Maison-Blanche : des journalistes invités à dénoncer Donald Trump lors du dîner annuel
Auteur: Adam David
Un appel à la fermeté face à Donald Trump
Le traditionnel gala de l’Association des correspondants de la Maison-Blanche (WHCA) s’annonce sous haute tension. Samedi prochain, Donald Trump devrait y participer pour la toute première fois en tant que président, une présence qui suscite une levée de boucliers. Plus de 250 anciens journalistes, soutenus par six organisations professionnelles, ont adressé une lettre à la WHCA ce lundi.
Leur demande est claire : profiter de cet événement très médiatisé pour dénoncer sans détour les attaques répétées de l’ancien et actuel président contre la liberté de la presse. Pour ces signataires, parmi lesquels figure le célèbre ancien présentateur Dan Rather, la participation de Donald Trump au dîner est une source de profond malaise.
Une présence jugée « profondément contradictoire »

Après avoir systématiquement boycotté l’événement par le passé, Donald Trump a surpris tout le monde en annonçant le mois dernier sa participation à ce gala qui, traditionnellement, célèbre le travail des journalistes dans une atmosphère mêlant discours officiels et sketches humoristiques. L’usage veut que le président en exercice y prononce lui-même une allocution teintée d’autodérision.
Mais pour les auteurs de la lettre, cette participation est inacceptable. « Les attaques systématiques, soutenues et sans précédent du président Donald Trump contre la presse libre […] rendent sa présence à un tel événement profondément contradictoire avec sa raison d’être », écrivent-ils, affirmant qu’aucun président américain n’a jamais mené une campagne aussi virulente contre les médias. Leur message est sans équivoque : « Nous ne sommes pas dans des temps ordinaires, et la presse ne peut pas faire comme si de rien n’était en se levant pour applaudir l’homme qui l’attaque au quotidien ».
Un inventaire accablant des attaques contre les médias
La lettre détaille sur deux pages et demie une liste d’actions et de propos visant la presse. Les signataires dénoncent pêle-mêle des poursuites judiciaires jugées « frivoles », l’arrestation de reporters, l’interdiction d’accès à certains journalistes en guise de représailles, ou encore des enquêtes réglementaires perçues comme une forme de pression. Sont également citées les coupes budgétaires dans les diffuseurs publics, les attaques verbales personnelles et la grâce présidentielle accordée à des individus condamnés pour des violences contre des journalistes.
Les exemples sont nombreux et souvent virulents, particulièrement envers les femmes. À une journaliste de Bloomberg qui l’interrogeait sur le délinquant sexuel Jeffrey Epstein, il a lancé : « Tais-toi, la truie! ». Une autre, de CNN, a été qualifiée de « pire reporter » parce qu’elle ne souriait pas en posant une question sur les victimes du même prédateur. Ces attaques verbales se doublent d’actions concrètes : suppression de fonds fédéraux pour les radios publiques NPR et PBS accusées de « dérive progressiste », ou interdiction d’accès au bureau ovale et à Air Force One pour l’agence Associated Press qui refusait de nommer le golfe du Mexique « golfe d’Amérique ».
L’administration a aussi modifié les règles d’accès à la Maison-Blanche, mettant fin à une pratique de longue date où la WHCA gérait les accréditations. La porte-parole, Karoline Leavitt, privilégie désormais les « nouveaux médias », comme les influenceurs et podcasteurs souvent acquis à la cause de Donald Trump. Le Pentagone a également tenté, sans succès, d’imposer des restrictions aux journalistes. Des poursuites en diffamation ont été lancées contre le Wall Street Journal et le New York Times, tandis que des accords à l’amiable ont été conclus avec CBS News et ABC News. Sous la pression d’un allié de Trump à la Commission fédérale des communications (FCC), Brendan Carr, ABC a même brièvement suspendu l’émission de l’animateur Jimmy Kimmel. Enfin, le département de la Justice a engagé des poursuites contre des journalistes, dont Don Lemon, arrêté lors d’une manifestation. Une liste, précise le texte source, loin d’être exhaustive.
La volte-face spectaculaire de l’ancien président
Cette volonté de participer au dîner contraste violemment avec ses positions passées. Au début du mois dernier, sur sa plateforme Truth Social, Donald Trump qualifiait d' »honneur » le fait d’accepter l’invitation de la WHCA. « Ces ‘Correspondants’ admettent désormais que je suis vraiment l’un des Plus Grands Présidents de l’Histoire de Notre pays, le G.O.A.T. [Greatest of All Time, qui se traduit par ‘le plus grand de tous les temps’], selon plusieurs », affirmait-il. Il a même promis d’en faire le « PLUS GRAND, le PLUS CONVOITÉ et le PLUS SPECTACULAIRE SOUPER de quelque nature que ce soit, JAMAIS ORGANISÉ! ».
Pourtant, lors de son premier mandat, celui qui qualifiait les journalistes d' »ennemis du peuple » et les médias critiques de « fake news » avait boudé chaque édition du dîner. Il fut le seul président à s’y soustraire depuis 1980. En 2018, il justifiait son absence dans un courriel de campagne : « Pourquoi est-ce que je voudrais être enfermé dans une salle avec un groupe de gauchistes des ‘fake news’ qui me détestent? ». L’an dernier, après son retour au pouvoir, il avait également choisi de boycotter l’événement.
Un dîner de tradition, théâtre de vieilles rancunes

La tradition du dîner de la WHCA remonte à 1924, et sa formule a bien évolué. C’est devenu une soirée où les présidents sont invités à se moquer d’eux-mêmes, de la classe politique et des journalistes présents. Barack Obama, par exemple, excellait dans cet exercice. En 2016, il avait ironisé sur le manque d’expérience supposé de Donald Trump en politique étrangère : « Les républicains disent que Donald manque d’expérience en politique étrangère pour être président, mais soyons justes, il a passé des années avec des chefs du monde entier: Miss Suède, Miss Argentine, Miss Azerbaïdjan », en référence au concours Miss Univers que le milliardaire a longtemps organisé.
Cinq ans plus tôt, en 2011, Barack Obama s’était déjà moqué de Donald Trump, alors présent dans la salle, en tournant en dérision la théorie du complot affirmant qu’il n’était pas né aux États-Unis, une rumeur que Trump avait largement contribué à propager. Si la salle avait ri aux éclats, les caméras avaient capté un Donald Trump impassible, visiblement vexé. Certains observateurs ont même avancé que cette humiliation publique aurait été l’un des éléments déclencheurs de sa décision de se lancer, quelques années plus tard, dans la course à la présidence.
Selon la source : ici.radio-canada.ca