Le mystère du prêtre autrichien momifié : le scanner révèle une méthode d’embaumement inédite
Auteur: Mathieu Gagnon
Le secret enfoui de la crypte de Saint-Thomas am Blasenstein

L’histoire débute dans l’obscurité d’une église autrichienne, où une dépouille a déconcerté les chercheurs pendant des siècles. Conservé au sein d’une crypte à Saint-Thomas am Blasenstein, ce corps momifié exceptionnellement bien préservé est rapidement devenu un sujet majeur du folklore local. Les habitants des environs lui attribuaient diverses superstitions, notamment en ce qui concerne de supposées propriétés curatives. Dans l’imaginaire collectif de la région, la rumeur affirmait qu’il s’agissait d’un « membre du clergé du XVIIIe siècle qui a succombé à une maladie infectieuse ».
Surnommé le « chapelain séché à l’air » en raison de l’état remarquable de conservation de sa peau et de ses tissus, l’homme a gardé ses mystères intacts jusqu’à une découverte récente soulignée par la chaîne CNN. Les interrogations ont perduré jusqu’en 2025, année où un incident purement matériel est venu bouleverser le cours des recherches. Une fuite d’eau survenue dans la crypte de Saint-Thomas am Blasenstein a rendu nécessaire l’ouverture des lieux, permettant enfin aux chercheurs contemporains d’accéder physiquement au corps.
Cette opportunité d’examen direct a ouvert la voie à une analyse scientifique de pointe. Les équipes mobilisées ont finalement pu formuler une idée raisonnable de l’identité véritable du défunt, identifier la cause de sa mort, et comprendre la méthode de momification employée pour préserver l’enveloppe charnelle avec un tel degré de perfection.
L’identité confirmée du vicaire de paroisse
Sous la direction d’Andreas Nerlich, professeur de médecine à l’Université Ludwig-Maximilians de Munich en Allemagne, une équipe d’experts a mené des examens approfondis incluant des analyses chimiques, des tomodensitométries et des datations au radiocarbone sur des échantillons prélevés. Les résultats de cette investigation, publiés dans un article de la revue Frontiers in Medicine, confirment une partie des conjectures locales tout en élargissant la compréhension moderne des pratiques funéraires du XVIIIe siècle. La spéculation locale laissait entendre qu’il s’agissait du corps de Franz Xaver Sidler von Rosenegg, un homme ayant exercé pendant six ans la fonction de vicaire de la paroisse locale.
Les outils scientifiques sont venus corroborer ces récits. Selon les éléments rapportés par CNN, la datation au radiocarbone « a situé l’année de son décès entre 1734 et 1780 ». Parallèlement, l’examen « a suggéré un âge au décès compris entre 30 et 50 ans, avec la fourchette la plus plausible entre 35 et 45 ans. » Ces données chiffrées s’alignent précisément sur les registres historiques de Sidler, formellement décédé en 1746 à l’âge de 37 ans.
L’étude des isotopes chimiques présents dans un échantillon d’os a permis aux chercheurs de déterminer le régime alimentaire habituel du religieux. L’analyse a mis en évidence une alimentation riche en céréales et en viande, une observation que l’étude qualifie de « tout à fait conforme à l’approvisionnement alimentaire rural attendu d’un vicaire de paroisse locale. » Néanmoins, CNN relève que l’examen suggère que l’homme d’église a pu souffrir de pénuries alimentaires dans la dernière partie de sa vie, des carences « peut-être causées par la guerre de Succession d’Autriche en cours à l’époque. »
La fin de la rumeur de la capsule de poison

