du passage aux mains des Américains, la ligne est déplacée vers l’ouest, au niveau du détroit de Béring, replaçant l’Alaska du côté américain du globe. Le jour du transfert officiel, l’effet combiné de ces deux modifications, soit douze jours en avant pour le calendrier auxquels s’ajoute un jour pour résoudre l’énigme de la ligne de date, engendre une situation inédite. Les habitants d’Alaska se couchent techniquement la nuit du vendredi 6 octobre 1867 et se réveillent le vendredi 18 octobre 1867. Près de deux semaines de dates disparaissent durant la nuit, mais le jour de la semaine reste un vendredi.

L’épilogue russe et le mystère de la Révolution d’Octobre

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La Russie maintient obstinément l’usage du calendrier julien jusqu’en 1918. Ce changement n’intervient qu’immédiatement après le renversement du tsar lors d’une période de profonds bouleversements politiques.

Les communistes s’emparent alors du pouvoir lors de l’événement historique devenu célèbre sous le nom de Révolution d’Octobre 1917. Cet épisode marque la fin définitive de l’ancien système de datation imposé par l’Empire.

Le nom de cette révolution cache une anomalie chronologique amusante due à ce décalage persistant. Sous la loupe du calendrier grégorien, ce bouleversement majeur ne se déroule pas en octobre, mais s’accomplit en réalité le 7 novembre 1917.

Selon la source : iflscience.com

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