Un avion espion secret de la CIA s’est écrasé près de la zone 51, resté caché des décennies avant d’être retrouvé
Auteur: Mathieu Gagnon
Le crash mystérieux dans le désert du Nevada

Il est fréquent d’entendre des récits de personnes se lançant dans des quêtes chimériques à la recherche d’objets insaisissables, mais il est rare que ces investigateurs trouvent réellement ce qu’ils cherchent. C’est la raison pour laquelle l’histoire d’un explorateur urbain ayant finalement découvert le site du crash d’un avion près de la célèbre Zone 51 s’avère si captivante. Pendant 42 ans, la légende n’a cessé de grandir sans que personne ne parvienne à localiser le point d’impact exact du puissant appareil.
L’histoire de la mort du pilote de la CIA Walter Ray, ainsi que les recherches ultérieures pour retrouver le lieu isolé du crash dans le Nevada, ont été mises en lumière dans un article de Popular Science paru en 2021. Le 5 janvier 1967, Walter Ray a décollé de la Zone 51 aux commandes de son avion, un A-12 Oxcart.
Construit par la division Skunk Works de l’entreprise Lockheed, cet engin clandestin était le prédécesseur direct du célèbre SR-71 Blackbird. Les deux appareils ont été conçus dans un but identique : mener des missions de reconnaissance stratégique à très haute altitude.
L’apogée technique et le destin éphémère de l’A-12

L’A-12 se distinguait par un fuselage plus court et un poids inférieur à celui du SR-71. Selon les données de la CIA, il a atteint un maximum documenté de 2 208 mph à une altitude de 90 000 pieds lors d’un vol réalisé en 1965. La propre comparaison de l’agence sépare désormais les performances de l’A-12 des records officiels du SR-71, ce dernier affichant 2 193 mph pour un avion opérationnel piloté et 85 069 pieds d’altitude maximale.
Quand l’A-12 a été retiré du service en 1968, la décision ne reposait pas uniquement sur la plus grande autonomie du SR-71. L’historique de la CIA souligne que l’agence devait trouver un équilibre face à l’essor des satellites de reconnaissance CORONA. Les autorités prenaient en compte les risques liés aux survols aériens à la suite de la destruction d’un avion U-2 abattu en 1960, tout en gérant la difficulté de maintenir simultanément une flotte clandestine d’A-12 et une flotte publique de SR-71 dont les missions se chevauchaient. Le SR-71 a, pour sa part, volé jusqu’en 1999.
Lockheed n’a produit que 15 exemplaires de l’A-12 au total, une flotte restreinte qui a subi plusieurs accidents. Trois appareils se sont écrasés durant les premières années des essais pré-opérationnels, les pilotes ayant pu s’éjecter en toute sécurité, selon l’historien de la CIA David Robarge. L’accident fatal de Walter Ray est survenu en janvier 1967. L’année suivante, le pilote Jack Weeks a perdu la vie dans un autre accident de A-12 en juin 1968.
La tragédie du vol de Walter Ray

L’appareil de Walter Ray a été victime d’un problème de jauge de carburant. Ce dysfonctionnement critique a d’abord provoqué une panne d’alimentation, entraînant ensuite l’extinction du moteur, selon Roadrunners Internationale. Face à cette urgence absolue, le pilote a pris la décision de s’éjecter.
La séquence de séparation vitale entre l’homme et le siège a toutefois échoué. Walter Ray est malheureusement resté sanglé à son siège de survie au moment de l’impact mortel avec le sol rocailleux.
Bien que le gouvernement américain ait localisé les restes dispersés de l’avion ainsi que la dépouille du pilote, le lieu exact du drame a été maintenu secret. Les responsables officiels connaissaient la position géographique, et les chercheurs spécialisés sur la Zone 51 en chuchotaient l’existence, mais le site ne figurait sur aucune carte publique publiée par la CIA.
La quête obstinée d’un explorateur

À la fin des années 1990, un explorateur urbain nommé Jeremy Krans s’est passionné pour la légende de cet accident. Intéressé par les mystères de la région, il a fait le serment de retrouver la trace physique de l’appareil disparu.
Au fil des années, l’explorateur a procédé par une patiente élimination. Il a méthodiquement écarté les lieux potentiels en se rendant physiquement sur divers sites isolés situés dans l’environnement rude du haut désert du Nevada.
En 2009, Jeremy Krans a finalement atteint son but. Il a formellement localisé le champ de débris vieux de 42 ans, dispersé sur une étendue par ailleurs banale du sol désertique, clôturant ainsi un mystère de plusieurs décennies.
Les hommages et la mémoire préservée

L’histoire s’est poursuivie bien après cette découverte. La CIA a honoré le sacrifice de Walter Ray sur le célèbre mur commémoratif situé au siège de l’agence à Langley, dans l’État de Virginie. De son côté, Jeremy Krans est retourné sur le site désolé de l’accident pour y construire son propre monument, incluant une réplique miniature en métal du A-12 Oxcart.
Même si la CIA ne diffuse toujours aucune coordonnée géographique publique officielle pour ce lieu, l’endroit n’est plus véritablement caché dans le microcosme des chercheurs de la Zone 51. Dès 2023, Dreamland Resort a publié un rapport d’expédition détaillant une visite réussie au mémorial improvisé de Walter Ray.
Plus tôt cette année, la CIA a publié un article sur l’achèvement de la restauration de son A-12 exposé à Langley. L’agence de renseignement décrit publiquement cette exposition comme un mémorial formel dédié à Walter Ray et Jack Weeks, deux hommes reconnus pour avoir piloté l’un des avions les plus extrêmes jamais construits.
Selon la source : popularmechanics.com