La Coalition Avenir Québec face aux départs de ses ministres malgré une remontée dans les sondages
Auteur: Adam David
L’élan initial de la nouvelle chefferie et la progression dans les sondages

L’arrivée de Christine Fréchette à la tête de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a replacé la formation politique dans la course électorale. Lors du conseil général du parti qui s’est tenu à Lévis à la fin du mois de mai, l’humeur des troupes était particulièrement à la hausse. Les membres de la formation se félicitaient alors de la capacité de la nouvelle cheffe à faire rapidement oublier la période dirigée par François Legault.
Cette dynamique positive s’est traduite par une progression chiffrée. Depuis que Christine Fréchette a pris les commandes, la CAQ a regagné neuf points dans les sondages. Sur le plan personnel, la dirigeante ne se trouve plus qu’à quatre points de Paul St-Pierre Plamondon dans les intentions de vote désignant le meilleur premier ministre selon les Québécois.
Portés par ce vent de renouveau, plusieurs élus de la formation évoquaient ouvertement la « faiblesse de l’opposition » lors de ce rassemblement. Les discussions internes laissaient même entrevoir un espoir concret de réélection pour le parti gouvernemental.
La vague de départs au sein du cabinet ministériel

Malgré cette embellie dans l’opinion publique, le parti fait face à une série de retraits significatifs parmi ses membres de premier plan. La CAQ avait imposé une date butoir à l’ensemble de ses élus, leur demandant de confirmer avant le 31 mai s’ils comptaient ou non se représenter lors du prochain scrutin. Plusieurs figures attendues pour la prochaine campagne ont finalement décliné l’offre.
Ces annonces successives interviennent peu de temps après la publication du rapport de la vérificatrice générale portant sur la filière batterie. Ce contexte marque un tournant pour l’équipe gouvernementale, qui voit plusieurs de ses cadres se diriger vers la sortie.
Parmi les départs confirmés, trois ministres ont fait le choix d’explorer d’autres avenues professionnelles plutôt que de mener la prochaine bataille électorale aux côtés de la nouvelle cheffe. Il s’agit d’Éric Girard, député du Lac-Saint-Jean, ainsi que de Jean Boulet et de Mathieu Lacombe.
Tensions internes et décisions stratégiques

Les choix stratégiques de Christine Fréchette ont suscité des réactions contrastées au sein même du gouvernement. Une source interne a notamment qualifié la première ministre de « malhabile » dans sa gestion des nominations et de la hiérarchie ministérielle.
Cette critique fait référence à la décision de nommer Ian Lafrenière, perçu comme un « rouge », au poste de vice-premier ministre. Ce choix s’est fait au détriment de l’actuel ministre de la Culture, Mathieu Lacombe, un jeune élu qui faisait également partie des candidats potentiels pour cette fonction.
L’incertitude plane également sur d’autres vétérans du parti. François Bonnardel, qui avait été écarté sous François Legault avant d’être réintégré au Conseil des ministres par Christine Fréchette, est actuellement en période de réflexion. Bien que la cheffe lui ait confié le rôle de leader du gouvernement, ce dernier n’a pas encore garanti sa candidature pour les prochaines élections, ce qui représenterait une perte supplémentaire pour la formation.
La position en demi-teinte du ministre de la Justice

La nomination de François Bonnardel comme leader du gouvernement s’est faite au détriment de Simon Jolin-Barrette, créant une dynamique complexe au sein de l’exécutif. Ce dernier, étiqueté comme un « bleu » et reconnu comme le père des lois sur la laïcité et la langue, a récemment affiché une attitude qui a soulevé des interrogations quant à son appui envers la cheffe.
Un incident révélateur s’est produit lors de la dernière période de questions de la législature. Le député du Parti Québécois, Pascal Paradis, a interpellé Simon Jolin-Barrette à trois reprises, lui demandant si la première ministre était la meilleure personne pour obtenir des gains d’Ottawa pour le Québec. Face à ces questions, le ministre n’a ni répondu par l’affirmative, ni pris la défense de sa dirigeante.
Si des vérifications ont permis de confirmer que le ministre de la Justice sera bel et bien candidat lors des prochaines élections, son mutisme lors de cet échange parlementaire indique qu’il ne compte pas s’afficher comme le partisan le plus exubérant de Christine Fréchette.
La stratégie de recrutement et l’intégration de la relève
Pour pallier ces défections, la CAQ s’active sur le front du recrutement. Une première candidature est annoncée ce samedi en Estrie : Manuela Goya. Cette ancienne libérale, qui est passée par Tourisme Montréal, a pris elle-même l’initiative d’approcher la première ministre pour lui proposer ses services.
Le parti espère que la médiatisation de ses nouveaux candidats aura un effet d’entraînement positif. Une vingtaine de nouvelles candidatures sont déjà prévues d’ici la fin du mois de juillet. Cette vague d’arrivées vise à contrebalancer l’effet potentiellement dissuasif que pourrait avoir la série de départs sur les personnalités que la formation tente de recruter.
Christine Fréchette perçoit cette transition comme une opportunité de créer un équilibre entre l’expérience et le renouveau. Dans une lettre publiée aujourd’hui, elle déclare de manière explicite : « Le temps est venu de faire place à la relève ». Tout en s’efforçant de maintenir cet effet de nouveauté, la cheffe compte sur le noyau restant de son équipe pour resserrer les rangs à l’approche de la campagne.
Selon la source : journaldequebec.com