Trump en Chine : Taïwan, commerce et sanctions au cœur d’un sommet sous haute tension
Auteur: Adam David
Un voyage en Chine pour aborder les sujets qui fâchent

À la veille d’un déplacement crucial en Chine, Donald Trump a mis les pieds dans le plat. Lundi, depuis la Maison-Blanche, il a confirmé que la question sensible de la vente d’armes américaines à Taïwan serait bien au programme de ses discussions avec son homologue Xi Jinping. Tout en écartant les craintes d’une invasion de l’île par Pékin, le président américain a préparé le terrain pour des entretiens qui s’annoncent denses.
Ce voyage, prévu de mercredi à vendredi, est une première pour un président américain depuis la propre visite de Donald Trump en 2017. Initialement programmé pour la fin du mois de mars, le déplacement avait été ajourné, le milliardaire républicain invoquant alors la guerre avec l’Iran comme motif de ce report. Aujourd’hui, les enjeux n’ont fait que s’épaissir.
Taïwan : le point de friction historique

Interrogé sur la poursuite des livraisons d’armement à Taipei, Donald Trump a affirmé qu’il allait avoir cette discussion avec le président Xi. Il a même ajouté une touche personnelle en confiant : « Le président Xi voudrait qu’on ne [le] fasse pas ». Cette déclaration souligne la complexité de la politique américaine vis-à-vis de Taïwan, que la Chine considère comme l’une de ses provinces. Washington offre un soutien militaire robuste à l’île sans pour autant reconnaître son indépendance.
Cette stratégie repose sur un principe établi depuis 1982 : les États-Unis ne consultent pas Pékin avant de vendre des armes à Taïwan. Malgré ce point de tension, Donald Trump a cherché à minimiser le risque d’une escalade militaire. « Xi Jinping sait que je ne veux pas que cela arrive », a-t-il estimé, mettant en avant sa « très bonne relation » avec le dirigeant chinois. En réponse, la diplomatie taïwanaise a fait savoir mardi son souhait de resserrer les liens avec Washington. Le porte-parole du ministère, Hsiao Kuang-wei, a déclaré : « Nous allons également continuer à renforcer la coopération avec la partie américaine et à développer des capacités de dissuasion efficaces afin de maintenir conjointement la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan ».
Une délégation de prestige pour relancer le dialogue économique

Au-delà des questions géopolitiques, les relations commerciales bilatérales devraient occuper une place centrale dans les entretiens. Après une année marquée par une guerre de droits de douane et de multiples restrictions aux échanges, l’heure est à la négociation. Les deux présidents pourraient notamment discuter de l’extension d’une trêve temporaire conclue en octobre dernier.
Pour appuyer sa démarche, Donald Trump ne vient pas seul. Selon un responsable de la Maison-Blanche, il sera accompagné de plusieurs patrons de grands groupes américains, dont Elon Musk (Tesla, SpaceX), Tim Cook (Apple) et Kelly Ortberg (Boeing). En amont de ce sommet, des pourparlers techniques ont déjà été prévus à Séoul. Ils réuniront des négociateurs des deux pays, menés par le vice-premier ministre chinois He Lifeng et le ministre américain des Finances Scott Bessent.
Quand la crise au Moyen-Orient s’invite dans les discussions

Impossible d’ignorer le contexte international. La crise au Moyen-Orient, avec ses répercussions mondiales, pèsera lourdement sur les discussions. La Chine, directement impactée, cherche des garanties. « La Chine entend travailler avec les États-Unis sur un pied d’égalité […] afin de développer la coopération, de gérer les différends et d’apporter plus de stabilité et de certitude dans un monde instable et interdépendant », a déclaré lundi un porte-parole de la diplomatie chinoise, Guo Jiakun.
Le géant asiatique est en effet touché de plein fouet par le bras de fer entre les États-Unis et l’Iran, ainsi que par la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz. Partenaire économique et politique majeur de Téhéran, la Chine est de loin la principale importatrice de son pétrole. D’après la société d’analyse Kpler, plus de la moitié de ses importations de brut par voie maritime provient du Moyen-Orient et transite majoritairement par ce détroit stratégique. Très dépendante du commerce mondial, la Chine subit déjà les premiers effets de la guerre.
Sanctions américaines et rapport de force à la veille du sommet

Selon les experts, Xi Jinping aborde cette rencontre en position de force relative. Donald Trump, de son côté, est à la fois accaparé par le conflit au Moyen-Orient et soumis à la pression croissante des élections de mi-mandat prévues en novembre. Les analystes observent que Pékin tire certains avantages de la crise dans sa rivalité avec Washington, notamment en se présentant au monde comme un partenaire fiable, respectueux du droit international et, pour reprendre une formule officielle, « du bon côté de l’Histoire ». Ils nuancent cependant en précisant que la Chine n’a aucun intérêt à ce que la situation dans le Golfe perdure.
Pékin devrait donc chercher à obtenir des avancées concrètes, même modestes, par exemple sur les droits de douane. Depuis le début de la guerre fin février, le gouvernement chinois a d’ailleurs mesuré ses critiques envers Washington et son soutien à l’Iran. Mais le climat s’est récemment tendu. Vendredi, les États-Unis ont sanctionné trois entreprises basées en Chine, accusées d’avoir fourni des images satellites à l’Iran. La réponse de Guo Jiakun a été immédiate : « La Chine est contre les sanctions unilatérales illégales ». Il a ajouté : « Le plus urgent, c’est d’éviter que le conflit reprenne, pas de l’instrumentaliser pour calomnier d’autres pays ». Lundi, le Trésor américain a enfoncé le clou en annonçant de nouvelles sanctions contre 12 personnes et entités liées à Téhéran, accusées de faciliter la vente de pétrole iranien à la Chine.
Selon la source : ici.radio-canada.ca