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Trump demande à Kaitlan Collins de « se taire » — un schéma qui dépasse la politique
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un incident révélateur au cœur du Bureau ovale

Kaitlan Collins, correspondante en chef de CNN à la Maison-Blanche, lors du point de presse de la Maison-Blanche
La Maison-Blanche via wikimedia Public Domain

Deux mots ont suffi à interrompre une journaliste en plein milieu de sa phrase au sein du Bureau ovale. Il ne s’agissait ni d’une injonction légale, ni d’une interdiction de presse, ni même d’une réprimande formelle, mais d’un simple « taisez-vous », lancé par le président des États-Unis à l’animatrice de CNN, Kaitlan Collins. Cette dernière tentait alors de l’interroger sur un fonds gouvernemental de 1,8 milliard de dollars. Si la pièce a continué de s’animer, cet échange a résonné bien au-delà des murs de la Maison-Blanche pour de nombreuses femmes spectatrices.

Avant même qu’elle ne puisse terminer sa question portant sur le devenir du fonds baptisé Anti-Weaponization Fund — dont on cherchait à savoir s’il avait été supprimé ou mis en pause — Donald Trump a qualifié Collins de « journaliste corrompue » qui « ne sourit jamais ». Alors que la journaliste soulignait que des législateurs républicains avaient également protesté contre ce fonds, le président l’a interrompue en lui ordonnant de « se taire » et en ajoutant qu’elle « devrait avoir honte d’elle-même ». Interpellée par les journalistes, la Maison-Blanche s’est contentée de les renvoyer aux propos tenus par le président durant l’échange.

Une chronologie de confrontations répétées

shutterstock

Cet événement n’est pas un cas isolé, mais s’inscrit dans une série de confrontations observées depuis plusieurs mois. Le 14 novembre 2025, à bord d’Air Force One, Donald Trump avait déjà lancé un « Silence, petit cochon » à la reporter de Bloomberg, Catherine Lucey, alors qu’elle l’interrogeait sur des courriels récemment divulgués le liant à Jeffrey Epstein. Un correspondant de CBS News avait rapporté cet esclandre en temps réel sur les réseaux sociaux avant que l’identité de la journaliste ne soit confirmée par ses collègues.

Le schéma s’est répété en mai 2026 lors d’une visite au Lincoln Memorial, où le président s’en est pris à Rachel Scott, correspondante d’ABC News. Il a qualifié sa question de « stupide » et l’a décrite comme « l’une des pires journalistes » après qu’elle l’a interrogé sur la priorité donnée à des projets de rénovation en pleine guerre avec l’Iran et alors que les prix de l’essence augmentaient. Plus tôt, en novembre 2025, il avait déclaré à Mary Bruce, également d’ABC News, qu’elle était « une personne terrible et une journaliste terrible » suite à des questions concernant l’Arabie Saoudite.

D’autres journalistes ont été ciblées via les réseaux sociaux. Toujours en novembre 2025, Katie Rogers du New York Times a été qualifiée sur Truth Social de « journaliste de troisième zone » et de « laide, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur » après un article sur la santé et la fatigue du président. En décembre 2025, c’est à nouveau Kaitlan Collins qui était visée sur la même plateforme, traitée de « stupide et méchante » lors d’une discussion sur la construction de la salle de bal de la Maison-Blanche.

L’analyse linguistique du mécanisme de contrôle

Pour la linguiste Karen Stollznow, dont les recherches portent sur les liens entre langage et discrimination, l’usage du « taisez-vous » est une commande visant à contrôler le comportement d’autrui. Selon elle, « plutôt que de s’engager avec son argument, ses preuves ou sa question, cela cible son droit même à s’exprimer ». Ce type d’interaction dépasse le cadre politique pour toucher à la légitimité de la parole publique des femmes.

Les commentaires sur l’absence de sourire de Kaitlan Collins — une remarque déjà formulée par le président en février 2026 lors d’un échange tendu où il lui avait dit : « Je ne pense pas vous avoir déjà vue sourire. Je vous connais depuis 10 ans. » — sont également analysés. Stollznow précise que l’injonction à « sourire davantage » appartient à la même famille d’attentes sexuées que l’ordre de se taire. L’un régule l’apparence et la présentation émotionnelle, tandis que l’autre régule la parole.

