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Selon un scientifique de Harvard, votre corps pourrait repousser la mort en se « souvenant » de sa jeunesse
Crédit: lanature.ca (image IA)

L’hypothèse de la perte d’information génétique

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Comme l’expose la journaliste Jacqueline Detwiler, le vieillissement pourrait fondamentalement se résumer à un problème de perte d’information. Selon David Sinclair, titulaire d’un doctorat (PhD), avancer en âge constitue avant tout un dysfonctionnement dans la manière dont l’ADN est lu et mis en œuvre au sein de nos cellules. Le chercheur concentre l’essentiel de ses efforts sur la compréhension de l’épigénome, un interprète flexible de l’ADN qui active ou désactive les gènes en fonction des conditions environnementales.

David Sinclair est une figure centrale dans le domaine de la longévité. Cet Australien de 52 ans, au tempérament espiègle, dirige des laboratoires de génétique partenaires à l’Université de Harvard et à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud à Sydney. Il a publié des dizaines d’articles dans des revues prestigieuses telles que Nature et Science, et a été désigné par le magazine Time comme l’une des 50 personnalités les plus influentes du secteur de la santé en 2018.

Le scientifique est convaincu que le problème du vieillissement sera résolu. Il précise toutefois qu’aucun être humain ne vivra éternellement au cours des 500 prochaines années, une prévision qui tempère les attentes des chercheurs d’immortalité. Bien qu’il estime qu’il n’existe pas de limite supérieure stricte à la durée de vie humaine, il reste réaliste quant à la vitesse à laquelle la moyenne actuelle pourra être repoussée. Son apport majeur au domaine réside dans ce qu’il nomme la première véritable théorie unifiée du vieillissement, un mécanisme unique capable d’expliquer les divers types de dysfonctionnements cellulaires caractéristiques de l’âge.

Les mécanismes intimes de la dégradation cellulaire

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Pour comprendre cette théorie, il faut observer les marqueurs de l’âge. Nir Barzilai, médecin (MD) et directeur de l’Institute for Aging Research au Albert Einstein College of Medicine à New York, rappelle que la communauté scientifique appréhende aujourd’hui le vieillissement à travers sept à neuf caractéristiques biologiques. Ces facteurs se modifient au fil du temps et produisent un effet anti-âge lorsqu’ils sont inversés, fonctionnant comme des curseurs biologiques modulables.

Parmi ces caractéristiques, on trouve la protéostasie, qui définit la capacité des cellules à éliminer leurs déchets, ou encore la fonction mitochondriale, liée à la production d’énergie. Les chercheurs examinent également l’épigénétique, c’est-à-dire l’efficacité avec laquelle les cellules appliquent leurs instructions génétiques, ainsi que la réparation de l’ADN et l’érosion des télomères, qui garantissent l’intégrité de notre code génétique face aux agressions.

Au cours de la vie, l’ADN subit des dommages causés par des facteurs externes tels que les rayons UV, les hormones de stress ou les rayons X. Certaines familles de protéines, comme les sirtuines (des enzymes gérant le lecteur d’ADN), peuvent réparer cet ADN endommagé. Cependant, pendant qu’elles effectuent ces réparations, elles délaissent leur travail épigénétique habituel. Une fois leur tâche terminée, ces protéines ne retournent pas toujours à leur emplacement d’origine, ce qui entraîne une désorganisation progressive dans l’expression des gènes à travers le corps.

La théorie du disque rayé et ses applications

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David Sinclair recourt à une analogie spécifique pour illustrer ce phénomène. « Le génome est la musique, le lecteur est l’épigénome, et la rayure a empêché le lecteur de lire la musique de la même manière », explique-t-il. « Je pense que le vieillissement empêche les cellules de lire les bons gènes pour se souvenir de comment être une cellule du cerveau ou une cellule du foie. » Ce concept s’appuie sur des données issues du clonage : l’insertion d’un vieil ADN dans une nouvelle cellule clonée produit un clone jeune, prouvant que l’ADN conserve toutes ses instructions initiales et que le système d’exploitation est le véritable responsable du déclin.

Nir Barzilai nuance cette approche. S’il affirme qu’il « le classerait au premier rang » parmi les théories actuelles sur le vieillissement, il souligne que ce modèle n’explique pas l’intégralité du processus. « Il y a toujours des radiations qui vont modifier notre ADN. Il y a toujours des anomalies métaboliques qui sont indépendantes de l’épigénétique et peut-être davantage liées à la nourriture… Le problème est que toutes ces caractéristiques du vieillissement ne dépendent pas totalement de l’épigénétique », précise le médecin.

