Neil deGrasse Tyson explique pourquoi on ne peut pas croire à la Terre plate après avoir observé une éclipse lunaire
Auteur: Mathieu Gagnon
Une forme planétaire établie depuis l’Antiquité

La forme de la Terre est celle d’un sphéroïde aplati. Cette réalité physique est une évidence depuis l’époque d’Ératosthène, et même avant les travaux de ce savant. Pour vérifier par soi-même que la planète est ronde, il n’est nullement nécessaire de naviguer jusqu’au bord du monde. Une simple expérience mobilisant une caméra de sécurité et un garage suffit à le démontrer.
Certains retardataires persistent néanmoins à accorder du crédit à l’hypothèse d’une Terre en forme de crêpe. Cette théorie, qui se heurte aux observations astronomiques les plus fondamentales, continue de circuler. Face à ce constat, le vulgarisateur scientifique américain Neil deGrasse Tyson a pris le temps d’expliquer pourquoi ce modèle plat est physiquement impossible au regard de l’environnement spatial qui nous entoure.
L’incohérence d’un système solaire sélectif
C’est dans un nouvel épisode de l’émission StarTalk que l’astrophysicien et communicateur scientifique de 67 ans a abordé une déclinaison très spécifique de cette théorie. Le postulat examiné suggère un scénario selon lequel seule la Terre ressemblerait à une crêpe, tandis que le reste des astres conserverait des volumes classiques.
« Ce qui est étrange, c’est qu’il y a des gens qui pensent que la Terre est plate, mais reconnaissent que la Lune est ronde, que Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et le Soleil sont tous des sphères, mais que la Terre est plate, » a résumé Neil deGrasse Tyson. Cette vision a le mérite théorique de reproduire une partie de ce qui est visible dans le ciel, ces objets célestes étant bel et bien des sphéroïdes et non des pièces de monnaie géantes en rotation.
Ce modèle géométrique s’effondre très rapidement dès lors que l’on tente de recréer une simulation s’approchant des orbites normales des planètes. La démonstration de cette faille ne nécessite même pas de sortir à l’extérieur pour aller chercher un bâton. L’observation d’une éclipse lunaire apporte toutes les réponses nécessaires.
L’ombre terrestre, une projection révélatrice

« Le Soleil projette toujours l’ombre de la Terre dans l’espace, elle est toujours là quoi qu’il arrive, » précise l’astrophysicien dans la vidéo. « La Lune passe occasionnellement à travers cette ombre. Et si vous regardez la forme de l’ombre de la Terre sur la Lune, elle est toujours ronde. » Ce simple fait suffit à dissiper le scénario de la Terre crêpe unique dans l’univers.
La forme de l’ombre projetée dépend directement de l’objet qui l’obstrue. « Si la Terre était plate, parfois vous obtiendriez une ombre plate, et nous n’avons jamais vu d’ombre plate, » a-t-il expliqué. La seule forme géométrique capable de produire ces ombres invariablement rondes est une sphère.
À l’inverse, un disque produirait des ombres circulaires uniquement une partie du temps. Le reste du temps, il générerait des ombres non circulaires qui trahiraient immédiatement sa nature aplatie. L’existence même des éclipses lunaires exclut définitivement cette variante particulièrement singulière de l’idée de la Terre plate.
La méthode d’Ératosthène au cœur de l’Égypte
Le scientifique américain poursuit son intervention en relatant l’histoire d’Ératosthène. En 240 avant notre ère, cet érudit, convaincu que la Terre était une sphère, a mesuré la circonférence de la planète en utilisant des ombres, un bâton et un puits profond situé à Syène, en Égypte, une ville mieux connue aujourd’hui sous le nom d’Assouan.
L’étude des écrits antiques permet de comprendre le contexte de cette découverte. « Les gens descendaient des marches circulaires pour entrer dans le puits afin de puiser de l’eau. Il faisait très sombre sur les marches quand les gens descendaient. Mais un jour par an (le 21 juin), la lumière du soleil à midi brillait tout au fond du puits. Il a remarqué que sa propre ombre était très ‘courte’ ce jour-là, ne couvrant que ses pieds mais pas le sol à proximité, » indique un document que la NASA publie au sujet de cet ancien savant.
La phase suivante de l’observation a consisté à changer de point de repère géographique. « Ératosthène est allé dans une autre ville d’Égypte – Alexandrie. Ce même jour de l’année, la lumière du soleil n’atteignait pas le fond des puits. Et il a remarqué que son ombre était ‘plus longue’. » C’est dans cette ville qu’il a mesuré l’ombre projetée par une tige. Il a constaté que celle-ci s’écartait de 7° 12′ de la perpendiculaire, contrairement à ce qui était observé à Assouan où les rayons étaient totalement perpendiculaires au Soleil.
Des calculs antiques à la précision redoutable

L’astronome américain Carl Sagan avait détaillé cette logique géométrique dans la série télévisée Cosmos. « Le Soleil est si éloigné que ses rayons sont parallèles lorsqu’ils atteignent la Terre. Des bâtons placés à des angles différents par rapport aux rayons du Soleil projetteront des ombres de longueurs différentes. Pour la différence observée dans les longueurs d’ombre, la distance entre Alexandrie et Syène devait être d’environ sept degrés le long de la surface de la Terre ; par là, je veux dire que si vous imaginez ces bâtons se prolongeant jusqu’au centre de la Terre, ils s’y croiseraient à un angle d’environ sept degrés, » enseignait-il. « Sept degrés, c’est environ un cinquantième de la circonférence totale de la Terre, les 360 degrés. »
Ératosthène connaissait la distance séparant Alexandrie et Syène. Il avait engagé une équipe de marcheurs pour la mesurer, établissant qu’elle était d’environ 5 000 stades. Sachant que l’angle représentait environ un cinquantième de la circonférence, il a multiplié 50 par 5 000 pour en déduire que la circonférence de la Terre devait être de 250 000 stades.
L’expérience comportait quelques complications, notamment le fait qu’Alexandrie et Syène ne se trouvent pas sur le même méridien, contrairement à ce qu’il avait supposé. Malgré ce biais, le résultat obtenu était précis à 1,4 % près de la véritable circonférence de la Terre. L’astrophysicien Neil deGrasse Tyson souligne ainsi que si Ératosthène a pu accomplir cette prouesse en 240 avant notre ère, il est amplement possible d’accepter en 2026 de notre ère que la Terre n’est pas l’unique crêpe flottant à travers l’espace.
Selon la source : iflscience.com