Une série d’incendies criminels sème l’effroi à Val-d’Or : trois corps retrouvés dans les décombres
Auteur: Adam David
Quatre jours de brasiers au cœur de l’Abitibi-Témiscamingue

Une onde de choc traverse actuellement Val-d’Or. La deuxième plus grande ville de l’Abitibi-Témiscamingue fait face à une succession alarmante de sinistres d’origine criminelle. En l’espace de quatre jours seulement, la municipalité a été le théâtre d’autant d’incendies distincts, plongeant les résidents dans un climat de vive inquiétude.
Le bilan humain et matériel de cette série d’événements s’avère particulièrement lourd. Les autorités dressent un constat tragique de trois morts et d’au moins un blessé. Sur le plan des infrastructures, plusieurs commerces ont été réduits en cendres, jetant de nombreuses personnes à la rue, démunies face à la perte subite de leur logement.
La Sûreté du Québec affirme que cette vague de destructions serait l’œuvre du crime organisé. Pour faire face à cette crise, des équipes policières spécialisées ont été déployées sur le terrain afin de mener l’enquête et de tenter d’épingler les responsables. Jusqu’à présent, aucune arrestation n’a encore été effectuée dans ce dossier.
L’emprise du crime organisé et la peur des résidents

La situation exige une gestion de crise au sommet de l’administration municipale. En entrevue avec Le Journal samedi après-midi, Serge Allard, le maire de Val-d’Or, évaluait encore les dommages causés par ces actes malveillants. L’élu, qui reste en contact étroit avec les forces de l’ordre, n’hésite pas à identifier la source du problème.
« Ça brasse pas mal dans notre coin, c’est le crime organisé pour le contrôle de la drogue », a déclaré le maire. Cette lutte de territoire se traduit par des destructions massives qui affectent directement le sentiment de sécurité des citoyens. Le centre-ville se retrouve au cœur de cette guerre d’influence.
Une résidente de la municipalité, Anny Champagne, décrit une atmosphère lourde parmi la population locale. « En ville, je vous dirais qu’il y a un climat de peur et d’incertitude, surtout chez les personnes qui habitent près du centre-ville. Elles craignent qu'[elles] ou leur famille [ne] deviennent des victimes collatérales », explique-t-elle, traduisant l’angoisse de ceux qui vivent à proximité des foyers d’incendie.
La tragédie de mardi : des vies fauchées en pleine nuit

La chronologie de cette semaine mortelle a débuté de manière funeste mardi. Un immeuble à logements a été la proie d’un violent incendie, marquant le premier drame humain de cette série destructrice. Ce sinistre s’est produit à moins de deux kilomètres des événements qui allaient frapper le centre-ville quelques jours plus tard.
Ce brasier a emporté deux membres d’une même famille. Un père âgé de 42 ans ainsi que sa fille, une adolescente de 15 ans, ont péri dans les flammes de leur domicile. Cette découverte a immédiatement soulevé une onde d’effroi dans toute la région.
La proximité géographique de cet événement avec les incendies subséquents a rapidement orienté les soupçons vers la criminalité organisée. Les enquêteurs de la Sûreté du Québec continuent de scruter les liens entre ce premier drame familial et les autres actes perpétrés dans la foulée.
Cauchemar au centre-ville : commerces et logements détruits

La spirale de destruction a franchi un nouveau palier vendredi, vers 4 h du matin. Le feu a pris naissance à l’arrière d’un important immeuble situé en plein cœur du centre-ville. L’intensité du brasier a causé des pertes matérielles considérables, anéantissant une bijouterie, un magasin d’instruments de musique, un restaurant, ainsi que les multiples logements situés aux étages.
Lyne Michaud, propriétaire de la Bijouterie Baribeau, a été tirée de son sommeil par son système d’alarme signalant la présence de fumée. Arrivée sur les lieux une trentaine de minutes plus tard, elle a assisté à la destruction de son commerce de la rue principale. « Il faut que ça arrête, ces règlements de compte », s’est indignée la commerçante face à l’ampleur du désastre.
Son témoignage illustre la détresse des occupants évacués d’urgence. « Les flammes commençaient à l’arrière, j’étais sur la rue principale, à l’avant. Je voyais les locataires évacués par les pompiers. Les gens étaient en pleurs, ils étaient dévastés parce qu’ils perdent tout », a raconté madame Michaud, encore sous le choc.
Une troisième dépouille découverte et des rescapés dans le besoin

Le drame du vendredi a nécessité de longues opérations de recherche. Samedi matin, les sapeurs fouillaient minutieusement les décombres de l’immeuble du centre-ville, une personne manquant toujours à l’appel. Dans l’après-midi, la Sûreté du Québec a officiellement confirmé la découverte d’un corps sans vie. Il s’agirait, selon les informations disponibles, d’un homme de 59 ans œuvrant comme concierge et logeant au sous-sol du bâtiment.
Au-delà des pertes humaines, de nombreux rescapés font face à une précarité immédiate. Mercredi, un autre incendie avait déjà laissé des citoyens sans ressources. Anny Champagne, qui aidait un collègue ayant tout perdu ce jour-là, souligne les lacunes de l’assistance d’urgence. « Il se serait retrouvé à la rue si on n’avait pas fait une levée de fonds. On constate vraiment que, mis à part la Croix-Rouge, qui l’a hébergé trois nuits, il y a peu d’aide », précise-t-elle.
Face à la détresse de ces locataires et commerçants brutalement mis à la rue, l’administration municipale promet d’intervenir. Questionné au sujet des personnes évacuées, le maire Serge Allard a assuré qu’il « allait regarder ça en début de semaine ». Une déclaration qui survient alors que la communauté attend de pied ferme que les forces de l’ordre mettent un terme à cette série noire.
Selon la source : journaldemontreal.com