Plus de 6 pintes de bière vieilles de 2 300 ans retrouvées dans une tombe chinoise
Auteur: Mathieu Gagnon
Une offrande funéraire exhumée près de la Grande Muraille

Il y a environ 2 300 ans, un individu inhumé dans le cimetière de Shanjiabao a reçu un ultime présent pour son dernier voyage : une bouteille en bronze remplie d’une boisson alcoolisée. Les archéologues ont récemment mis au jour ce récipient dans le nord de la Chine. À l’intérieur, ils ont découvert l’équivalent de plus de six pintes, soit 3,7 litres d’un liquide semblable à de la bière, bien qu’il soit fortement déconseillé de l’ingurgiter aujourd’hui.
Les fouilles se sont déroulées dans la région autonome du Ningxia Hui, près de la ville de Guyuan. Le site funéraire se trouve à seulement 2 kilomètres, soit 1,2 miles, au sud d’un tronçon de la Grande Muraille de Chine. Cette découverte offre un aperçu matériel des coutumes entourant la mort et les offrandes liquides dans les sociétés anciennes de la région.
Le contexte historique d’une époque tourmentée
La tombe date de la fin de la période des Royaumes combattants, une séquence temporelle s’étendant de 475 à 221 avant notre ère. Ce chapitre particulièrement tumultueux de l’histoire a abouti à l’unification de la Chine sous la dynastie Qin. Cette ère s’est caractérisée par de nombreuses guerres civiles et de sanglantes rébellions, transformant profondément la structure politique du territoire.
Cette violence militaire s’est accompagnée d’une véritable révolution intellectuelle, marquée notamment par l’essor du confucianisme. Au milieu de ce climat d’intenses bouleversements, les populations trouvaient des moyens de se détendre. Dans l’un des sépultures, l’équipe a identifié cette fameuse bouteille en bronze dotée d’un goulot en forme d’ail. Le contenant préservait exactement 3 740 millilitres d’un liquide inodore, limpide et d’une teinte vert bleuâtre clair.
L’analyse chimique des composés millénaires

Les chercheurs ont prélevé un petit échantillon de ce liquide, accompagné des sédiments déposés au fond de la bouteille, afin de procéder à une analyse chimique en laboratoire. Les tests ont mis en évidence la présence de plus de 2 400 composés organiques. Face à ces résultats, les auteurs de l’étude ont conclu que le breuvage était très probablement une boisson alcoolisée.
L’observation microscopique des grains d’amidon, des phytolithes et des levures a corroboré cette hypothèse. L’identification de millet commun et de plantes de la tribu des Triticeae, correspondant au blé ou à l’orge, a démontré qu’il s’agissait d’une boisson alcoolisée à base de céréales, à l’opposé d’un vin produit à partir de fruits.
Le profil gustatif de cette préparation ne ressemblerait en rien à celui des bières de fermentation basse, des bières ambrées ou de tout autre produit consommé par les amateurs modernes. Les connaisseurs de bières artisanales la rejetteraient très certainement. L’analyse révèle une forte concentration d’acide lactique, d’acide oxalique et d’acide tartrique. Ces éléments suggèrent un goût fort et aigre, une caractéristique probablement due à son séjour de 2 300 ans dans une tombe poussiéreuse.
Les racines agricoles et la théorie de la fermentation

L’apparition de la bière, ou d’une boisson s’en rapprochant, remonte à environ 12 000 ans, une période coïncidant avec les débuts de l’agriculture dans différentes régions du globe. Les premières cultures domestiquées furent des herbes sauvages, qui ont fini par donner naissance à des céréales comme le blé et l’orge.
Les populations ont compris qu’en trempant ces récoltes et en les laissant reposer, des levures sauvages déclenchaient une fermentation naturelle du mélange. Ce procédé générait un breuvage alcoolisé riche en éthanol, dont la consommation procurait un sentiment de bien-être, jusqu’à l’apparition des effets secondaires le lendemain matin.
Une théorie plus controversée inverse cette chronologie. Elle avance que les premiers humains auraient été motivés à cultiver la terre spécifiquement pour brasser de l’alcool, plutôt que pour fabriquer du pain. Selon cette approche, la bière ne serait pas née de la civilisation, mais la civilisation aurait émergé grâce à la bière. Les défenseurs de cette idée soulignent que l’alcool favorise la cohésion sociale et la créativité, des éléments cruciaux pour une culture naissante, bien plus que la simple panification.
Une évolution culturelle aux usages multiples

Peu importe son origine exacte, cette boisson semble être apparue de manière indépendante à plusieurs reprises à travers le monde, illustrant une forme d’évolution culturelle convergente. Dans certaines cultures, elle servait d’outil cérémoniel, manipulé par des figures chamaniques dans le but d’induire des états modifiés de conscience et de modifier les perceptions.
Dans d’autres sociétés, son rôle prenait une dimension nettement plus pratique. Il s’agissait d’une source de nourriture dense en calories. Grâce à sa teneur en alcool, la mixture était exempte d’agents pathogènes, la rendant beaucoup plus sûre à consommer qu’une eau potentiellement contaminée.
Cette récente découverte dans un tombeau chinois témoigne de la relation profonde, durable et parfois complexe que l’humanité entretient avec les boissons alcoolisées, à moins que l’individu inhumé n’ait simplement apprécié boire quelques verres. Les détails complets de ces recherches ont été publiés dans la Revue des rapports de sciences archéologiques.
Selon la source : iflscience.com