Au-delà du mimétisme : comment les perroquets utilisent de vrais noms pour nous identifier
Auteur: Mathieu Gagnon
Une nouvelle approche pour étudier le langage des oiseaux

De nombreux animaux produisent des sons qui suggèrent une communication entre eux, allant parfois jusqu’à interpeller un congénère précis. La question de savoir s’ils possèdent de véritables noms, d’une manière identique aux humains, reste ouverte.
Pour explorer cette piste, Lauryn Benedict, professeure de biologie à l’University of Northern Colorado, a choisi une approche différente. Elle n’a pas installé son matériel dans les régions tropicales pour enregistrer le bavardage des perroquets, comme les scientifiques l’ont fait par le passé.
La chercheuse s’est tournée vers des oiseaux qui parlent notre langue. Ses travaux se concentrent sur des animaux vivant avec des humains, capables de mimer ce qu’ils entendent au quotidien, y compris les prénoms des personnes qui les entourent.
Une analyse à grande échelle sur des centaines de spécimens

La professeure de biologie a mené cette étude avec Christine Dahlin, une collaboratrice de longue date rattachée à l’University of Pittsburgh at Johnstown. L’équipe comptait des chercheurs venus d’Autriche pour mener à bien cette vaste analyse.
Le groupe scientifique a étudié les vocalisations de plus de 880 perroquets captifs. En écoutant ces enregistrements, ils ont remarqué que beaucoup de ces oiseaux utilisaient des noms d’une façon qui semblait similaire à celle des humains, dans le but d’identifier des individus précis.
Les experts ont mis en évidence des manières inhabituelles dont ces noms surgissaient dans les pistes audio. Les détails complets de leurs travaux ont été publiés au sein de la revue scientifique PLOS ONE.
La complexité des signaux de communication

L’utilisation de noms propres offre aux humains la capacité d’organiser plus facilement des interactions sociales complexes. Dans la nature, une grande quantité d’animaux utilisent des sons d’une manière au moins analogue aux noms, pour une raison qui semble identique.
Les spécialistes de la faune étudient ces vocalisations depuis longtemps. Christine Dahlin apporte une précision stricte concernant ces observations : « Nous ne pouvons pas conclure qu’ils sont analogues aux noms humains, à la fois parce que les signaux des animaux sont souvent très différents et parce que nous ne comprenons pas l’intention complète derrière les signaux. »
Une grande quantité de perroquets parlent notre langue, ce qui facilite les recherches. Afin de les trouver, Lauryn Benedict et son équipe ont exploité les données du projet ManyParrots, un réseau de chercheurs qui examinent l’apprentissage vocal et la cognition des perroquets en rassemblant des données d’enquête et des enregistrements audio.
Le décryptage des enregistrements audio

Les chercheurs ont trié les données d’enquête portant sur plus de 889 perroquets. Pour un sous-ensemble de ces oiseaux, les personnes ayant répondu à l’enquête ont fourni un contexte supplémentaire.
Ces précisions ont permis à l’équipe de recherche de mieux comprendre la manière dont les oiseaux utilisaient les noms. Près de la moitié des participants à l’enquête ont inclus des exemples de perroquets prononçant des noms propres.
Sur un total de 413 extraits sonores, 88 semblaient montrer des oiseaux utilisant des noms comme étiquettes pour désigner des personnes ou des animaux. L’équipe a trouvé des preuves solides indiquant que certains oiseaux appliquaient ces noms non pas à une catégorie générale comme « personnes », mais bien à un seul individu spécifique.
Des comportements inattendus et de nouvelles interrogations

L’étude révèle des utilisations de ces étiquettes d’une façon que les humains ne pratiqueraient généralement pas. Les perroquets prononcent parfois leur propre nom dans le seul but d’attirer l’attention sur eux.
Les analyses permettent de dresser un bilan sur les capacités de ces animaux. Christine Dahlin explique que cette recherche suggère que les perroquets possèdent les compétences cognitives et vocales pour utiliser des noms de différentes manières, que ce soit pour communiquer avec des personnes ou même pour parler de quelqu’un qui n’est pas présent.
La variation observée à travers les différentes espèces, ou parmi les individus d’une même espèce, laisse de la place pour de nombreuses interrogations. Les scientifiques cherchent encore à déterminer comment, quand et pourquoi les animaux utilisent ou n’utilisent pas ces compétences pour interpeller une autre créature par son nom.
Selon la source : phys.org