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L’impasse des nouveaux pouvoirs : analyse d’un paysage politique figé dans le temps
Crédit: Side-by-side fusion: "Christine Fréchette 2024.jpg" by TVA Nouvelles licensed under CC BY 3.0 via Wikimedia Commons + "Mark Carney World Economic Forum 2013 (3).jpg" by World Economic Forum from Cologny, Switzerland licensed under CC BY-SA 2.0 via Wikimedia Commons

L’illusion de la répétition face aux urnes

credit : lanature.ca (image IA)

La célèbre réflexion attribuée au physicien Albert Einstein affirme : « La folie, c’est de faire toujours la même chose en espérant un résultat différent chaque fois. » Cette citation trouve un écho particulier dans le contexte politique actuel, alors que les intentions de vote indiquent que 22 % des Québécois s’apprêtent à accorder leur confiance à la Coalition Avenir Québec (CAQ).

L’objectif affiché par cette formation politique demeure l’obtention de nouvelles compétences auprès du gouvernement fédéral. Toutefois, la capacité de la CAQ à concrétiser cette ambition soulève des interrogations, sachant qu’elle n’est pas parvenue à arracher ces concessions lors de ses mandats précédents, et ce, malgré la présence d’un chef bénéficiant d’une grande popularité et l’élection de deux gouvernements majoritaires consécutifs.

Cette persistance pousse certains observateurs à ironiser sur la situation, allant jusqu’à suggérer sur le ton de la boutade de transmettre le numéro d’un vendeur de substances illicites, communément appelé un « pusher », au président-directeur général de la Société québécoise du cannabis (SQDC). L’image souligne avec sarcasme à quel point l’espoir d’obtenir ces nouveaux pouvoirs semble déconnecté de la réalité.

Le mirage persistant d’un compromis constitutionnel

credit : lanature.ca (image IA)

La quête d’un juste milieu au sein du Canada continue pourtant de séduire une large partie de la population provinciale. Un sondage réalisé par la firme Léger, publié il y a environ un mois, révèle en effet que 61 % des Québécois désirent que le Québec dispose de nouveaux pouvoirs à l’intérieur de la Confédération.

Pour illustrer l’improbabilité de cette attente, l’analogie d’un désir irréalisable est souvent évoquée : c’est un peu comme souhaiter rajeunir de vingt ans et perdre vingt-cinq livres, tout en continuant à s’alimenter exclusivement de pâtes et à boire du vin. La réalité politique démontre que de tels miracles structurels n’arrivent pas.

Ce paradoxe entre les attentes populaires et les blocages institutionnels est analysé par les experts en opinion publique. À ce propos, le constat est clair : « La troisième voie, ça a encore une résonance dans la population », a dit le sondeur Jean-Marc Léger. « Et cela, malgré tous les échecs successifs de la CAQ depuis 2018… »

De Trudeau à Carney : la porte close du gouvernement fédéral

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L’historique récent des relations entre la province et la capitale fédérale illustre la complexité d’un tel dialogue. Les tentatives passées de François Legault pour instaurer un échange fructueux avec Justin Trudeau se sont souvent heurtées à une impasse. L’image utilisée pour décrire ces rencontres récurrentes dépeint le premier ministre du Québec sonnant à la porte de son homologue fédéral, lequel se contenterait d’ouvrir, de l’observer pendant une seconde, avant de lui fermer la porte au nez.

L’horizon s’annonce encore plus complexe, la CAQ faisant maintenant face à Mark Carney, qui est décrit par les critiques de l’actuelle dynamique comme l’un des PM les plus centralisateurs de l’histoire du pays. La perspective qu’il se montre réceptif est perçue comme nulle ; il ne prendrait même pas la peine d’ouvrir sa porte. Ses priorités gouvernementales se concentrent sur d’autres dossiers imposants, tels que Donald Trump, la gestion de l’Alberta et les soubresauts de l’économie mondiale.

Dans ce contexte, les revendications du Québec passent au second plan, au point où les observateurs estiment que le niveau fédéral n’en a fondamentalement « rien à foutre ». L’idée qu’une nouvelle cheffe comme Christine Fréchette parvienne à convaincre Ottawa d’ouvrir sa besace est ainsi qualifiée de véritable rêverie politique.

Une allégorie cinématographique signée Andy Warhol

credit : lanature.ca (image IA)

Pour saisir l’immobilité de cette conjoncture, un détour par l’histoire de l’art s’avère particulièrement éclairant, notamment à travers une réalisation expérimentale de l’année 1965. À cette époque, le célèbre peintre et réalisateur américain Andy Warhol a pris la décision de placer une caméra directement devant l’Empire State Building.

Il a alors filmé le gratte-ciel new-yorkais en plan fixe, enregistrant une séquence d’une durée ininterrompue de huit heures et cinq minutes. Cette œuvre atypique, dans laquelle il ne se passait strictement rien à l’écran, a par la suite été présentée au public dans la salle de cinéma du City Hall à New York.

Intitulé sobrement « Empire », le long-métrage a suscité un commentaire amusé de la part de son propre créateur, résumant parfaitement l’expérience du spectateur. « Ce qui est génial avec ce film », a dit Warhol, « c’est que tu peux sortir, aller manger au restaurant, puis lorsque tu reviens dans la salle, tu n’as rien manqué… »

Un paysage électoral figé dans la répétition

credit : lanature.ca (image IA)

La comparaison entre le film d’Andy Warhol et le paysage politique du Québec s’impose comme une métaphore de la stagnation institutionnelle. À l’instar de la projection d' »Empire », un individu pourrait quitter la province pendant quelques années et retrouver une situation identique à son retour. C’est inlassablement le même film qui passe, la même pièce qui joue, sans qu’aucun acte nouveau ne vienne bouleverser le scénario.

Cette continuité paradoxale se manifeste à travers plusieurs comportements électoraux figés dans le temps. Une partie de l’électorat continue de voter pour un parti souverainiste même si elle ne veut pas de la souveraineté. Parallèlement, la volonté d’emprunter la troisième voie demeure intacte, même s’il est largement documenté que celle-ci ne mène nulle part sur le plan constitutionnel.

Enfin, cet immobilisme s’illustre par l’espoir persistant d’un renouveau au sein de l’opposition. Beaucoup croient encore que le Parti libéral du Québec (PLQ) finira par changer de paradigme, alors même que les analyses soulignent qu’il demeure perpétuellement pris en otage par les électeurs anglos, figeant ainsi l’ensemble de l’échiquier politique.

Selon la source : journaldemontreal.com

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