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Le poids du silence : comment les scènes de crime affectent la santé mentale des enquêteurs québécois
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une lumière sur un traumatisme silencieux

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La réalité des enquêteurs policiers du Québec comporte une dimension souvent dissimulée au grand public. Les scènes de crime et les actes de violence auxquels ces professionnels sont confrontés engendrent des effets post-traumatiques que beaucoup ont tendance à nier. C’est ce que révèle une récente étude présentée au congrès de l’ACFAS, qui se tient cette semaine à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

La chercheuse Noémie Allard-Gaudreau, experte en linguistique légale, a dévoilé les résultats d’une analyse portant sur les traumatismes au sein des forces de l’ordre. Ses travaux reposent sur des entretiens approfondis réalisés dans le cadre d’une vaste consultation menée auprès des organisations policières.

Pour mener à bien cette recherche, la chercheuse s’est entretenue avec 27 professionnels de l’enquête au Québec. Ces femmes et ces hommes possèdent une solide expérience sur le terrain, cumulant entre 7 et 25 années de service actif dans la police.

Le poids spécifique de l’enfance blessée

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L’étude souligne que certaines situations précises génèrent davantage de problèmes de santé mentale que les professionnels ne veulent l’admettre. Les observations mettent en évidence les tâches considérées comme les plus exigeantes sur le plan émotionnel pour ces spécialistes de l’investigation.

L’audition d’enfants victimes figure au premier rang de ces épreuves psychologiques. Interagir avec des mineurs ayant subi des traumatismes demande une résilience considérable que les années d’expérience ne suffisent pas toujours à forger.

Le visionnement d’images pédopornographiques représente l’autre facteur majeur de détresse psychologique identifié par l’étude. L’exposition répétée à ce type de matériel laisse une empreinte profonde sur ceux dont le métier est d’analyser ces preuves.

Le tabou et les stratégies de contournement

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Face à ces réalités éprouvantes, la chercheuse en sécurité publique a pu noter différentes stratégies de contournement en analysant le discours des participants. Le refus de la vulnérabilité reste une constante dans les témoignages recueillis.

« Il y a encore un tabou qui influence les enquêteurs du Québec quand vient le temps de témoigner de scènes qui les ont bouleversés », affirme Noémie Allard-Gaudreau. Ce constat illustre la difficulté de verbaliser le choc ressenti sur le terrain.

Peu avant sa présentation, la chercheuse résumait la situation au Journal : « Ils n’osent pas exprimer clairement à quel point ils ont pu être traumatisés à la vue de certaines scènes. Ils vont dire par exemple qu’un événement isolé, survenu il y a longtemps, les a ébranlés mais que c’est du passé. Ou encore ils vont parler d’un événement qui est arrivé à un collègue… ».

Le danger des images persistantes

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Mener des enquêtes pendant des mois, voire des années, exige souvent de revisionner constamment les images des victimes. Cette répétition génère des problèmes de santé mentale qu’il ne faut pas prendre à la légère, la première étape consistant à reconnaître l’effet de ces scènes sur les hommes et les femmes qui y sont exposés, sans nier leur pouvoir traumatisant.

La culture du silence comporte des risques importants pour la sécurité des individus. « Si c’est un tabou entre collègues, alors il est peu probable qu’on abordera la question avec son supérieur, et encore moins qu’on reconnaisse qu’on a besoin d’aide. Cela peut mener à entretenir des idées suicidaires, et même pire encore », explique la chercheuse. Face à ces enjeux, il convient de rappeler que des ressources de prévention et de soutien psychologique demeurent disponibles pour accompagner les professionnels en détresse.

Jusqu’à tout récemment, la majorité des études portant sur le choc post-traumatique se concentraient principalement sur les agents de police en patrouille. L’intérêt pour les effets spécifiques ressentis par les enquêteurs policiers constitue une approche nouvelle dans le domaine.

Vers une nouvelle approche de la santé mentale

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La perception de l’aide psychologique au sein des unités d’investigation reste un défi majeur. Pour de nombreux sujets interviewés dans le cadre de cette recherche, consulter un professionnel de la santé mentale est encore perçu comme une faiblesse dont ils estiment pouvoir se passer.

Cette réticence s’illustre par une comparaison frappante relevée lors des entretiens. « Un des enquêteurs a mentionné que c’était comme d’aller chez le dentiste. Je ne crois pas que ce soit une bonne façon de le voir », commente Mme Allard-Gaudreau.

La chercheuse fonde l’espoir que ses travaux permettront de faire évoluer les mentalités. Elle croit que sa recherche pourrait contribuer à lever le voile sur ce tabou persistant, un silence qui nuit actuellement à la prise en charge adéquate des problèmes de santé mentale chez les enquêteurs policiers.

Selon la source : journaldemontreal.com

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