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Donald Trump face à l’Iran : un pari stratégique à haut risque
Crédit: lanature.ca (image IA)

Le resserrement du blocus portuaire américain

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L’administration américaine cherche à accroître la pression économique sur les dirigeants de la République islamique en resserrant le blocus des ports iraniens initié la semaine dernière. Cette initiative de Washington survient alors qu’un cessez-le-feu de deux semaines arrive à son terme. Les dirigeants américains estiment que cette stratégie permettra de convaincre Téhéran de se plier à leurs exigences.

La situation sur le terrain s’est tendue à la suite de l’échec de négociations tenues au Pakistan pour trouver une issue à la guerre. Les États-Unis ont décidé de bloquer les navires commerciaux à destination ou en provenance des ports iraniens. Plusieurs bateaux ont ainsi été interceptés en mer d’Oman et contraints de rebrousser chemin, sans qu’un affrontement armé ne survienne. Les choses se sont corsées dimanche lorsque la marine américaine a tiré sur un bateau commercial iranien refusant de se conformer à ses directives, avant d’en prendre le contrôle. Cette attaque a suivi l’annonce par l’Iran de son intention de refuser une seconde rencontre de négociations à Islamabad.

Lundi, les autorités de Téhéran laissaient planer l’ambiguïté sur leur volonté de poursuivre ou non les négociations. Au même moment, l’administration américaine annonçait son intention d’envoyer, mardi, une équipe de négociateurs chapeautée par le vice-président J.D. Vance.

Les calculs économiques de l’administration Trump

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credit : The White House, Wikimedia Commons (Public domain)

Le calcul du président Donald Trump repose sur l’idée que les pertes découlant de l’interruption des exportations pétrolières vont créer un manque à gagner tel que l’Iran n’aura d’autre choix que de se plier rapidement aux exigences américaines.

Miad Maleki, analyste à la Fondation pour la défense des démocraties, s’est dit convaincu la semaine dernière qu’un blocus des ports iraniens rendrait pratiquement « impossible » toute résistance durable de l’Iran aux demandes américaines. Il a estimé que cette intervention maritime priverait la République islamique de revenus pétroliers quotidiens de 140 millions de dollars américains.

Cette privation de ressources entraînerait des conséquences techniques immédiates pour les infrastructures du pays. L’expert souligne que le régime pourrait être contraint, au bout de deux semaines, de fermer des puits de forage, faute d’avoir suffisamment de stockage pour conserver le pétrole tiré du sol.

La stratégie iranienne autour du détroit d’Ormuz

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Les dirigeants iraniens parient pour leur part que l’impact sur les marchés énergétiques mondiaux de la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz va créer une pression suffisante sur l’économie américaine pour forcer Washington à revoir ses demandes. La République islamique pense que les États-Unis craqueront avant elle face à cette pression sur le marché mondial.

L’Iran a pris de facto le contrôle du détroit d’Ormuz peu après l’éclatement de la guerre avec les États-Unis et Israël fin février, en tirant sur plusieurs navires circulant dans la zone. Malgré le début du conflit, le pays avait pu continuer à exporter son pétrole par ce passage stratégique jusqu’au resserrement récent du blocus.

Max Boot, spécialiste des questions de sécurité nationale rattaché au Council on Foreign Relations (CFR), prévenait la semaine dernière dans une analyse écrite que l’Iran et les États-Unis se sont engagés dans une périlleuse confrontation en vue de savoir « qui va céder en premier ». L’analyste a noté : « Je ne parierais pas contre l’Iran ». Il voit mal comment le président Trump pourra résister longtemps aux tensions aux États-Unis suscitées par la montée du prix du pétrole et de l’inflation, alors que les élections de mi-mandat approchent.

La résilience de Téhéran face aux sanctions

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Un arrêt complet de toutes les exportations iraniennes, en particulier de pétrole, se ferait durement sentir sur le régime. Thomas Juneau, un spécialiste du Moyen-Orient rattaché à l’Université d’Ottawa, rappelle que les autorités iraniennes ont déjà démontré leur capacité à absorber des sanctions importantes tout en gardant leur contrôle sur la population.

Le chercheur décrypte la mentalité des décideurs à Téhéran : « Les Iraniens sont convaincus qu’ils ont une plus grande capacité que le gouvernement américain à absorber la douleur engendrée par la situation et que Donald Trump va être plus sensible qu’eux aux effets d’une guerre prolongée ».

Il se dit convaincu qu’aucun des deux pays ne souhaite actuellement une reprise en bonne et due forme de la guerre. Une prolongation du cessez-le-feu au-delà de mercredi paraît probable dans les circonstances, même si l’expert s’attend à beaucoup de « hauts cris » de part et d’autre dans les prochains jours.

Exigences nucléaires et risque d’embrasement

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Les deux camps sont loin de s’entendre sur une voie de sortie à la crise. L’administration américaine continue de réclamer que les Iraniens renoncent à toute forme d’enrichissement d’uranium et remettent les 400 kg d’uranium enrichi dont ils disposent déjà, de manière à empêcher la production éventuelle d’une bombe atomique.

Les dirigeants de la République islamique assurent de leur côté qu’ils ont le droit d’enrichir de l’uranium dans le cadre d’un programme de production civile d’énergie nucléaire et n’ont aucune intention d’y renoncer pour complaire aux États-Unis. Ils souhaitent obtenir la levée de sanctions et l’assurance que Washington et Israël ne relanceront pas une nouvelle offensive à leur encontre dans les années qui viennent.

En cas de reprise des bombardements, le régime pourrait recommencer à tirer sur des installations énergétiques de la région. Il pourrait chercher à bloquer le pétrole circulant en mer Rouge en faisant appel aux houthis, des miliciens chiites du Yémen qui avaient tiré sur plusieurs navires au plus fort de la guerre dans la bande de Gaza. Évaluant cette hypothèse, Thomas Juneau nuance : « Mais je ne pense pas que cette carte va être jouée maintenant ».

Selon la source : lapresse.ca

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