Outre ce que le vicaire a ingéré de son vivant, l’équipe du professeur Nerlich a pu déterminer avec certitude ce qu’il n’avait pas avalé : du poison. Cette précision s’est avérée cruciale pour clore une théorie tenace née au début des années 2000. À cette époque, une radiographie réalisée sur le cadavre avait révélé la présence interne d’un « objet en forme de balle ». Cette anomalie visuelle avait poussé les chercheurs d’alors à spéculer que l’homme mort mystérieux avait en réalité été assassiné au moyen d’une capsule empoisonnée.
La nouvelle étude a permis d’atteindre cet objet énigmatique pour en analyser la nature exacte. Loin d’être une arme létale, il s’agissait d’une « petite sphère en verre avec des trous aux deux extrémités. » Les scientifiques n’ont trouvé aucune preuve suggérant que cet élément, ni quoi que ce soit d’autre, ait empoisonné le religieux. Les conclusions indiquent que la sphère était très probablement « une partie d’un ensemble de grains de chapelet accidentellement piégée dans le matériel d’embaumement ».
Ayant écarté la thèse criminelle, les experts médicaux ont finalement identifié la cause pathologique du décès de Franz Xaver Sidler von Rosenegg. Le vicaire a très probablement succombé à une hémorragie pulmonaire aiguë, elle-même déclenchée par une tuberculose chronique. Cette conclusion médicale met un point final aux décennies de doutes entourant ses derniers instants.
Une découverte tomodensitométrique déconcertante

Si l’énigme des objets entrés par la bouche du défunt était résolue, l’équipe a dû faire face à un nouveau casse-tête concernant son processus de préservation. Il fallait comprendre précisément comment ce corps était parvenu à traverser les siècles dans un tel état de conservation. L’article publié par l’équipe livre les détails de cette trouvaille inédite : « La plus grande surprise de l’étude est venue du scanner : Les scientifiques ont découvert que la cavité abdominale et pelvienne de la momie était remplie de matériaux tels que des copeaux de bois de sapin et d’épicéa, des tissus en lin, en chanvre et en lin, dont certains étaient délicatement brodés. Des analyses toxicologiques supplémentaires ont révélé des traces de chlorure de zinc et d’autres éléments. »
Cette association singulière de végétaux, de textiles et de minéraux explique comment le corps a pu maintenir son état caractéristique. Andreas Nerlich a détaillé ce mécanisme physico-chimique lors d’un échange rapporté par CNN : « Les copeaux et le tissu auraient (lié) l’eau. Le chlorure de zinc aurait eu un effet asséchant et réduit la charge de bactéries dans l’intestin. »
Cette ingénierie mortuaire démontre une application concrète des techniques de conservation tissulaire. Le pouvoir absorbant du bois de conifère, couplé à l’action antibactérienne du chlorure de zinc, a stoppé le processus naturel de putréfaction, permettant d’obtenir l’aspect momifié du « chapelain séché à l’air ».
Une voie d’insertion sans précédent scientifique

La présence de ces matériaux à l’intérieur de l’abdomen a soulevé une question d’ordre purement anatomique. Comme l’a fait remarquer le professeur Nerlich, l’observation était particulièrement troublante au niveau chirurgical : « C’était vraiment inattendu car les parois du corps étaient complètement intactes. » Aucun signe d’incision n’étant visible sur le torse ou l’abdomen du vicaire, la méthode d’introduction des copeaux, des tissus brodés et des composés chimiques exigeait une autre explication.
Pour répondre à cette impossibilité apparente, l’équipe a formulé une théorie inattendue. Selon les scientifiques, ce processus de momification très spécifique a impliqué l’insertion de l’intégralité de ces éléments de conservation directement par le rectum du cadavre. Cette approche diffère considérablement des méthodes de préservation plus couramment pratiquées, comme celles connues dans l’Égypte antique, où le corps du défunt est systématiquement ouvert afin que les matériaux de préservation puissent être placés à l’intérieur.
Cette intervention post-mortem représente une donnée inédite dans l’étude des rites funéraires et de l’embaumement. Andreas Nerlich a précisé à CNN que, à la connaissance de son équipe, cette technique d’embaumement particulière « n’a pas été signalée dans la littérature scientifique auparavant. » Les résultats obtenus sur la dépouille de Franz Xaver Sidler von Rosenegg apportent ainsi une contribution unique à l’histoire de la médecine légale.
Selon la source : popularmechanics.com