Sarah Matthews, ancienne attachée de presse adjointe de Donald Trump lors de son premier mandat, suggère que ces attaques répétées découlent d’une forme de crainte. Elle a affirmé que Collins était « la seule journaliste qui faisait peur » à Kayleigh McEnany et à Trump lui-même. Qualifiant ces comportements d' »effroyables » et de « dégoûtants », elle a exprimé son regret de voir de tels échanges se normaliser, ajoutant qu’il est « répugnant de regarder quelqu’un dire à une femme qu’elle doit sourire tout en faisant son travail ».

La liberté de la presse face à une hostilité croissante

Les organisations de défense de la liberté de la presse surveillent de près cette tendance. L‘International Women’s Media Foundation a alerté sur un « modèle de ciblage et de harcèlement des femmes journalistes », soulignant que ces attaques publiques peuvent déclencher des vagues d’abus en ligne. Une enquête de 2026 menée par l’Information Integrity Initiative pour ONU Femmes et l’UNESCO auprès de 641 répondants dans 119 pays révèle l’ampleur du phénomène.

Les chiffres montrent une escalade : 75 % des femmes journalistes ont subi des violences en ligne dans le cadre de leur travail en 2025, contre 73 % en 2020. Plus inquiétant encore, la porosité entre le monde numérique et la réalité s’accroît. Alors qu’en 2020, 20 % des journalistes interrogées liaient les attaques en ligne à des abus physiques ou au harcèlement hors ligne, ce chiffre a plus que doublé pour atteindre 42 % en 2025. L’émergence de l’intelligence artificielle aggrave la situation, avec 19 % des professionnelles confrontées à des deepfakes ou du contenu manipulé.

  • 45 % des journalistes déclarent s’autocensurer sur les réseaux sociaux.
  • Près de 25 % ont reçu un diagnostic d’anxiété ou de dépression lié à ces violences.
  • Environ 13 % rapportent un diagnostic de stress post-traumatique (TSPT).

Impact psychologique et disparités structurelles

L’environnement public hostile a des conséquences mesurables sur la santé mentale. Une étude publiée en 2025 par le NIH indique que les femmes sont deux fois plus susceptibles que les hommes de souffrir de dépression, de trouble anxieux généralisé et de TSPT. Cette vulnérabilité est accentuée par les humiliations publiques. Le taux de burn-out atteint 43 % chez les femmes cadres, contre 31 % chez leurs homologues masculins, un écart qui se creuse dans les environnements dénigrants.

Le climat politique lui-même est devenu un facteur de stress. Une enquête de janvier 2025 menée par Charlie Health révèle que 75 % des personnes suivies pour des troubles mentaux estiment que le climat politique actuel impacte négativement leur santé. Parallèlement, une étude de l’université Emory confirme que les femmes stressées par la politique présentent des niveaux plus élevés d’anxiété et de dépression, même en tenant compte d’autres facteurs de vie.

Ces difficultés s’inscrivent dans un secteur où les femmes restent structurellement sous-représentées. Selon le Center for International Media Assistance, elles n’occupent que 27 % des postes de direction et 35 % de l’effectif total dans les médias d’information. À l’inverse, 77 % des rédacteurs en chef sont des hommes, créant un environnement où les systèmes institutionnels n’ont pas été conçus par ou pour les femmes qui y travaillent.

Vers une réponse collective et professionnelle

L’ordre de se taire, comme l’explique Karen Stollznow, ne répond jamais au fond du débat. Dans de nombreux contextes professionnels ou personnels, les voix féminines sont régulièrement redirigées ou ignorées, entraînant des coûts psychologiques documentés. Face à cette réalité, les experts préconisent une approche spécifique : la recherche d’un soutien psychologique axé sur les traumatismes liés au travail plutôt qu’une simple gestion du stress général.

Les données de l’UNESCO soulignent l’importance d’une réaction institutionnelle forte. Lorsque des dirigeants s’en prennent publiquement à des femmes pour leurs questions, le silence des collègues et des organisations est perçu comme un facteur aggravant de l’autocensuration. En 2025, près de 22 % des journalistes ont admis avoir modifié leur pratique professionnelle à cause de la violence subie, un chiffre que seule une solidarité collective et systématique pourrait permettre de réduire à l’avenir.

Selon la source : vpm.org

Créé par des humains, assisté par IA.

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