Aller au contenu
Les corbeaux qui prennent des risques en s’approchant des humains ont moins de chances de survivre
Crédit: lanature.ca (image IA)

Le paradoxe de la survie en milieu touristique

credit : lanature.ca (image IA)

La survie de certains corbeaux pourrait dépendre de leurs contacts limités avec les humains, selon un article rédigé par Jordan Joseph, journaliste pour Earth.com. Les chercheurs ont découvert que les corbeaux à queue en éventail, des corvidés de taille moyenne vivant dans les déserts et originaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, survivent plus longtemps le long de la mer Morte lorsqu’ils gardent leurs distances avec les populations.

Sur la côte de la mer Morte, ces oiseaux partagent leurs journées entre les sites touristiques bondés et des zones d’alimentation plus calmes, situées à l’écart des foules. En suivant leurs choix, le Dr Miguel de Guinea, chercheur à l’Université hébraïque de Jérusalem, a démontré que les spécimens les plus disposés à rester près des humains étaient les plus susceptibles de mourir.

Ce schéma a persisté suffisamment longtemps pour séparer distinctement les corbeaux qui évitaient les personnes de ceux qui s’attardaient dans les zones où la nourriture était accessible et le contact humain inévitable. Ce contraste saisissant soulève une interrogation sur la pérennité de la population de corbeaux : le comportement même qui garantit une source de nourriture constante entraîne simultanément son déclin.

L’évaluation scientifique de la personnalité animale

credit : lanature.ca (image IA)

Les scientifiques désignent ces différences durables sous le terme de « personnalité animale », qui correspond à des schémas de comportement restant stables chez un même individu au fil du temps. Dans cette étude, les corbeaux à queue en éventail, dont le nom scientifique est Corvus rhipidurus, ont été confrontés à quatre tests spécifiques impliquant de la nourriture inhabituelle, des objets étranges, la proximité de personnes et des espaces modifiés.

Les oiseaux qui se précipitaient vers un type de test étaient généralement attirés par les autres, démontrant un appétit général pour le risque. La cohérence des réactions à travers ces évaluations s’est avérée cruciale. Il ne s’agissait pas de pièges aléatoires, mais de mises en situation reflétant les pressions qui façonnent l’habitat naturel des corbeaux.

Une tâche en laboratoire s’est particulièrement démarquée en reproduisant le plus fidèlement la vie réelle, observant si les corbeaux accepteraient de se nourrir près d’une personne visible. Les oiseaux qui ont été élevés en captivité passaient par la suite davantage de temps autour des touristes et moins de temps à la périphérie de l’aire de répartition. Ces sites périphériques se trouvaient près du domaine vital de chaque oiseau, la zone qu’il utilisait le plus régulièrement, et à l’écart d’une forte présence humaine. En associant le comportement des oiseaux en cage à celui des spécimens évoluant dans le désert ouvert, les scientifiques ont pu confirmer davantage les données issues des deux environnements.

L’impact mesurable de l’affluence sur le littoral

credit : lanature.ca (image IA)

Les travaux se sont déroulés sur une bande désertique bordant la mer Morte, où des routes, des points de vue, des terrains de camping et des hôtels jalonnent le rivage. Entre 2015 et 2023, le nombre moyen de visiteurs quotidiens a augmenté de 60,3 %, introduisant davantage de nourriture et de dangers au cœur du territoire des corbeaux.

Si les sites touristiques offraient des restes de nourriture faciles d’accès, ils exposaient les oiseaux aux déchets, à la nourriture empoisonnée et à des conflits directs avec les personnes. Cette nourriture facile pouvait donc devenir dangereuse, récompensant les oiseaux audacieux tout en augmentant leurs risques de mortalité. Le développement humain pourrait désormais filtrer la population elle-même, car les oiseaux les plus enclins à exploiter les zones touristiques semblent les moins susceptibles de subsister, le tourisme agissant comme une force évolutive.

Les corbeaux de la mer Morte ne tirent aucun avantage de leur proximité avec les humains, malgré la nourriture qui leur est facilement accessible. Ces apports autour des hôtels et des campings leur économisaient des efforts à court terme, mais apportaient des toxines et une mauvaise nutrition. Une population peut donc décliner même lorsque les calories sont abondantes, car l’itinéraire le plus sûr pour se nourrir exige plus de déplacements et plus d’énergie.

Le suivi par balises solaires et la mortalité des audacieux

credit : lanature.ca (image IA)

À l’issue des tests, l’équipe a relâché 51 oiseaux équipés de balises de suivi solaire et a suivi plusieurs d’entre eux pendant des mois. Les chercheurs ont utilisé 41 enregistrements de suivi complets pour comparer les distances parcourues, le temps passé près des sites touristiques et les visites dans les zones d’alimentation situées au-delà de la forte activité humaine.

La chaleur et les semaines de plus forte fréquentation touristique ont attiré de nombreux oiseaux vers les zones touristiques, où leurs mouvements ont ralenti et où leur tendance à s’attarder a augmenté. Malgré cela, les habitudes individuelles sont restées suffisamment stables pour séparer les oiseaux prudents, qui gardaient leurs distances, des oiseaux audacieux qui restaient dans les zones peuplées. Le chiffre le plus frappant est apparu après la libération, lorsque la mort de 22 des 51 corbeaux marqués a été confirmée par la suite. Les oiseaux qui passaient plus de temps sur les sites touristiques étaient nettement plus susceptibles de mourir, tandis que les oiseaux plus rapides et parcourant de plus grandes distances survivaient plus longtemps.

« Nos résultats montrent que les traits comportementaux cohérents ne sont pas de simples particularités, ils peuvent déterminer la vie ou la mort », a déclaré le Dr Guinea. Le scientifique a souligné que cette découverte revêt une urgence particulière pour les corbeaux à queue en éventail de la mer Morte, dont la population diminue si rapidement qu’elle pourrait bientôt disparaître de la région.

Perspectives de conservation face à un environnement en mutation

credit : lanature.ca (image IA)

La personnalité n’expliquait pas tout, car les corbeaux s’adaptaient aux fortes chaleurs, aux foules et à la nourriture qui apparaissait au cours de la semaine. Une grande partie de la variation s’est produite chez les mêmes oiseaux au fil du temps, illustrant une flexibilité associée à des tendances stables. Ce mélange de stabilité et d’adaptabilité aide à comprendre pourquoi l’effet de la présence humaine reste difficile à prédire le long d’un seul littoral. Noter ces différences continue d’être primordial pour observer les niveaux de danger pour les oiseaux.

Les plans de conservation traitent souvent une espèce comme si chaque individu réagissait de la même manière. Dans ce cas précis, cette hypothèse échoue. Des sites touristiques plus propres, une élimination des déchets plus sûre et la réduction des dangers liés à la nourriture pourraient diminuer les risques pour les oiseaux audacieux, les plus susceptibles de s’approcher des personnes. Les gestionnaires pourraient devoir protéger les zones d’alimentation plus calmes à la périphérie du domaine, où les corbeaux prudents trouvent déjà des repas plus sûrs. Sauver la population pourrait dépendre moins de l’aide apportée à un corbeau moyen que de la réduction des dangers qui nuisent aux oiseaux plus aventureux.

Cette recherche a lié la personnalité, les déplacements et la survie en une seule chaîne, illustrant comment l’activité humaine peut remodeler la faune à partir d’un seul individu et au-delà. Des travaux futurs devront encore tester comment le régime alimentaire, le succès de la reproduction et les causes spécifiques de décès déterminent si ces corbeaux pourront se rétablir. L’étude complète est publiée dans la revue Ecology Letters.

Selon la source : earth.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu