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Des lampadaires provoquent d’étranges « spirales de la mort » chez des milliers de cloportes, selon des scientifiques
Crédit: Idan Sheizaf, Ariel Chipman, and Eviatar Itzkovich

Une découverte inattendue sur les hauteurs du Golan

credit : lanature.ca (image IA)

Une observation inédite bouleverse nos connaissances sur le comportement animal. Une nouvelle étude dirigée par le doctorant Idan Sheizaf, sous la supervision du professeur Ariel Chipman de l’Université hébraïque de Jérusalem, a mis en lumière un phénomène jusqu’alors jamais documenté. Des milliers d’isopodes terrestres abandonnent leur vie solitaire pour former de massives processions circulaires synchronisées, créant d’immenses « spirales de la mort ».

Ces petites créatures, des cousins terrestres des crabes et des crevettes couramment appelés cloportes ou punaises de pilule, quittent les zones abritées qu’elles occupent habituellement. Elles rejoignent des tourbillons vivants pouvant regrouper plus de 5 000 individus au sein d’un même rassemblement. Ce comportement collectif massif s’avère être une conséquence involontaire de la lumière artificielle nocturne.

Cette découverte fortuite revient au naturaliste amateur Eviatar Itzkovich, qui a remarqué ces masses tourbillonnantes lors de nuits d’été sur les hauteurs du Golan. Les recherches se sont concentrées sur l’espèce Armadillo sordidus. Avant ces travaux, les connaissances sur cette espèce restaient presque inexistantes. Ces spécimens vivent généralement sous des pierres ou dans des débris humides pour éviter de se dessécher. Bien qu’ils aient l’habitude de se blottir les uns contre les autres pour conserver leur humidité, un tel niveau de mouvement coordonné n’avait pratiquement jamais été documenté. L’étude a permis d’étendre leur aire de répartition connue. Autrefois répertoriée uniquement dans le sud de la Syrie et sur les hauteurs du Golan, l’espèce est décrite pour la toute première fois dans la vallée de Jezreel.

L’hypothèse du magnétisme face aux spirales

credit : lanature.ca (image IA)

Face à ce rassemblement inhabituel, l’équipe de recherche a cherché à identifier le moteur de ce comportement singulier. Les scientifiques ont décidé de tester plusieurs facteurs environnementaux, en commençant par les champs magnétiques.

La région des hauteurs du Golan possède en effet des propriétés magnétiques tout à fait uniques. Pour vérifier si cet élément perturbait les trajectoires des animaux, les chercheurs ont placé de puissants aimants à proximité immédiate des groupes d’isopodes.

L’expérience s’est révélée peu concluante sur ce point précis. Les créatures n’ont montré absolument aucune réaction face au champ magnétique généré. Elles ont maintenu leur marche circulaire de manière imperturbable, poussant l’équipe à explorer d’autres pistes.

Le test de la lumière ultraviolette

credit : lanature.ca (image IA)

L’enquête scientifique s’est ensuite orientée vers l’impact de différentes sources lumineuses. L’équipe a voulu observer la réaction de ces petites créatures face à la lumière ultraviolette.

Les chercheurs ont utilisé des lampes de poche diffusant des rayons UV pour tester ce paramètre sur la colonie. Les résultats de cette phase de test ont montré une réponse extrêmement faible, ce type d’éclairage n’attirant qu’une infime fraction de la population.

Plus important encore, les rayonnements ultraviolets n’ont pas permis de reproduire le phénomène étudié. Ils ont totalement échoué à déclencher le moindre mouvement circulaire, invalidant ainsi la piste de cette longueur d’onde spécifique.

La lumière blanche, véritable déclencheur géométrique

credit : lanature.ca (image IA)

L’élément de preuve décisif, qualifié de véritable « preuve irréfutable » par les chercheurs, est apparu lors des tests avec de la lumière blanche. Lorsqu’une lampe blanche a été placée perpendiculairement au sol, elle a systématiquement induit ce mouvement circulaire de masse.

L’équipe a découvert que la géométrie de la source lumineuse constitue la clé de cette énigme. Un faisceau vertical crée une « frontière » d’illumination circulaire sur le sol. Attirés par la lumière, les cloportes commencent à marcher le long de cette limite photique.

Le mécanisme s’emballe dès qu’un nombre critique d’individus est atteint. Une fois que la densité de population franchit un certain seuil, les déplacements individuels se transforment en un tourbillon collectif capable de s’auto-entretenir.

Le lourd tribut de la pollution lumineuse

credit : lanature.ca (image IA)

Le chercheur Idan Sheizaf partage son analyse sur cette dynamique de groupe : « Bien que le mouvement collectif soit commun dans le règne animal, le voir sous cette forme chez les isopodes était totalement inattendu. Il semble que la géométrie de notre monde moderne—spécifiquement les flaques circulaires de lumière créées par les lampadaires, interagit avec les instincts naturels de ces créatures pour créer un phénomène émergent fascinant, mais potentiellement nuisible. »

Derrière ce spectacle hypnotique se cache un piège redoutable généré par l’activité humaine. L’équipe a relevé que le ratio des sexes était majoritairement composé de femelles, dont beaucoup portaient des œufs. Cette composition exclut l’hypothèse d’un rituel d’accouplement. Il s’agit en fait d’une grave perturbation de leurs instincts naturels causée par la lumière artificielle nocturne, souvent désignée sous l’acronyme anglais ALAN. Ces « moulins d’isopodes » entraînent des conséquences dramatiques. Lors d’une observation, un mille-pattes a été vu en train de s’attaquer à cette masse tourbillonnante et distraite.

En attirant les cloportes hors de leurs abris naturels pour les enfermer dans une boucle infinie, la pollution lumineuse les transforme en cibles faciles pour les prédateurs et gaspille l’énergie dont ils ont besoin pour survivre. Publiée en 2026 dans la revue Ecology and Evolution, sous le titre traduit « Un nouveau mouvement circulaire collectif induit par la lumière chez les isopodes Armadillo sordidus » (identifiant DOI : 10.1002/ece3.73487), l’étude démontre comment une modification environnementale mineure, telle que l’installation d’un lampadaire, peut altérer fondamentalement les anciens schémas comportementaux des plus petits habitants de notre monde.

Selon la source : phys.org

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