Bloquer une seule protéine dans la maladie d’Alzheimer pourrait renforcer le nettoyage du cerveau et ralentir la perte de mémoire
Auteur: Mathieu Gagnon
Le défi complexe des traitements contre la maladie d’Alzheimer

La lutte contre la maladie d’Alzheimer représente un enjeu scientifique majeur face à une population touchée toujours plus nombreuse. L’une des caractéristiques pathologiques de cette affection réside dans le cerveau, avec l’accumulation de plaques toxiques formées par une protéine appelée bêta-amyloïde. Une quantité colossale de recherches a été consacrée à la compréhension du déroulement de ce processus pathologique. L’objectif est de trouver des moyens d’arrêter cette formation ou d’éliminer les plaques une fois qu’elles se sont constituées.
Ces dernières années ont vu l’apparition de médicaments qui ciblent directement la bêta-amyloïde. Certains estiment que cette approche a le potentiel de révolutionner le traitement de la maladie, tandis que d’autres se montrent moins convaincus. Une revue récente a d’ailleurs conclu que ces traitements n’avaient « aucun effet significatif », ce qui n’a pas aidé à clore la controverse qui fait rage autour de cette dernière génération de médicaments. Les thérapies anti-amyloïdes ne sont cependant pas la seule approche thérapeutique explorée. De nombreux scientifiques travaillent d’arrache-pied pour mieux comprendre le fonctionnement de la maladie afin de découvrir d’autres moyens d’en ralentir la progression.
La découverte de la protéine PTP1B et son rôle inattendu

En 1988, Nicholas Tonks, aujourd’hui professeur au Cold Spring Harbor Laboratory, a fait une avancée significative en découvrant une protéine appelée PTP1B. Depuis cette date, le chercheur et ses collègues explorent ses différents rôles dans les états de santé et de maladie. Leurs investigations ont ouvert une voie prometteuse qui pourrait aboutir à de nouveaux traitements indispensables pour ralentir la perte de mémoire.
Le mécanisme biologique mis en évidence s’avère très spécifique. La protéine PTP1B est connue pour être impliquée dans les processus de signalisation inhibitrice au sein des macrophages, qui sont un type de cellule immunitaire. Le cerveau possède son propre système immunitaire, et l’un des types de cellules immunitaires cérébrales, la microglie, ressemble étroitement aux macrophages. L’équipe de chercheurs a émis l’hypothèse que si la PTP1B affecte la microglie de manière similaire, il serait possible de l’exploiter pour aider ces cellules à éliminer plus efficacement les plaques toxiques de bêta-amyloïde.
Réveiller l’équipe de nettoyage du cerveau chez la souris

Yuxin Cen, premier auteur de l’étude et étudiant de troisième cycle, a détaillé le comportement de cette véritable équipe de nettoyage interne du cerveau. Dans une déclaration officielle, le chercheur explique le phénomène d’épuisement cellulaire face à l’accumulation toxique. « Au cours de la maladie, ces cellules s’épuisent et deviennent moins efficaces, » précise-t-il, avant d’ajouter : « Nos résultats suggèrent que l’inhibition de PTP1B peut améliorer la fonction microgliale, en éliminant les plaques Aβ. »
Pour vérifier cette théorie, l’équipe a mené une expérience sur un modèle de souris. Les chercheurs ont démontré que la suppression de la protéine PTP1B stimulait une cascade de signalisation dans la microglie. L’inhibition de cette enzyme dans le cerveau a eu pour effet d’entraînement de rendre ces cellules immunitaires plus efficaces et plus énergiques, confirmant ainsi le potentiel de cette méthode inédite pour ralentir la maladie d’Alzheimer.
Vers une thérapie combinée pour l’avenir des patients

Si cet effet d’activation cellulaire pouvait être reproduit dans le cadre d’un traitement humain, il constituerait un complément précieux aux médicaments anti-amyloïdes actuellement utilisés. Steven Ribeiro Alves, co-auteur de l’étude, souligne la pertinence de cette approche synergique pour maximiser l’efficacité des soins proposés aux personnes malades.
Le chercheur détaille la stratégie envisagée par l’équipe scientifique. « L’utilisation d’inhibiteurs de PTP1B qui ciblent de multiples aspects de la pathologie, y compris la clairance de l’Aβ, pourrait fournir un impact supplémentaire, » explique Steven Ribeiro Alves. L’équipe travaille actuellement sur cette piste, avec l’espoir de concevoir dans le futur une thérapie combinée qui pourrait faire une réelle différence pour les patients.
Un espoir face à une urgence de santé publique

Derrière ces avancées en laboratoire, la maladie d’Alzheimer représente une réalité tragique qui a personnellement touché la vie de Nicholas Tonks, dont la mère a vécu avec cette pathologie. Le professeur évoque la douleur intime liée à cette dégénérescence neurologique : « C’est un deuil lent. Vous perdez la personne morceau par morceau, » confie-t-il. Il rappelle ensuite la mission première de ses travaux : « Le but est de ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer et d’améliorer la qualité de vie des patients. »
L’urgence de trouver une thérapie combinée efficace est d’autant plus grande que les projections démographiques sont alarmantes. Une prévision récente a estimé qu’un million d’adultes américains par an pourraient développer une démence d’ici 2060, la maladie d’Alzheimer en étant le type le plus courant. C’est donc une immense population qui pourrait bénéficier de ces recherches, dont les résultats détaillés sont publiés dans la prestigieuse revue scientifique PNAS.
Selon la source : iflscience.com