Un pilote s’éjecte de son avion de chasse, mais l’appareil sans pilote poursuit son vol sur 900 km
Auteur: Mathieu Gagnon
Un décollage de routine qui vire à l’incident majeur

L’histoire de l’aviation militaire regorge de mystères, mais l’événement survenu le 4 juillet 1989 reste sans doute le fait le plus tragiquement singulier de la guerre froide. Comme le relate un compte rendu rédigé par Tim Newcomb et publié le 15 juin 2026, ce qui devait être un simple exercice d’entraînement pour un aviateur soviétique s’est transformé en un vol fantôme aux conséquences mortelles pour un adolescent belge, sous le regard médusé de deux pilotes américains.
Ce jour-là, le colonel soviétique Nikolai Skuridin décolle de la base aérienne de Bagicz, située près de Kolobrzeg en Pologne. Il est aux commandes de son chasseur MiG-23, surnommé « Flogger », pour une mission de routine au-dessus de la mer Baltique. Peu de temps après le décollage, la machine de guerre soviétique connaît une défaillance de la postcombustion.
Face à la fumée crachée par son appareil et constatant que l’avion perd de l’altitude, l’officier craint un écrasement imminent. Nikolai Skuridin demande et obtient l’autorisation de s’éjecter. Il s’extrait en toute sécurité de l’habitacle grâce à son parachute, à une altitude d’à peine 400 pieds, convaincu que son avion va s’écraser dans les secondes suivantes.
L’étonnante ascension d’un chasseur sans pilote

Cependant, le colonel n’a jamais complètement coupé le moteur de son chasseur. Il a simplement réduit sa puissance à un niveau inférieur. Contre toute attente, l’acte même de l’éjection a suffi pour recalibrer mystérieusement l’appareil. Le départ précipité du pilote, accompagné du siège éjectable et de la verrière, a radicalement modifié l’équilibre de l’appareil.
Ce changement brusque du centre de gravité a provoqué le redressement du nez de l’avion vers le ciel. Libéré de son équipage, le « Flogger » a entamé une phase d’ascension, maintenu en vol par son pilote automatique qui a conservé le cap exact que suivait Nikolai Skuridin au moment d’appuyer sur le bouton d’éjection.
L’avion soviétique a continué de filer dans les airs à sa vitesse de décollage, établie à 170 nœuds. Entamant un long périple au-dessus de l’Allemagne de l’Est, le MiG-23 a fini par atteindre la hauteur vertigineuse de 35 000 pieds d’altitude, entamant une véritable dérive à travers le continent.
L’interception sous tension par les forces de l’OTAN

Les écrans radar des observateurs au sol ne permettent pas de vérifier la présence humaine à l’intérieur d’un cockpit. Ainsi, lorsque le MiG-23 a pénétré l’espace aérien de l’OTAN au-dessus de l’Allemagne de l’Ouest, les forces alliées ont immédiatement réagi. Deux chasseurs F-15 américains ont décollé en urgence de la base de Soesterberg, aux Pays-Bas, pour intercepter cet appareil ennemi présumé.
Les pilotes américains J.D. Martin et Bill Murphy se sont approchés du MiG-23 par l’arrière. Après avoir rattrapé leur cible à une vitesse supersonique, ils ont dû fortement décélérer pour s’aligner sur son rythme anormalement lent de 170 nœuds. Face à cette situation absurde, la confusion régnait dans les esprits.
« C’est là que les yeux vous jouent des tours, » expliquent les pilotes dans l’ouvrage de référence intitulé F-15 Eagle Engaged. « Vous savez, vous regardez un MiG-23 exactement comme sur les photos que vous avez étudiées toute votre vie de pilote de chasse, mais cela ne colle tout simplement pas. Que fait-il ici ? Pourquoi est-il seul ? Et pourquoi voyage-t-il à 170 KCAS ? » En se rapprochant, l’évidence est apparue : il n’y avait ni verrière, ni pilote. Il a ensuite fallu vingt longues minutes de communications radio pour persuader le personnel de l’OTAN au sol que l’avion de combat était totalement vide.
Le dilemme tactique au-dessus de l’Europe occidentale

Le premier contact avec le chasseur fantôme s’est fait à 35 000 pieds, mais l’appareil soviétique a lentement poursuivi son ascension pour culminer à 39 500 pieds en traversant le ciel des Pays-Bas puis de la Belgique. L’avion n’emportait pas d’armement lourd, disposant seulement de munitions pour ses mitrailleuses de bord. Puisque personne n’était aux commandes pour les utiliser, la menace immédiate d’un largage de bombes conventionnelles ou nucléaires était écartée.
Ce délai a offert aux décideurs de l’OTAN un temps précieux pour analyser leurs options. Les premières estimations laissaient supposer que le jet poursuivrait sa route jusqu’à la Manche, mais le destin en a décidé autrement. « Ensuite, j’ai vu une bouffée de fumée et une traînée de condensation : il était manifestement à court de carburant, » témoigne l’un des pilotes américains dans le livre. « Puis la descente peu profonde a commencé. »
Sans carburant dans les réservoirs du MiG, les Américains ont armé leurs propres chasseurs et entamé une réflexion cruciale : devaient-ils abattre la cible ? Détruire l’appareil risquait de disperser des débris meurtriers sur des populations civiles au sol. Alors que l’avion se dirigeait vers Lille, en France, près de la frontière belge, les calculs de trajectoire ont indiqué que le « Flogger » s’écraserait probablement à quelques kilomètres des zones très peuplées, dans une région rurale et agricole. Le commandement américain a donc choisi de laisser la gravité faire son œuvre.
Une chute fatale et des conséquences tragiques

Repéré pour la première fois sur les radars à 9 h 42, l’avion de chasse livré à lui-même s’est finalement écrasé un peu moins d’une heure plus tard, à 10 h 37. L’épave a terminé sa course folle à près de 560 miles de son point de départ polonais. Le plan prévoyant une chute dans une zone déserte a malheureusement failli lors des derniers instants.
Le champ situé dans l’ouest de la Belgique où la machine a atterri n’était pas entièrement inhabité. Le MiG a violemment percuté une ferme située près de la ville de Kortrijk. L’impact a été fatal pour Wim Delaere, un étudiant belge de 18 ans qui se trouvait sur les lieux au moment de la catastrophe.
Le lendemain de cet événement funeste, le colonel Skuridin a exprimé publiquement son chagrin face à ce drame imprévisible. « Si j’avais pu prévoir de telles conséquences tragiques à ce vol sans pilote, » a déclaré l’officier soviétique, « je serais resté dans l’avion jusqu’à la fin. »
Selon la source : popularmechanics.com