Des archéologues découvrent un navire enterré en Norvège : il serait bien plus ancien que l’ère viking
Auteur: Mathieu Gagnon
Une découverte qui précède l’ère des Vikings

L’histoire de la navigation scandinave vient de s’enrichir d’un chapitre inattendu. Alors que l’on associait traditionnellement les imposantes sépultures de navires à l’époque glorieuse des Vikings, une découverte majeure sur l’île de Leka, en Norvège, bouscule cette chronologie. Les archéologues ont mis au jour une embarcation enterrée sous un monticule de terre, dont l’origine remonte bien avant l’avènement des guerriers du Nord.
Ce monument funéraire, connu sous le nom de tertre de Herlaugshaugen, révèle que la pratique consistant à inhumer des navires sous des tonnes de sédiments était déjà en vigueur au moins un siècle avant que les Vikings ne la popularisent. Cette révélation prouve que ces traditions étaient plus répandues géographiquement que les experts ne l’imaginaient jusqu’alors. À travers cette étude, c’est toute la compréhension du passé maritime norvégien qui se voit transformée.
Les secrets technologiques du tertre de Herlaugshaugen

Selon une étude récente publiée dans la revue scientifique Antiquity, une équipe de chercheurs a réexaminé le site de Herlaugshaugen en utilisant des détecteurs de métaux et la datation au carbone 14. Leurs recherches ont permis d’extraire 29 rivets en fer ainsi que des restes de charbon de bois et de bois — dont certains étaient encore fixés aux clous métalliques. Les analyses sont formelles : ce navire imposant date de l’an 700 de notre ère.
Cette date place la construction du vaisseau environ 100 ans avant que les Vikings ne prennent le contrôle effectif de la région. Avec une envergure de 65 pieds (environ 20 mètres), ce puissant navire de haute mer atteste d’une expertise maritime norvégienne bien établie avant l’arrivée des Vikings. Ces nouveaux éléments permettent non seulement de combler des lacunes historiques, mais aussi de réécrire une partie de la légende associée à ce lieu emblématique.
Un pont historique entre l’Angleterre et la Scandinavie

Jusqu’ici, les plus anciennes sépultures de navires connues en Europe se trouvaient à Sutton Hoo, en Est-Anglie (Angleterre), datées entre 600 et 625 de notre ère, ainsi qu’en Suède avec des sépultures s’étalant du VIe au VIIIe siècle. En Norvège, les tombes les plus anciennes recensées jusqu’alors ne remontaient qu’à la fin du VIIIe siècle. La découverte des clous à clin et des vestiges de bois de chêne ou d’orme à Herlaugshaugen vient donc combler un vide chronologique majeur entre les traditions anglaises, suédoises et norvégiennes.
Les auteurs de l’étude soulignent que ce travail « fournit un pont chronologique entre les sépultures de navires du début du septième siècle de l’Angleterre anglo-saxonne et les célèbres sépultures de navires norvégiennes de la fin du huitième et du neuvième siècle. » Cette continuité temporelle renforce l’idée d’une culture maritime partagée à travers l’Europe du Nord bien avant les raids vikings.
Entre mythes locaux et réseaux commerciaux mondiaux

Ces découvertes remettent également en question un mythe local tenace. La légende racontait que le roi Herlaug, souverain pré-viking, s’était enfermé volontairement dans le tertre pour y mourir, ses restes ayant prétendument été exhumés au XVIIIe siècle. Or, la datation précise du navire montre que sa mise en terre a eu lieu environ 80 ans avant le décès présumé du roi, rendant cette théorie historiquement impossible.
Au-delà de la légende, les recherches confirment que le site de Leka occupait une place centrale dans un vaste réseau commercial. L’île servait probablement de lien maritime vital reliant le nord et le sud de la Scandinavie, agissant comme une plaque tournante pour les échanges à travers la mer du Nord vers la Grande-Bretagne et le reste de l’Europe. Les auteurs expliquent que « cet article situe Herlaugshaugen et l’île de Leka comme un nœud dans un réseau régional qui reliait également la côte de Trondelag à un réseau plus vaste atteignant le continent. »
La richesse insoupçonnée des sociétés maritimes anciennes

L’aspect économique de la découverte n’est pas négligeable. Si les fermiers norvégiens ne menaient pas un train de vie fastueux, la richesse était l’apanage des commerçants. Édifier un tertre de près de 60 mètres de diamètre et de plus de 12 mètres de haut, tout en y enterrant un navire, exigeait une main-d’œuvre coûteuse et un statut social très élevé. Les auteurs précisent : « Les nouvelles découvertes à Herlaugshaugen soulèvent des questions concernant le contexte sociopolitique des sépultures de navires. Le tertre se distingue par sa date précoce et par son emplacement, bien au nord de la plupart des tombes de navires bien connues. »
Cette opulence suggère que la prospérité associée au commerce maritime existait bien avant les estimations précédentes. En conclusion, les chercheurs affirment que « les nouvelles fouilles à Herlaugshaugen révèlent que le phénomène des tombes de navires monumentales n’était pas limité à la Scandinavie méridionale, la côte nord de la Norvège était également intégrée dans des réseaux établis aux septième et huitième siècles. » Pour la communauté scientifique, « le tertre funéraire monumental de Leka représente une autre pièce du puzzle pour comprendre le développement social de l’Europe du Nord du septième au dixième siècle. »
Selon la source : popularmechanics.com