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La lave était incontrôlable : au cœur de la tentative désespérée de bombarder un volcan actif pour sauver une ville hawaïenne
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une menace incandescente aux portes de Hilo

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L’armée de l’air américaine a mené au cours de son histoire des opérations singulières. L’une de ses missions les plus étranges l’a opposée à un adversaire inhabituel : Mère Nature. L’événement se déroule en 1935, sur l’île d’Hawaï, où la coulée de lave d’un volcan menace directement la petite ville balnéaire de Hilo.

La formation de cet archipel résulte de millions d’années d’activité volcanique ininterrompue. La « Grande Île » abrite notamment le Mauna Loa, reconnu comme l’un des volcans les plus actifs de la planète. Depuis 1843, il est entré en éruption à trente-quatre reprises, ajoutant régulièrement de nouveaux territoires au cinquantième État américain. Grâce à ses volcans, Hawaï est probablement le seul État de l’union à s’agrandir de façon continue.

La progression de la lave fait l’objet d’une surveillance minutieuse et reste généralement inoffensive pour les populations. L’éruption de 1935 marque une rupture avec cette norme, la coulée prenant une direction nord inattendue à partir du 21 novembre. La matière en fusion avance à un rythme d’un mile par jour vers les sources de la rivière Wailuku. Cet axe est stratégique : il constitue la réserve d’eau potable des quelque 20 000 habitants de Hilo. Une coupure de cet approvisionnement en eau douce aurait des conséquences catastrophiques.

L’appel scientifique et le plan du Général Patton

Thomas Jagger, le fondateur de l’Observatoire volcanologique d’Hawaï, décide de faire appel à l’armée américaine. Sa requête cible spécifiquement l’Army Air Service, l’ancêtre du Army Air Corps du temps de guerre qui deviendra plus tard la U.S. Air Force. Le scientifique demande de bombarder les tubes de lave et les canaux qui alimentent la coulée en direction de la rivière.

Personne ne pense à l’époque qu’un escadron de bombardiers américains puisse anéantir la roche en fusion. L’objectif repose sur un espoir différent : détourner la trajectoire de la lave vers une autre direction ne présentant aucun danger. La destruction tactique doit modifier la géographie immédiate pour forcer la nature à changer son cours.

L’opération est confiée à des avions de l’Army Air Service basés sur l’île d’Oahu. La planification de la mission revient à un homme au parcours martial avéré, le futur Général George S. Patton. L’officier qui commandait la Première brigade provisoire de chars pendant la Première Guerre mondiale allait par la suite diriger la Troisième Armée en Europe lors de la Seconde Guerre mondiale. Le site The Hush Kit décrit cette frappe aérienne hors norme.

Des bombardiers au-dessus du cratère

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Le jour de l’opération, les avions larguent leurs explosifs sur les flancs de la montagne. Thomas Jagger observe la scène à distance, l’œil rivé sur un télescope installé à la base du Mauna Kea, l’autre volcan majeur de l’île d’Hawaï.

Le scientifique se montre enthousiaste face au spectacle des détonations. « L’expérience n’aurait pas pu être plus réussie ; les résultats ont été exactement comme prévus, » il a plus tard déclaré au New York Times.

Les mesures effectuées sur le terrain semblent confirmer les espoirs du fondateur de l’Observatoire. La progression de la lave, qui couvrait plus de 5 000 pieds par jour avant l’intervention militaire, ralentit pour atteindre 1 000 pieds à la suite du bombardement. Le 2 janvier 1936, la coulée s’arrête de manière définitive.

Les doutes de la communauté géologique

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L’optimisme de Thomas Jagger ne fait pas l’unanimité parmi les observateurs. Harold Stearns, un membre de l’institut géologique américain (U.S. Geologic Survey) qui a volé à bord lors de la mission, pensait que le ralentissement et l’arrêt de la coulée étaient une coïncidence.

Le propre supérieur hiérarchique de Jagger émet des réserves immédiates. Le directeur du parc national d’Hawaï adresse un message à l’armée dès le lendemain de l’attaque. « Bien que nous soyons pour l’instant incapables de déterminer quel effet le bombardement par avion a obtenu … je me sens très dubitatif quant à sa réussite pour détourner la coulée. » indique le directeur du parc.

Le temps et l’étude des phénomènes géologiques ont fini par donner une direction à ce débat historique. Dans un écrit datant de 2017 concernant l’incident, le U.S. Geologic Survey tranche la question. « La pensée moderne soutient principalement la conclusion de Stearns. » confirme l’agence scientifique américaine.

Héritage tactique et offensives climatiques contemporaines

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La mémoire de cette mission inédite reste vivace au sein des forces armées. En 2015, à l’occasion du 80e anniversaire de l’événement, le 23e Escadron de bombardement responsable du vol originel contre la lave du Mauna Loa est retourné sur le sol hawaïen. Un bombardier B-52, assigné au 23e Escadron expéditionnaire de bombardement, a réalisé un vol de douze heures depuis sa base temporaire sur l’île de Guam pour rejoindre Hawaï. L’insigne de l’escadron montre toujours des bombes dégringolant sur un volcan, comme le note cet article de l’Air Force Global Strike Command.

L’initiative hawaïenne de 1935 n’a pas marqué la fin des affrontements militaires contre les éléments naturels. De nos jours, la Russie et la Chine envoient ponctuellement leurs forces aériennes bombarder des rivières gelées. Ces opérations visent à détruire les dangereuses accumulations de glace ou à permettre à des communautés voisines de renouer le contact avec le monde extérieur.

L’Europe connaît des interventions similaires pour gérer d’autres types de crises environnementales. En juillet 2018, l’armée de l’air suédoise a largué une bombe sur un feu de forêt ravageant un terrain d’entraînement militaire, soufflant ainsi les flammes tout en prévenant la détonation de munitions non explosées.

Selon la source : popularmechanics.com

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