Une intervention médiatique face aux rumeurs

Une onde de tension a récemment traversé les rues de La Havane. Vendredi, des bruits persistants évoquaient une opération imminente des forces américaines visant à enlever l’ancien dirigeant cubain Raul Castro directement sur le sol de l’île. Ces spéculations ont poussé l’une de ses filles, Mariela Castro, âgée de 63 ans, à prendre publiquement la parole pour dissiper ces inquiétudes.
Cette prise de position intervient quelques jours seulement après une annonce judiciaire majeure prononcée aux États-Unis à l’encontre de l’ancien chef d’État de 94 ans. En s’exprimant face à la presse, Mariela Castro est devenue la première représentante de la famille Castro à commenter officiellement cette affaire sensible devant les médias internationaux.
Le spectre de l’opération menée au Venezuela

L’origine de ces rumeurs trouve son ancrage dans un événement marquant survenu quelques mois plus tôt. En janvier, le président vénézuélien Nicolas Maduro, reconnu comme un allié de longue date de La Havane, a fait l’objet d’un enlèvement à Caracas au cours d’une opération spectaculaire menée par les forces spéciales américaines.
Le dirigeant du Venezuela avait été préalablement visé par la justice des États-Unis, sous le coup d’une inculpation pour « narcotrafic international ». Depuis cette intervention, il demeure détenu sur le territoire américain dans l’attente de son procès.
Malgré ce précédent frappant, Mariela Castro s’est montrée catégorique quant au sort de son père, affirmant que « personne ne va l’enlever, ni lui, ni personne. Nous sommes prêts à combattre l’impérialisme ».
Les racines historiques de l’inculpation

L’inculpation formelle de Raul Castro, prononcée mercredi par les autorités américaines, ravive de vieilles plaies liées à la guerre froide. Le frère cadet de Fidel Castro, figure historique ayant vécu de 1926 à 2016 et véritable ennemi juré de Washington, se voit reprocher des actes militaires remontant à plusieurs décennies.
Les charges portent spécifiquement sur l’année 1996. À l’époque, alors qu’il occupait la fonction de ministre de la Défense, Raul Castro aurait ordonné des tirs contre deux avions civils. Ces appareils volaient au large des côtes de Cuba et étaient pilotés par des membres d’une organisation anticastriste.
Cet incident tragique survenu dans l’espace aérien caribéen s’était alors soldé par la mort de quatre citoyens américains, un événement qui motive aujourd’hui les poursuites judiciaires outre-Atlantique.
La riposte verbale contre l’administration américaine

La défense de la famille s’est organisée en marge d’une manifestation de soutien au patriarche, orchestrée directement devant les grilles de l’ambassade américaine à La Havane. « Je n’ai pas peur car je sais qu’ils ne vont pas le faire », a déclaré Mariela Castro aux journalistes présents sur place.
Bien qu’elle confie ne pas avoir abordé l’inculpation de front avec l’intéressé, elle décrit sa réaction avec précision : « Nous n’en avons pas parlé, mais quand j’ai entendu qu’on lui en avait fait mention, il a souri, comme un vieux guérillero qui sait qu’il est en sécurité, le pied sur l’étrier, et que personne ne va l’enlever, car il l’a toujours dit : « Je mourrai au combat, s’il le faut » ».
La sexagénaire porte également un regard sévère sur les fondements de cette procédure. Elle juge que l’action « viole tout ce qui est établi au niveau légal aux États-Unis ». Sans détour, elle pointe du doigt les membres du gouvernement de Donald Trump qui, selon ses mots, « font ce qu’ils veulent et violent jusqu’à la Constitution ». Leur « tactique » reposerait sur une stratégie claire : « mentir, créer de l’incertitude et provoquer la peur ».
Le maintien des relations et l’influence discrète du patriarche

Malgré ce climat de friction judiciaire, la perspective d’une rupture totale du dialogue semble écartée par la partie cubaine. L’inculpation ne devrait pas entraver les pourparlers actuellement en cours entre La Havane et Washington, à en croire l’analyse de Mariela Castro : « Je ne pense pas que cela entraîne la fermeture de quelque canal (de discussion) que ce soit car Cuba ne veut pas et n’a jamais voulu fermer ce canal ».
Sur le plan de la politique intérieure, le statut de Raul Castro a évolué au fil des dernières années. Il n’occupe plus aucune fonction officielle, ni au sein de l’appareil du gouvernement de La Havane, ni dans les instances dirigeantes du Parti communiste cubain (PCC).
Néanmoins, son autorité demeure intacte dans les coulisses de l’appareil d’État. Le nonagénaire conserve un poids majeur dans les grandes décisions politiques qui orientent l’île et s’assure toujours la loyauté indéfectible des forces armées nationales.
Selon la source : tvanouvelles.ca