Une succession sous haute tension pour le parti de François Legault

La course à la direction de la CAQ aborde son dernier virage avant de couronner celui ou celle qui deviendra le prochain premier ministre du Québec. Le parti fondé par François Legault s’apprête à tourner une page importante de son histoire d’ici dimanche. Les prétendants déploient leurs derniers efforts pour convaincre les électeurs dans une atmosphère politique complexe.
Un récent sondage Léger-Québecor vient jeter un éclairage nouveau sur les dynamiques internes de cette succession. L’enquête d’opinion révèle des projections électorales particulièrement difficiles pour l’un des candidats les plus visibles de la course. Bernard Drainville, actuel député de Lévis, fait face à des perspectives de vote faméliques en cas de victoire à la chefferie.
Les chiffres indiquent que la formation politique ne récolterait plus que 8 % des intentions de vote s’il en prenait la tête. Avec un tel score, la CAQ arriverait bonne dernière sur l’échiquier politique provincial. Elle se retrouverait ainsi reléguée en queue de peloton, glissant derrière les solidaires, les conservateurs, les péquistes et les libéraux.
La popularité en déclin du député de Lévis

Les difficultés du député de Lévis ne se limitent pas aux seules intentions de vote du parti. Depuis le début de l’année, la cote d’amour de Bernard Drainville auprès du grand public se trouve en chute libre. Ce déclin constant l’a propulsé dans les hauteurs du palmarès des politiciens mal aimés, où il brille désormais aux côtés du chef conservateur Éric Duhaime.
Les données démographiques de l’enquête montrent que moins d’un Québécois sur quatre entretient une bonne opinion du prétendant au trône caquiste. À l’inverse, ils sont beaucoup plus nombreux à ne pas le porter dans leur cœur. Même en se concentrant uniquement sur les sympathisants caquistes, le constat reste mitigé puisque seulement 40 % d’entre eux ont une opinion positive de sa candidature.
Le sondeur Jean-Marc Léger propose un regard analytique sur cette situation en observant la stratégie de communication du candidat. « Jouer au populiste un peu agressif, ça ne sert pas », précise-se-t-il. Il ajoute une observation sur le décalage entre la visibilité et l’adhésion : « Oui, il fait la une des médias, il a fait beaucoup de bruit, mais ça ne se traduit pas en appuis populaires ».
Le poids des membres et l’appui tardif des ministres

Il convient de nuancer la portée immédiate de ces statistiques globales sur le résultat de dimanche. Les répondants consultés lors du sondage ne sont pas nécessairement des membres en règle du parti. Le choix final repose entre les mains d’un groupe beaucoup plus restreint, composé de quelque 20 000 personnes possédant le droit de vote pour élire leur nouveau chef.
Réalisé le week-end dernier, ce coup de sonde comporte une limite temporelle importante dans l’analyse de la course. L’enquête n’a pas mesuré l’impact de l’appui de dernière minute apporté par plusieurs figures influentes du cabinet. Les ministres Sonia Bélanger, Jonatan Julien et Simon Jolin-Barrette ont en effet rallié le camp du député de Lévis en toute fin de course.
Le ministre de la Justice, perçu aux yeux de plusieurs comme l’incarnation du nationalisme à la sauce caquiste, n’a pas tari d’éloges pour son poulain ces derniers jours sur toutes les tribunes. Le sondeur tempère toutefois cette intervention tardive. « L’effet Jolin-Barrette, il est arrivé très très tard dans la campagne pour avoir un impact significatif », souligne Jean-Marc Léger.
L’ascension de Christine Fréchette dans l’opinion publique

Dans ce même intervalle de temps, la principale adversaire de Bernard Drainville a suivi une trajectoire inverse. Christine Fréchette a vu sa popularité gonfler de manière constante. Contrairement à son vis-à-vis qui bénéficiait déjà d’une forte notoriété, elle était peu connue des Québécois avant le déclenchement de cette course au leadership.
Sous la direction de la députée de Sanguinet, la CAQ verrait ses appuis populaires augmenter jusqu’à atteindre la barre des 18 %. L’ex-ministre de l’Économie et de l’Énergie parviendrait à gruger des points aux rouges. Cette avancée ne serait toutefois pas suffisante pour rattraper ou inquiéter le duo de tête libéralo-péquiste actuellement installé au sommet des intentions de vote.
L’évolution de la candidate suscite l’intérêt des experts en sondages malgré un léger ralentissement récent. Jean-Marc Léger dresse un bilan chiffré de sa progression : « Sa fin de campagne est beaucoup moins bonne, mais elle a quand même gagné 18 points de bonne opinion depuis le début de sa campagne ».
Une course qui laisse la population indifférente

Malgré l’enjeu capital de cette démarche politique, un constat s’impose quant à l’humeur de la population. La course au trône caquiste n’a pas soulevé les passions populaires. Cet état de fait survient alors même que le processus débouche sur le couronnement d’un nouveau premier ministre à la tête du gouvernement du Québec.
Les statistiques révèlent un détachement massif de la population face à cet exercice démocratique interne. Pas moins de sept citoyens sur dix affirment n’avoir que faire de la succession de François Legault. La course semble s’être déroulée en vase clos, loin des préoccupations quotidiennes de la majorité des électeurs.
Ce désintérêt ne s’est pas résorbé avec l’approche de la date butoir. L’intérêt des électeurs a même diminué au fur et à mesure que la course avançait vers sa conclusion. Les 20 000 membres appelés aux urnes devront donc prendre leur décision dimanche dans un climat d’indifférence publique généralisée.
Selon la source : journaldequebec.com