L’opération séduction : Maïté Blanchette Vézina accueillie en héroïne chez les conservateurs
Auteur: Adam David
Une entrée royale à Lac-Delage
On se serait cru à une sorte de mariage politique, ou du moins, à des fiançailles très publiques. Ce samedi, c’est à Lac-Delage, un petit coin tranquille juste au nord de Québec, que tout s’est joué. Imaginez la scène : environ 250 militants du Parti conservateur du Québec (PCQ), réunis pour dépoussiérer leur programme, qui n’avaient d’yeux que pour une seule personne. Ce n’était pas leur chef, non, mais bien Maïté Blanchette Vézina.
L’ancienne ministre de la CAQ, qui siège maintenant comme députée indépendante pour Rimouski, a reçu un accueil qu’on pourrait qualifier de royal. Vraiment, une star. Elle a livré une allocution d’une vingtaine de minutes devant un parterre, disons-le franchement, complètement conquis d’avance. Ce qui frappe, c’est le contraste avec son départ du gouvernement l’an dernier. Ici, elle semblait chez elle.
Dans son discours, elle n’a pas mâché ses mots concernant son ancienne famille politique. Elle a confié avoir été « séduite » par l’approche des conservateurs, soulignant qu’elle avait rarement vu autant d’authenticité dans un congrès politique, même — et c’est là que ça pique un peu — au sein de son ancien parti. Ça en dit long sur l’ambiance.
Un projet de loi et l’urgence d’agir pour les régions
Mais au-delà des sourires et des poignées de main, il y a du concret. Mme Blanchette Vézina n’est pas venue les mains vides. Elle a annoncé quelque chose d’assez inattendu : elle prépare un projet de loi conjointement avec le chef conservateur, Éric Duhaime. L’objectif ? Décentraliser l’immigration. L’idée est de redonner des « leviers » aux régions, qui se sentent souvent laissées pour compte.
Elle compte déposer ce projet « dans les prochaines semaines », mais attention, elle est restée vague sur les détails techniques. Pourquoi ? Pour éviter de commettre un outrage au Parlement, ce qui serait malvenu. Mais le message est clair : « Il est vraiment urgent d’agir, j’en suis convaincue », a-t-elle lancé. Selon elle, si les décisions continuent de se prendre loin du terrain, nos milieux de vie vont continuer de se dévitaliser. C’est un cri du cœur pour la ruralité, un thème cher à celle qui avait claqué la porte de la CAQ en septembre dernier en conseillant à François Legault de réfléchir à son avenir.
Ce travail commun confirme que le « flirt » politique entre elle et M. Duhaime est bien réel. D’ailleurs, Éric Duhaime a utilisé une image assez parlante, répétant samedi qu’il en était à l’étape de « la présenter à sa famille ». Politique, la famille, on s’entend.
Hésitations, additions et réactions militantes
Alors, la grande question que tout le monde se pose : va-t-elle faire le grand saut ? Quand on l’interroge sur la possibilité d’une candidature aux élections de l’automne, l’ex-ministre reste prudente. « Je poursuis cette réflexion », a-t-elle dit aux journalistes, précisant qu’il y a encore « des étapes à franchir ». Elle semble réticente à changer d’allégeance en plein mandat.
Éric Duhaime lui-même a souligné la délicatesse de la chose, rappelant que les électeurs jugent souvent sévèrement les transfuges, citant les exemples fédéraux récents de Chris d’Entremont et Michael Ma. Mais sur le plancher du congrès, les militants, eux, n’ont pas ces pudeurs. Ils la veulent, et tout de suite ! « C’est le coup de cœur de mon congrès », s’est exclamée Suzanne Turcotte, une déléguée qui souhaite « à 400 % » la voir candidate en 2026. Même son de cloche chez Eliot Estévez-Verville, le candidat désigné pour Taschereau, qui espère l’avoir dans les rangs.
Pour Jonathan Poulin, figure connue du parti dans Beauce-Sud (il a failli gagner en 2022 et se représentera en 2026), sa présence prouve que le parti attire. Il a résumé la situation avec un pragmatisme implacable : « On n’a pas réussi à faire élire de députés à la dernière élection… donc si on veut faire notre entrée à l’Assemblée nationale, il faut additionner ». C’est mathématique, au fond.
Changement de ton et virage politique assumé
Le congrès ne tournait pas uniquement autour de Mme Blanchette Vézina, loin de là. Il y avait une volonté claire de changer l’image du parti. Stéphane Lachance, chef de l’opposition à la ville de Québec et ancien candidat dans La Peltrie (avant de fonder Respect citoyens), a harangué la foule : « La gêne doit changer de camp ». Il invite les gens à redresser la tête et à ne pas avoir honte de vouloir le « gros bon sens ». L’ambiance était électrique, surtout quand la comédienne Anne Casabonne, qui animait l’événement, a lancé sous les applaudissements que le parti « grimpe comme ce n’est pas permis » dans les sondages.
D’ailleurs, parlons chiffres un instant. Le parti avait récolté 12,9 % des voix en 2022. Aujourd’hui, l’agrégateur Qc125 laisse entrevoir la possibilité d’élire entre 4 et 13 députés, avec des percées possibles dans la Capitale-Nationale, Chaudière-Appalaches et l’Estrie. De quoi donner confiance au Dr Karim Elayoubi, président de la commission politique, qui affirme que « tout le monde se bat à droite » et accuse les adversaires de plagier leurs idées.
Côté propositions, les conservateurs ont tranché dans le vif samedi matin. Ils ont voté pour l’abolition du Fonds de développement économique (FDE) du ministère de l’Économie — une idée que, curieusement, le Parti Québécois de Paul St-Pierre Plamondon défend aussi. Plus radical encore, ils veulent abolir la bourse du carbone et le « Fonds vert ». Leur argument ? Le Québec n’émet que 0,14 % des gaz à effet de serre mondiaux, alors à quoi bon ? Ces idées, déjà évoquées par Duhaime lors de la partielle d’Arthabaska, font désormais officiellement partie du programme.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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