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Les dinosaures seraient apparus 10 millions d’années plus tôt que ce que montrent les fossiles
Crédit: Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences (2026). DOI: 10.1098/rspb.2026.0102.

L’énigme persistante des origines

credit : lanature.ca (image IA)

Les dinosaures figurent parmi les animaux les plus majestueux et emblématiques ayant jamais parcouru notre planète. Bien qu’ils soient aujourd’hui éteints, les estimations indiquent qu’ils ont habité la Terre pendant plus de 165 millions d’années. De multiples études antérieures se sont penchées sur l’examen des fossiles de dinosaures pour tenter de délimiter leur origine et de retracer leur évolution au fil du temps.

Malgré ces efforts scientifiques répétés, une grande partie de l’histoire de ces animaux disparus reste encore mal comprise. Pour dissiper ces zones d’ombre, des chercheurs de l’Université de Yale et de l’Université de Princeton ont récemment entrepris de retracer les origines et la diversification initiale des dinosaures. Ils ont pour cela analysé des ensembles de données disponibles en s’appuyant sur des techniques statistiques avancées. Les résultats de leurs travaux suggèrent que l’apparition des dinosaures pourrait se situer entre 250 et 240 millions d’années, soit environ 10 millions d’années plus tôt que ne l’indiquent les plus anciens fossiles de dinosaures confirmés.

Une publication scientifique qui redessine la chronologie

credit : lanature.ca (image IA)

Les conclusions de cette équipe de recherche ont fait l’objet d’une publication détaillée dans la revue Proceedings of the Royal Society B. Chase Doran Brownstein et Christopher Thomas Griffin, les auteurs de l’article, y exposent l’ampleur du développement de ces animaux. « Sur plus de 230 millions d’années de l’histoire de la Terre, les dinosaures sont devenus un clade animal terrestre majeur et ont produit l’une des lignées de tétrapodes vivants les plus riches en espèces : les oiseaux, » précisent les deux spécialistes dans leur texte.

La méthode employée par les chercheurs s’attaque directement aux lacunes des données fossiles traditionnelles. « Cependant, en grande partie à cause de l’incertitude entourant la phylogénie des premiers dinosaures, le rythme et le mode de leur émergence et de leur radiation initiale restent mal contraints. Nous reconstruisons la diversification initiale des dinosaures par des analyses de datation bayésienne des extrémités, » ajoutent Brownstein et Griffin, expliquant ainsi le recours à ces outils mathématiques pointus.

L’analyse minutieuse des données morphologiques

credit : Brownstein & Griffin. (Proceedings of the Royal Society B, 2026).

Pour mener à bien leurs travaux, Chase Doran Brownstein et Christopher Thomas Griffin ont analysé statistiquement neuf ensembles de données morphologiques différents, compilés au cours des dernières années. Ces bases de données regroupent des éléments précis tels que les enregistrements des formes et des tailles des os de dinosaures, la présence ou l’absence de caractéristiques spécifiques comme des cornes ou des plumes, ainsi que d’autres traits ou caractéristiques corporelles déduits des fossiles récupérés.

Les informations étudiées par l’équipe couvraient les trois groupes majeurs de dinosaures, scientifiquement appelés clades : les théropodes, les sauropodomorphes et les ornithischiens. Les théropodes, dont le T. rex est le représentant le plus célèbre, étaient des dinosaures carnivores pourvus d’os creux, marchant généralement sur deux pattes et dotés de membres postérieurs à trois orteils.

Les sauropodomorphes, à l’image du Brachiosaure, se caractérisaient comme des dinosaures herbivores de taille moyenne à grande, qui ont par la suite évolué pour développer de très longs cous. Enfin, les ornithischiens, tels que le Tricératops, constituaient un autre type de dinosaures mangeurs de plantes, lui-même divisé en différents sous-groupes présentant des caractéristiques physiques distinctes.

Modèles évolutifs et dynamique d’apparition

credit : lanature.ca (image IA)

L’équipe de recherche a soumis les données relatives aux traits physiques de ces trois types de dinosaures à des méthodes statistiques rigoureuses. En observant les âges estimés des fossiles associés aux modèles évolutifs antérieurs, les scientifiques ont été en mesure d’estimer la date d’apparition des tout premiers dinosaures, mais également la vitesse à laquelle leur évolution s’est produite. Dans le cadre de cette démarche, ils ont tenté de reconstruire les relations évolutives entre les espèces en testant diverses hypothèses sur les liens unissant les différents groupes.

Afin de modéliser l’origine des espèces, la manière dont elles ont disparu et leur préservation sous forme de fossiles au fil du temps, les auteurs ont utilisé une approche spécifique appelée naissance-mort-fossile (FBD pour fossil-birth-death). « Nous estimons que les dinosaures ont émergé entre 250 et 240 Ma, 10 millions d’années avant les premiers fossiles de dinosaures non ambigus, » affirment Brownstein et Griffin. Ils soulignent ensuite la fulgurance de ce développement : « L’émergence des dinosaures a été suivie par l’apparition rapide et la diversification de toutes les lignées majeures, coïncidant avec une explosion d’évolution morphologique qui a culminé au début du Trias supérieur. »

Le Trias supérieur et l’avenir de la recherche paléontologique

credit : lanature.ca (image IA)

Les résultats de cette étude indiquent non seulement que les dinosaures seraient apparus sur Terre environ 10 millions d’années plus tôt que ne le prouvent les fossiles non ambigus les plus anciens, mais qu’ils se sont rapidement diversifiés pour former les principaux groupes connus. Ces données pointent précisément vers une explosion soudaine de changements physiques survenue au cours de la période du Trias supérieur. Cette phase, qui s’étend d’environ 237 à 201,4 millions d’années, correspond à l’époque où l’apparition des premiers dinosaures est désormais prédite. « Les modèles que nous déduisons sont cohérents avec les attentes dans un scénario de radiation évolutive, dans lequel des lignées écologiquement disparates se diversifient rapidement à partir d’un ancêtre commun unique, » indiquent les auteurs.

Cette dynamique apporte un nouvel éclairage sur l’histoire de la biodiversité terrestre. « À leur tour, nos résultats fournissent une explication biologique à l’instabilité entourant la phylogénie des premiers dinosaures et suggèrent que la diversité des dinosaures a été sculptée par de multiples radiations rapides à la suite d’extinctions massives successives dans le temps profond, » concluent Brownstein et Griffin. D’autres chercheurs pourraient prochainement mener des analyses supplémentaires afin de valider cette nouvelle perspective et les estimations chiffrées apportées par cette étude. À l’avenir, ces travaux complémentaires contribueront à affiner les théories et les modèles existants sur l’évolution des dinosaures, permettant d’améliorer la compréhension actuelle des premières ères de l’histoire de notre planète.

Selon la source : phys.org

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