La promesse audacieuse d’un régime miracle

Une affirmation qui fait grand bruit. Robert F. Kennedy Jr., secrétaire à la Santé et aux Services sociaux des États-Unis, a récemment avancé une idée pour le moins radicale : le régime cétogène, ou « kéto », pourrait selon lui « guérir la schizophrénie ». Cette déclaration s’inscrit dans son programme « Eat Real Food », visant à encourager les Américains à se détourner des aliments transformés.
Pourtant, cette affirmation péremptoire se heurte à la prudence du monde scientifique. Si des recherches émergentes suggèrent bien que ce type d’alimentation pourrait jouer un rôle dans l’amélioration de certains symptômes psychiatriques, les chercheurs sont unanimes : parler de « guérison » est prématuré et potentiellement dangereux. Le débat est ouvert, entre espoir thérapeutique et rigueur scientifique.
Les premières études : entre espoirs et limites

Sur quoi se base cette idée ? Quelques études préliminaires ont exploré les effets du régime cétogène, un mode d’alimentation très pauvre en glucides et riche en graisses qui force le corps à entrer en état de cétose. Ces travaux suggèrent des bénéfices potentiels pour des personnes souffrant de troubles mentaux comme la dépression, le trouble bipolaire ou la schizophrénie.
Une étude menée à Stanford sur 21 patients sous traitement pour un trouble bipolaire ou une schizophrénie a par exemple révélé qu’une majorité d’entre eux a connu une « amélioration cliniquement significative » de leurs symptômes psychiatriques après avoir adopté le régime kéto. Une autre recherche, publiée dans le prestigieux journal JAMA, a montré de « modestes améliorations » des symptômes chez des personnes dépressives suivant ce même régime.
Cependant, il est crucial de noter que ces études sont de petite envergure. Souvent, elles ne disposent pas d’un groupe de contrôle — c’est-à-dire un groupe de patients suivant un régime non cétogène — ce qui empêche de tirer des conclusions définitives. La science avance, mais à pas comptés.
Au cœur de la polémique : le Dr Palmer rectifie le tir

La déclaration de Robert F. Kennedy Jr. semble s’appuyer sur une étude de cas spécifique publiée en 2019. Ce document rapportait que deux personnes atteintes de schizophrénie avaient pu cesser leur traitement antipsychotique tout en suivant un régime cétogène. Mais l’auteur principal de cette étude, le Dr Christopher Palmer, a rapidement pris ses distances avec les propos du secrétaire d’État.
Interrogé par le New York Times, le Dr Palmer a été très clair : « Bien que j’apprécie l’enthousiasme du secrétaire Kennedy pour mon travail, je n’ai jamais prétendu avoir guéri la schizophrénie ou tout autre trouble mental, et je n’utilise certainement jamais le mot ‘guérison’ dans mon travail ». Il qualifie les affirmations de Kennedy de « non exactes » et insiste sur la nécessité de mener des recherches plus approfondies.
Pour le chercheur, les deux patients de son étude qui ont vu leurs symptômes s’améliorer au point de gérer leur maladie sans médicaments sont des cas exceptionnels, des « valeurs aberrantes » par rapport aux autres participants qui n’ont pas obtenu de résultats similaires. Dans les colonnes du Harvard Crimson, il précise sa pensée : « C’est dommage qu’il ait utilisé le mot guérison. S’il avait simplement dit traitement puissant, cela aurait été tout à fait juste ».
Un lien ancien mais encore mal compris

L’idée d’une connexion entre le métabolisme et la santé mentale n’est pas nouvelle. Depuis des années, les chercheurs émettent l’hypothèse d’une relation potentielle entre les symptômes psychiatriques et les symptômes métaboliques. Certaines de ces théories s’inspirent notamment de recherches menées sur l’épilepsie résistante aux médicaments, en particulier chez les enfants, où le régime cétogène a montré une certaine efficacité.
Malgré ces pistes prometteuses, aucune étude scientifique de référence, considérée comme un « gold standard », n’a encore été menée sur des patients psychiatriques adultes pour confirmer cette intuition. Ken Duckworth, directeur médical de la National Alliance on Mental Illness, a résumé la situation pour le Washington Post : « Il y a un germe de vérité ici. Mais la science n’est pas encore sophistiquée ».
À ce jour, le Département de la Santé et des Services sociaux, sollicité par le journal The Independent, n’a pas encore commenté cette affaire.
Un risque pour les patients : l’alerte des médecins

Au-delà du débat sémantique, le Dr Palmer soulève une inquiétude majeure. L’affirmation non fondée de Robert F. Kennedy Jr. pourrait avoir des conséquences graves. Elle risque d’inciter une personne souffrant de schizophrénie à abandonner son traitement médicamenteux pour se lancer seule dans un régime cétogène, en espérant une guérison miracle.
« Ce serait catastrophique », a averti le Dr Palmer dans le Harvard Crimson. L’arrêt brutal d’un traitement antipsychotique peut entraîner des rechutes sévères et déstabiliser durablement un patient. La prudence reste donc de mise.
En parallèle de ses déclarations, Kennedy a également dévoilé sa nouvelle pyramide alimentaire. Celle-ci recommande aux Américains de consommer davantage de viande et de graisses saturées, que l’on trouve par exemple dans le lait entier et le fromage, une vision qui tranche avec de nombreuses recommandations nutritionnelles actuelles.
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