Comment les humains préhistoriques faisaient-ils leurs lits ? De l’herbe vieille de 200 000 ans révèle enfin la réponse
Auteur: Mathieu Gagnon
Une hygiène préhistorique inattendue

Avez-vous pris le temps de faire votre lit ce matin ? L’omission de cette tâche quotidienne, couplée à un renouvellement irrégulier des draps, vous situe officiellement à un niveau d’hygiène inférieur à celui des populations préhistoriques habitant dans des grottes. De nouvelles recherches démontrent que d’anciens chasseurs-cueilleurs établis en Afrique du Sud brûlaient fréquemment leur literie usagée pour la remplacer immédiatement par une natte d’herbe fraîchement coupée.
Ces découvertes archéologiques mettent en lumière l’importance primordiale que nos ancêtres accordaient à la préparation de leur espace de repos. Loin de l’image d’un mode de vie chaotique, ces populations maîtrisaient l’entretien de leur environnement intime selon des règles strictes qui se sont transmises à travers les âges.
Border Cave, un site d’exception pour l’étude de l’évolution humaine
Les preuves de cet entretien domestique immaculé proviennent du site emblématique de Border Cave. Cet abri sous roche situé en Afrique du Sud a connu une occupation humaine continue, s’étendant d’environ 220 000 à 43 000 ans avant notre ère. Sa préservation exceptionnelle permet aux scientifiques de retracer avec précision l’histoire de ses premiers habitants.
Le site documente l’évolution culturelle des premiers Homo sapiens. Les strates géologiques fournissent un aperçu précieux de l’émergence des comportements dits modernes, une catégorie qui englobe notamment le développement des pratiques symboliques au sein des premières sociétés humaines.
L’analyse minutieuse de six lits millénaires

Les fouilles menées dans la grotte révèlent que la gestion spécifique des espaces de couchage a débuté bien avant que notre espèce ne devienne véritablement moderne sur le plan comportemental. Les auteurs de l’étude ont examiné un total de six lits anciens différents, dont l’état de conservation au sein de la cavité rocheuse est jugé remarquable.
Les spécimens étudiés dans le cadre de ces travaux couvrent une période allant de 161 000 à 43 000 ans. Certaines traces de literie mises au jour à Border Cave ont même été datées à 200 000 ans, repoussant considérablement les limites temporelles de ces pratiques d’aménagement.
Une composition végétale spécifique mêlée d’argile
Dans la majorité des cas observés, ces lits étaient constitués d’herbes appartenant à la sous-famille des Panicoideae. Cette classification botanique englobe de nombreuses cultures modernes familières, telles que le maïs, le mil et la canne à sucre. D’autres plantes, spécifiquement des laîches, ont été identifiées dans la composition de certaines literies.
De l’argile a été repérée dans la structure de ces anciennes surfaces de couchage. Les chercheurs n’ont pas encore déterminé si ce matériau était délibérément utilisé dans la construction du lit lui-même, ou s’il est apparu ultérieurement, transporté par le processus naturel d’altération de la roche mère formant le sol de la grotte.
Le feu et la cendre comme fondations du couchage

L’aspect le plus remarquable de cette étude réside dans la structure des lits : tous étaient construits sur une couche de cendres. De nombreux emplacements présentent des signes évidents de superposition, indiquant un processus où la literie était brûlée à plusieurs reprises, puis réassemblée directement sur les restes carbonisés ou desséchés de la couche précédente.
Les auteurs de l’étude formulent cette observation : « La construction de literie sur des dépôts de cendres existants ou déplacés intentionnellement était clairement un comportement courant tout au long des occupations, ». Ils précisent ensuite la nature de ce geste méthodique à l’intérieur de la grotte.
Une stratégie d’hygiène maintenue sur des centaines de millénaires

Les chercheurs ajoutent : « Les nouvelles observations fournissent un soutien supplémentaire à l’idée que les occupants de Border Cave construisaient régulièrement leur literie sur des dépôts de cendres retravaillés comme une stratégie délibérée, ». Durant près de 200 000 ans, les habitants préhistoriques de la cavité ont conservé la routine de faire leur lit en le brûlant puis en le reconstruisant.
L’émergence de cette pratique s’est produite bien avant les premières preuves de comportement symbolique et a persisté pendant des dizaines de millénaires par la suite. Cette longévité suggère que le besoin de maintenir un espace de couchage ordonné était présent tout au long de la transition de nos ancêtres vers le statut d’humains modernes. La raison exacte pour laquelle la cendre était balayée et placée sous la nouvelle literie reste sujette à discussion, bien que les chercheurs suggèrent que cette matière aurait pu contribuer à dissuader les insectes de s’introduire dans l’espace de repos.
Indépendamment de l’objectif premier de l’utilisation de la cendre, la persistance de cette technique sur une période aussi étendue démontre que les humains préhistoriques géraient activement leurs environnements de sommeil à l’aide du feu, préservant des traditions d’entretien domestique identiques pendant des centaines de millénaires. L’intégralité de cette étude scientifique est publiée et consultable dans le Journal of Archaeological Science.
Selon la source : iflscience.com