Malgré ces réserves, les résultats en laboratoire sont tangibles. Lors d’une étude publiée en couverture de la revue Nature en décembre 2020, le laboratoire de Sinclair a utilisé l’expression génétique pour ramener les cellules visuelles de souris âgées à un état épigénétique plus jeune, une méthode comparée à l’utilisation d’une solution de nettoyage pour polir les rayures d’un CD. L’équipe a observé la repousse des connexions des cellules du nerf optique endommagées, un phénomène supposé impossible dans un système nerveux vieillissant, et a pu restaurer la vision des animaux dans un modèle de glaucome de la souris.

Habitudes de vie, compléments et stress léger

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Actuellement, David Sinclair ne recommande pas les thérapies géniques pour les êtres humains. Ses méthodes anti-âge de prédilection reposent sur des interventions comportementales classiques : faire de l’exercice, adopter une alimentation riche en plantes et ne pas fumer. Il privilégie cependant la consommation de plantes stressées, c’est-à-dire intentionnellement sous-alimentées durant leur croissance. Il avance que ce stress léger active des défenses anti-âge chez les végétaux, dont bénéficient ensuite les humains qui les ingèrent, laissant supposer que son propre jardin est le plus terne de son quartier.

Une grande partie de ses recherches cible les sirtuines, dont le niveau décline avec l’âge. Il consomme quotidiennement du NMN et du resvératrol, deux molécules censées stimuler ce système. Un autre activateur de sirtuines, le NAD+, constitue l’ingrédient principal de Basis, un supplément anti-âge commercialisé par la société Elysium, dirigée par Leonard Gaurente, l’ancien mentor postdoctoral de Sinclair. Ces molécules ne garantissant pas l’immortalité à elles seules, le chercheur s’appuie fortement sur l’hormèse, un concept où un stress léger endommage le corps juste assez pour déclencher des changements cellulaires positifs, comme par la pratique du sauna ou l’exposition au froid.

En matière de régime, son conseil est clair : « Si je ne pouvais donner qu’une seule recommandation, ce serait de manger moins souvent. » Depuis les années 1930, des études démontrent qu’une réduction calorique d’environ 30 % allonge la durée de vie des souris et des singes, tout en améliorant les biomarqueurs liés à l’âge chez l’homme. La solidité de ces données conduit Nir Barzilai à utiliser cette méthode comme point de contrôle dans ses propres études. David Sinclair pratique ainsi le jeûne intermittent, tandis que Nir Barzilai suit le régime 16:8, concentrant ses repas sur une fenêtre de huit heures. Jusqu’à présent, aucun humain n’a franchi la limite d’âge estimée à environ 122 ans.

Les obstacles médicaux et les questions éthiques

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Pour dépasser le stade des remèdes comportementaux, le premier défi reste l’éducation des instances officielles. La Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis ne considère pas le vieillissement comme une maladie, ce qui complique l’étude et la prescription de traitements spécifiques. David Sinclair évoque le cas de la metformine, un médicament approuvé contre le diabète, qui a montré sa capacité à ralentir le vieillissement chez les animaux et à réduire les maladies neurodégénératives ainsi que le cancer chez l’homme. Un vaste essai national sur ce médicament, nommé TAME (Targeting Aging with Metformin), a été repoussé en raison du COVID-19 mais reste au programme. Les premiers médicaments anti-âge devront probablement contourner le système de prescription hors autorisation de mise sur le marché (hors AMM) en ciblant d’abord des maladies spécifiques avant d’atteindre les populations jeunes et en bonne santé.

Le second obstacle majeur est l’absence de test fiable pour évaluer l’âge cellulaire du corps, distinct de l’âge numérique. Sans ce repère, évaluer l’efficacité d’un traitement nécessite un suivi des patients jusqu’à leur décès. David Sinclair lance une entreprise destinée à concevoir un test abordable et accessible pour pallier ce manque. « Abaisser la barrière pour effectuer ce test en routine… habituera le public au concept que l’on peut mesurer le vieillissement et que la façon dont on vit affecte cette vitesse », indique-t-il. Il n’est pas le seul sur ce marché : Alex Zhavoronkov, fondateur de l’entreprise Deep Longevity et impliqué dans des campagnes auprès de l’OMS pour classer le vieillissement comme une maladie, développe un test d’âge réel, tout comme la société Elysium avec son produit baptisé Index.

L’hypothèse d’une population capable de vivre indéfiniment soulève d’autres préoccupations qui dépassent le champ de compétences d’un biologiste de Harvard. Déterminer qui aura le droit de vivre éternellement, anticiper l’état de la Terre si les humains cessent de mourir, ou envisager le rôle des robots dans cette transition constituent autant d’interrogations complexes. Ces questions devront trouver leurs réponses auprès des philosophes, des éthiciens et des artistes.

Selon la source : popularmechanics.com

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