Verglas au Québec : pourquoi la province retient son souffle face au spectre de 1998
Auteur: Adam David
Le souvenir tenace de la crise de 1998

Une alerte météo, et c’est tout un pan de l’histoire du Québec qui remonte à la surface. L’annonce d’une importante tempête de verglas prévue pour mercredi et jeudi a placé une grande partie de la province en état d’alerte, ravivant une mémoire collective encore à vif. La population est poussée à se préparer au pire, et pour une bonne raison.
Le météorologue à la retraite Gilles Brien, également auteur du livre « Les baromètres humains : comment la météo nous influence », met des mots sur ce sentiment diffus. « Ça provoque de l’inquiétude parce que la tempête de verglas de 1998 a vraiment laissé des marques chez les Québécois. On a eu des millions de Québécois plongés dans le noir pendant une semaine », explique-t-il.
C’est dans ce contexte que l’avertissement de pluie verglaçante, classé orange par Environnement Canada, prend une tout autre dimension. Il ne s’agit pas seulement d’un bulletin météo, mais du réveil d’un traumatisme qui a marqué la province au fer rouge.
Écoles fermées et télétravail : le Québec à l’arrêt préventif

La réaction des institutions a été quasi immédiate, bien avant que les premières gouttes de pluie verglaçante ne touchent le sol. Dès mardi, la plupart des centres de services scolaires, sur un vaste territoire s’étendant de l’Outaouais jusque dans le Bas-Saint-Laurent, avaient annoncé la fermeture de leurs établissements pour la journée de mercredi.
Le monde du travail a suivi le mouvement. De nombreux employeurs ont emboîté le pas, encourageant fortement leurs salariés à opter pour le télétravail afin de limiter les déplacements et les risques. La liste des organisations concernées est longue : le gouvernement provincial, iA Groupe financier, Beneva, Desjardins, Loto-Québec, la Société de transport de Montréal et même le géant du jeu vidéo Ubisoft ont tous diffusé des consignes en ce sens.
Sur le pied de guerre : les autorités mobilisent leurs troupes
Face à la menace, les grands acteurs publics ont déployé des moyens considérables. Hydro-Québec, en première ligne lors de ces événements climatiques, a assuré suivre la situation de très près. La société d’État a mobilisé pas moins de 550 équipes, représentant un total de 1100 monteurs et monteuses de lignes prêts à intervenir sur le réseau électrique.
Du côté de la sécurité civile, le ton est également à la vigilance maximale. Le ministre provincial de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, a confirmé que des centaines de personnes étaient déjà déployées sur le terrain. Leur mission : suivre l’évolution de la tempête minute par minute et assurer une veille constante pour répondre à toute urgence.
À l’échelle municipale, la préparation est tout aussi sérieuse. La Ville de Montréal a annoncé de son côté que près de 1000 de ses employés seraient affectés à des tâches cruciales : l’épandage d’abrasifs sur les chaussées et les trottoirs, le dégagement des puisards pour éviter les inondations et même des opérations d’élagage préventif pour alléger les branches les plus fragiles.
« On prévient le pire » : le mot d’ordre des spécialistes

Tous les experts s’accordent sur un point : la stratégie adoptée est celle de l’anticipation. « On est vraiment en mode prévention. On prévient le pire. Tant mieux si finalement on a plus de grésil ou plus de pluie, mais c’est impossible à prévoir en ce moment », résume André Monette, chef du service météorologique chez MétéoMedia. Il tient cependant à rassurer en soulignant que le verglas attendu n’a rien de comparable avec la crise historique de 1998.
Gilles Brien insiste sur la pertinence de cette approche préventive pour amortir les conséquences de la tempête, notamment sur le réseau routier. Selon lui, cette préparation en amont pourrait même fausser la perception du public. « Les gens vont peut-être penser que la tempête n’a pas été si pire, mais c’est parce qu’on a pris des mesures pour limiter l’impact », analyse-t-il.
Un avis partagé par Frédérique Marie, chroniqueuse à la circulation, qui voit dans cette mobilisation un effort collectif nécessaire. « C’est beaucoup de la prévention. On avertit les gens d’essayer d’éviter de se déplacer le plus possible », mentionne-t-elle, rappelant la consigne la plus élémentaire en pareilles circonstances.
Plus qu’une météo, un impact sur le moral et le quotidien

Au-delà des pannes de courant et des routes glissantes, l’impact d’un tel événement est aussi psychologique. Selon Gilles Brien, le fait que cet épisode de verglas survienne en milieu de semaine n’est pas anodin, car le mercredi est statistiquement « la journée la plus achalandée sur les routes », ce qui complique davantage la situation.
Un autre facteur vient jouer sur le moral collectif : le contraste thermique brutal. Après des températures particulièrement douces pour la saison lundi et mardi, le retour soudain du froid prévu pour mercredi peut affecter les humeurs. « Ce sont les variations qui sont les plus difficiles à supporter au Québec », précise le météorologue.
Il conclut en rappelant une vérité plus large : la météo ne se contente pas de dicter la température. Elle exerce une influence profonde et directe sur l’économie, la culture, nos modes de vie et, finalement, sur nos émotions les plus intimes.
Selon la source : journaldemontreal.com