Charles Milliard face à Christine Fréchette : quand l’inexpérience devient un piège
Auteur: Adam David
Un contraste politique saisissant

Le chef libéral Charles Milliard doit ressentir une certaine exaspération. Une nouvelle fois épinglé sur le dossier linguistique, il voit sa rivale politique, Christine Fréchette, se sortir de ses propres faux pas avec une facilité déconcertante. Cette situation met en lumière les défis auxquels il est confronté à l’approche des élections, où son manque d’expérience semble commencer à lui nuire.
La dernière passe d’armes a été initiée par Christine Fréchette. Elle a tenté de tendre ce qui s’apparentait à un piège à Charles Milliard en proposant de devancer le renouvellement de la clause dérogatoire de la loi 96, un mécanisme qui permet de suspendre certains droits individuels. La manœuvre était jugée cousue de fil blanc et si insignifiante qu’elle a surpris, venant d’une femme politique habituellement perçue comme plus réfléchie.
La gaffe des « deux langues officielles »

Pourtant, malgré la nature prévisible de l’offensive, c’est bien Charles Milliard qui s’est retrouvé sur la défensive mercredi. La cause ? Une déclaration dans laquelle il a évoqué les « deux langues officielles »… au Québec. Un lapsus qui a suffi à le mettre dans l’embarras, sans même que sa rivale ait eu besoin de pousser son avantage.
Dans un premier temps, Charles Milliard avait pourtant bien réagi à la proposition de Christine Fréchette sur la clause dérogatoire. Il avait rapidement affirmé que certains éléments de la loi 96 pénalisaient le secteur privé et que, par conséquent, les libéraux voteraient contre cette manœuvre. Mais il n’a finalement pas eu besoin d’un piège pour s’embourber à nouveau sur la question linguistique : il y est parvenu tout seul.
Une préparation remise en question
Le brouhaha médiatique qui a suivi cette déclaration était sans doute exagéré. Néanmoins, l’évocation des « deux langues officielles » a été interprétée comme le symptôme de deux problèmes majeurs. Premièrement, cela suggère que Charles Milliard prépare mal ses points de presse. Deuxièmement, cela montre une tendance à divaguer, s’offrant ainsi inutilement en pâture à ses adversaires et aux médias.
On pouvait sentir que le chef libéral était lassé des questions répétées sur la clause dérogatoire. « Tant pis… ce n’est pas vous qui choisissez les questions des journalistes, M. Milliard. » Mais l’épisode le plus déroutant fut peut-être lorsqu’il a proposé, en anglais, de répéter sa réponse en espagnol. Une diversion qui a soulevé des interrogations sur son intention : voulait-il simplement montrer sa maîtrise d’une troisième langue, ou y avait-il une autre stratégie derrière cette remarque inattendue ?
L’ombre de l’inexpérience et le jeu d’équipe
Cette situation rappelle, sur certains aspects, les débuts de Mark Carney en politique. Comme Charles Milliard, il n’avait aucune expérience et montrait son exaspération face aux questions répétées jusqu’à la nausée par la tribune de la presse à Ottawa. Il lui a fallu près d’un an pour apprendre à ne plus laisser paraître qu’il trouvait une question sotte.
À l’inverse, Christine Fréchette bénéficie d’un soutien notable en la personne de Jean-François Roberge, qualifié de son « fou du roi ». Décrit comme un démagogue d’une autre époque, ses attaques contre Charles Milliard sont jugées insensées, mais elles servent un but précis : épargner à sa cheffe la tâche de lancer les répliques les plus cinglantes. Roberge endosse ce rôle, et pas grand-chose d’autre.
Cinq semaines pour faire ses preuves
Charles Milliard est perçu comme un homme politique plein de potentiel. Il a une haute opinion de ses propres opinions, ce qui, en soi, n’est pas forcément une mauvaise chose dans ce milieu. Cependant, il doit faire preuve de la modestie nécessaire pour réaliser qu’en tant que chef de parti sans expérience parlementaire, il a énormément à apprendre.
Les cinq semaines restantes à l’Assemblée nationale avant la campagne électorale seront cruciales. Charles Milliard sera sous haute surveillance. Il devra impérativement profiter de cette période pour mieux s’entourer et, surtout, commencer à faire preuve d’une plus grande discipline s’il veut surmonter les obstacles liés à son inexpérience.
Selon la source : journaldemontreal.com