Première greffe de tissu testiculaire congelé près de 20 ans capable de produire des spermatozoïdes
Auteur: Mathieu Gagnon
Une percée inédite dans la restauration de la fertilité

Pour la toute première fois dans l’histoire médicale, du tissu testiculaire congelé prélevé sur un patient lorsqu’il était enfant a été réimplanté avec succès à l’âge adulte, permettant de produire des spermatozoïdes. Cet essai novateur établit une preuve de concept fondamentale pour l’avenir de la médecine reproductive expérimentale.
Cette avancée pourrait aider les hommes ayant subi une chimiothérapie, une greffe de cellules souches ou d’autres interventions médicales lourdes pendant leur enfance à conserver leur fertilité à l’âge adulte. Les scientifiques du laboratoire d’Ellen Goossens, situé à la Vrije Universiteit Brussel en Belgique, travaillent sur des approches visant à restaurer la fertilité masculine depuis un certain nombre d’années.
L’équipe vient de publier un nouveau rapport de cas sous la forme d’une prépublication non révisée par des pairs. Ce document détaille avec précision la réimplantation réussie de ce tissu testiculaire, précieusement cryoconservé depuis son prélèvement initial en 2008.
Le long parcours clinique : de l’enfant au jeune adulte

L’histoire de ce patient a commencé à l’âge de 10 ans, moment exact où son tissu testiculaire a été prélevé et congelé. Cette intervention préventive a eu lieu juste avant qu’il n’entame un long traitement contre la drépanocytose, une maladie sanguine nécessitant des soins particulièrement invasifs.
Le protocole médical impliquait trois années de chimiothérapie consécutives, suivies d’une greffe de moelle osseuse pour guérir définitivement la pathologie. Aujourd’hui âgé de 27 ans, le jeune homme a vu son tissu biologique être décongelé, puis regreffé dans son corps avec succès, déclenchant ainsi une production inespérée de spermatozoïdes.
Face à l’ampleur de ce résultat clinique, Ellen Goossens a confié au journal The Guardian : « C’est une découverte majeure. Beaucoup plus de personnes auront l’espoir de pouvoir avoir des enfants biologiques. C’est formidable à voir pour les patients pour lesquels nous avons déjà des tissus en banque. »
Combler le vide médical pour les jeunes garçons

Lorsqu’un individu doit suivre un traitement lourd, comme une thérapie contre le cancer susceptible d’endommager irrémédiablement son système reproducteur, plusieurs options existent pour préserver la fertilité. Les spermatozoïdes et les ovules peuvent être prélevés et cryoconservés. Chez les jeunes filles, il est même envisageable de préserver le tissu ovarien afin d’offrir l’espoir concret d’une future grossesse.
La situation des garçons prépubères, qui n’ont par définition pas encore commencé à produire des spermatozoïdes, s’avérait jusqu’ici beaucoup plus complexe en l’absence de solutions largement disponibles. Le prélèvement de tissu testiculaire offrait une chance théorique de préserver leur fertilité pour les décennies à venir. Il n’était cependant pas clair jusqu’à présent si une nouvelle greffe et la restauration de la production de sperme étaient véritablement réalisables chez l’humain.
Dans leur publication, les auteurs précisent : « Ces résultats démontrent que le tissu testiculaire humain immature peut survivre à un stockage cryogénique à long terme, se revasculariser après la transplantation et établir une spermatogenèse in vivo. » Ils concluent sur ce point : « Cette étude fournit une preuve de concept essentielle pour la restauration de la fertilité chez les individus qui ont mis en banque du tissu testiculaire avant la puberté. » Il faut noter que l’équipe d’Ellen Goossens a commencé à conserver des tissus testiculaires en 2002. Leurs premiers patients atteignent tout juste l’âge où ils pourraient formuler le souhait de fonder une famille.
Les étapes chirurgicales d’une greffe audacieuse

Le cas spécifique présenté dans cette étude a pris un tournant décisif en 2022. Après plusieurs années de suivi médical rigoureux et la gestion d’autres problèmes de santé persistants, le patient a entamé une démarche de traitement de la fertilité. Trois tests cliniques distincts ont alors confirmé qu’il ne produisait aucun spermatozoïde, soulevant inévitablement la question de la réimplantation du tissu congelé prélevé de nombreuses années auparavant.
Le matériel biologique a été soigneusement décongelé, puis greffé à différents endroits stratégiques dans les testicules et le scrotum du patient. Une évaluation trimestrielle stricte a été mise en place, suivie d’une seconde intervention chirurgicale à un an pour vérifier l’évolution de la greffe et récupérer les éventuels spermatozoïdes générés. Les chercheurs indiquent dans leur rapport : « Le tissu testiculaire greffé a survécu, a préservé une architecture normale et a initié une spermatogenèse complète. »
Quelques limites physiologiques demeurent inhérentes à la procédure. Les fragments de tissu greffés n’étaient pas directement connectés au canal déférent, le tube chargé d’acheminer l’éjaculât hors des testicules. Les auteurs estiment donc que les cellules spermatiques n’auraient pas pu se frayer un chemin dans le sperme de manière naturelle. Il n’a pas non plus été établi si les spermatozoïdes récupérés pouvaient féconder un ovule, bien qu’Ellen Goossens ait précisé au Guardian que l’échantillon analysé « semblait normal ».
Vers un tsunami de demandes dans la prochaine décennie

À l’échelle mondiale, un nombre croissant de personnes dont les tissus testiculaires ou ovariens ont été préservés pendant l’enfance commencent à se manifester dans le seul espoir de concevoir des enfants. L’année dernière, la gynécologue-obstétricienne Veronica Gomez-Lobo déclarait à ce propos au magazine Science News : « Dans les 10 prochaines années, nous allons voir un tsunami de ces patients commencer à revenir pour leurs tissus. »
La procédure, en particulier lorsqu’elle s’applique au tissu testiculaire, est toujours considérée comme expérimentale par la communauté scientifique. Cette avancée prometteuse suscite néanmoins l’espoir de voir cette technique devenir un jour une option courante pour les jeunes garçons soumis à des traitements pouvant lourdement altérer leur fertilité.
Rod Mitchell, chercheur à l’Université d’Édimbourg dirigeant un essai similaire avec du tissu testiculaire cryoconservé, a confié au Guardian son enthousiasme face à ces résultats : « J’ai toujours cru que cela fonctionnerait. Scientifiquement et biologiquement, c’est logique. Dans la réalité, cela reste incroyable. » Le rapport complet de ce cas clinique singulier, diffusé sous forme de prépublication non validée par des pairs, est accessible dans son intégralité via la plateforme médicale medRxiv.
Selon la source : iflscience.com