Une expérience avec des atomes géants simule le scénario le plus terrifiant de la fin de l’Univers
Auteur: Mathieu Gagnon
Une menace cosmique silencieuse venue de l’infiniment petit

Parmi tous les scénarios envisageables concernant la fin de l’univers, l’un d’entre eux suscite une attention particulière. Habituellement, les théories cosmologiques se penchent sur des échelles macroscopiques. On pense notamment au scénario de la mort thermique, caractérisé par une expansion éternelle, ou à son exact opposé, le fameux Big Crunch, qui verrait l’univers se rétracter sur lui-même.
Ces hypothèses majeures concernent un avenir extrêmement lointain et s’observent dans une perspective globale. Le problème pourrait cependant trouver sa source à une tout autre échelle : celle du monde quantique. Si la menace vient de l’infiniment petit, l’univers ferait alors face au phénomène connu sous le nom de désintégration du faux vide.
Cette éventualité est considérée comme la plus préoccupante car elle pourrait se produire ici et maintenant, à n’importe quel moment et n’importe où dans le cosmos, sans le moindre signe avant-coureur. L’aspect le plus fascinant de cette théorie réside dans la capacité des scientifiques à la simuler directement en laboratoire.
La mécanique implacable de l’état fondamental

L’univers a une tendance naturelle à rechercher l’état d’énergie le plus bas possible. En physique, ce palier est appelé l’état fondamental, ou le vrai vide. Il existe cependant des niveaux d’énergie supérieurs qui possèdent une caractéristique particulière : ils sont métastables.
Cette métastabilité signifie qu’un système peut s’y maintenir pendant une période indéfinie. Une chute vers le véritable état fondamental reste toujours possible, que ce soit de manière purement spontanée ou à la suite d’une perturbation extérieure.
Imaginons un instant que l’ensemble de notre univers, avec toutes les propriétés que nous lui connaissons et que nous considérons comme l’état fondamental, ne le soit pas réellement. S’il s’agit d’un faux vide, il existerait alors un état encore plus stable. Un basculement soudain vers ce vrai vide pourrait survenir. Des bulles de vrai vide se mettraient alors à s’étendre à la vitesse de la lumière, modifiant radicalement l’univers sur leur passage. Les propriétés physiques de ce nouvel univers restent totalement inconnues, mais une certitude demeure : nous ne serions plus là pour en faire l’expérience.
Faut-il s’inquiéter d’une disparition imminente ?

Face à une telle perspective, faut-il s’inquiéter pour notre existence immédiate ? Actuellement, aucune preuve scientifique n’indique que nous vivons à l’intérieur d’un faux vide. Les données observationnelles ne montrent aucun signe de ce phénomène dans notre environnement cosmique.
Les laboratoires du monde entier ne cherchent pas à produire un vrai vide qui pourrait menacer notre univers. Il n’y a donc aucune raison de s’alarmer au quotidien. La question de la désintégration du faux vide reste avant tout un sujet de fascination théorique pour les physiciens modernes.
Au cours des dernières années, plusieurs expériences ont tout de même exploré ce concept intrigant. Différentes approches ont été privilégiées : certaines équipes de recherche se sont concentrées sur l’observation de la production de bulles, tandis que d’autres ont utilisé des dispositifs quantiques spécifiques pour simuler ce comportement mécanique particulier.
Les atomes de Rydberg au service de la simulation

Pour franchir une nouvelle étape dans la compréhension de ce phénomène, une expérience récente a mobilisé des éléments très particuliers : les atomes de Rydberg. Ces composants offrent des propriétés exceptionnelles pour la manipulation à l’échelle nanométrique.
Ces atomes ont la particularité d’avoir été artificiellement excités par les chercheurs. Sous l’effet de cette stimulation, leurs électrons se déplacent vers des orbitales supérieures. Contrairement à des excitations atomiques classiques, ces nouvelles orbitales sont absolument énormes.
Cette expansion rend les atomes de Rydberg extrêmement grands comparés aux autres atomes standards. Leur volume peut atteindre des dimensions de 10 000 à 100 000 fois supérieures à celles de leur état non excité. Cette taille exagérée constitue un avantage considérable, permettant aux scientifiques de mener à bien une grande variété d’expérimentations complexes.
Un anneau sous haute tension laser

Dans le cadre de cette manipulation précise, les chercheurs ont disposé ces atomes géants en formant un anneau. Chaque atome a été placé juste à côté d’un autre présentant un spin opposé. Ce motif alterné a permis de créer un état fondamental d’une très grande qualité pour le système.
L’équipe a ensuite fait appel à un laser pour fournir un léger apport d’énergie supplémentaire aux atomes. Cette action a eu pour effet d’aligner l’ensemble de leurs spins. C’est exactement cette configuration d’alignement qui représentait l’état de faux vide au sein de l’anneau d’atomes de Rydberg. Lors de l’observation, il est apparu que la vitesse à laquelle la désintégration se produisait pour retourner à l’état fondamental dépendait directement de la puissance du laser utilisé.
Comme souligné précédemment, l’objectif initial de ce travail n’était pas de déterminer les modalités exactes de la fin de l’univers. Il s’agissait d’étudier un scénario propre à la mécanique quantique. Cette approche a néanmoins permis d’apporter de nouvelles perspectives scientifiques. L’utilisation d’atomes de Rydberg disposés dans une telle géométrie ouvre de vastes possibilités pour l’élaboration d’expériences futures encore plus complexes. L’intégralité de cette étude est disponible et publiée dans la revue Physical Review Letters.
Selon la source : iflscience.com