Défense nord-américaine : Washington suspend un comité historique, Ottawa tempère la décision
Auteur: Adam David
Une rupture dans la tradition militaire bilatérale

L’administration de Donald Trump a pris la décision abrupte, ce lundi, de suspendre les travaux du comité mixte canado-américain sur la défense. Cette instance représentait un pilier de longue date dans l’architecture des relations entre les deux nations nord-américaines.
Ce forum bilatéral maintenait un rythme d’environ deux rencontres annuelles depuis sa création au début des années 1940, en pleine Seconde Guerre mondiale. Les registres indiquent d’ailleurs qu’aucune réunion ne s’est tenue depuis la fin de l’année 2024, une période précédant le retour au pouvoir de Donald Trump.
Depuis Ottawa, Mark Carney a choisi de minimiser le rôle joué par ce comité lors d’une sortie publique. « Je n’exagérerais pas… je veux dire, c’est une tradition de longue date, mais je n’exagérerais pas son importance alors que nous entretenons, comme vous le savez, de nombreux aspects de coopération étroite avec les États-Unis », a lancé le premier ministre en conférence de presse mardi.
L’offensive numérique d’Elbridge Colby

Cette réaction du gouvernement canadien fait directement suite aux déclarations formulées lundi par Elbridge Colby. Le sous-secrétaire à la Défense des États-Unis a privilégié le réseau social X pour faire connaître les intentions de la nouvelle administration américaine.
Dans son message public, le responsable a annoncé qu’il suspendrait les rencontres de ce comité jusqu’à nouvel ordre. Il a profité de cette tribune pour lancer une pique au gouvernement voisin, affirmant que les bottines canadiennes ne suivaient pas les babines lorsqu’il était question de dépenses militaires.
« Un Canada fort qui privilégie la puissance réelle plutôt que les discours profite à tous. Malheureusement, le Canada n’a pas réussi à réaliser des progrès crédibles sur ses engagements en matière de défense. […] Nous ne pouvons plus éviter les écarts entre la rhétorique et la réalité », a déclaré M. Colby.
L’argumentaire financier canadien

Face à ces critiques venues de Washington, Mark Carney a adopté une approche de diplomate. Il a tenu à rappeler la trajectoire actuelle des investissements gouvernementaux visant à renforcer les capacités opérationnelles du pays.
Le dirigeant a souligné que le Canada mettait les bouchées doubles pour se réarmer. Cette stratégie passe notamment par la volonté d’Ottawa de développer son propre complexe militaro-industriel sur le territoire national.
Cet effort de modernisation s’accompagne d’une enveloppe budgétaire massive. La promesse gouvernementale consiste à injecter « plus de 80 milliards $ » dans le secteur de la défense « d’ici la fin de cette décennie ».
Les cibles de l’OTAN en ligne de mire

Les interrogations sur la suite des événements ont poussé le représentant canadien à réaffirmer le cap fixé par son administration. Il a insisté sur l’aspect concret des mesures actuellement déployées par les forces armées.
« Qu’est-ce que le Canada peut faire ? On va continuer comme nous avons commencé. On prend de l’action. C’est la première fois depuis la tombée du mur de Berlin que le Canada a atteint la cible de l’OTAN. Ce ne sont pas mes mots, ce sont les mots du secrétaire général de l’OTAN », a lancé M. Carney devant les journalistes.
Cette référence à la chute du mur de Berlin sert à illustrer l’ampleur historique du rattrapage financier effectué. L’atteinte de cet objectif budgétaire se trouve ainsi validée par le plus haut représentant de l’alliance atlantique.
La souveraineté réaffirmée depuis la Saskatchewan

Le dossier a fait réagir d’autres membres du cabinet, loin de la capitale fédérale. Depuis la Saskatchewan, le ministre canadien de la Défense, David McGuinty, a pris la parole pour appuyer la position de son gouvernement face aux États-Unis.
Le ministre a rétorqué poliment aux remarques de l’administration américaine, affirmant que le Canada « avait un plan » clair pour répondre aux exigences géopolitiques actuelles et futures.
« Nous sommes un pays souverain et nous agissons comme un pays souverain. Nous continuons à faire les investissements nécessaires, indispensables à notre sécurité et notre souveraineté. C’est exactement ce que nous avons décidé de faire il y a un an », a-t-il déclaré pour clore ce chapitre des tensions canado-américaines.
Selon la source : tvanouvelles.ca