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Des scientifiques ont analysé le sol sous les statues de l’île de Pâques et pourraient enfin avoir percé le mystère de leur signification
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une énigme séculaire potentiellement résolue

Les célèbres monolithes de pierre qui dominent l’île de Rapa Nui, plus connue sous le nom familier d’île de Pâques, intriguent la communauté scientifique depuis des siècles. Ces géants silencieux ont longtemps gardé leurs secrets, mais une récente analyse des sols pourrait enfin lever le voile sur leur véritable signification.

Des archéologues et des pédologues — spécialistes de l’étude des sols — se sont penchés sur les anciens Moai et estiment avoir découvert leur fonction première. Selon leurs conclusions, des indices présents dans la terre environnante suggèrent que ces statues auraient été placées à des endroits précis pour célébrer la fertilité des cultures de la région.

Ces résultats, qui ouvrent une nouvelle perspective sur l’histoire de l’île, proviennent d’une analyse minutieuse effectuée à proximité de deux statues spécifiques. Les chercheurs y ont découvert des traces biologiques révélatrices de banane, de taro et de patate douce. Cette découverte majeure a fait l’objet d’une publication officielle dans le Journal of Archaeological Science.

Une collaboration scientifique internationale

Cette avancée est le fruit d’un travail de longue haleine mené par une équipe dédiée. Jo Ann Van Tilburg, de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), étudie les origines des Moai depuis plus de trois décennies. Pour mener à bien ces recherches, elle collabore étroitement avec l’artiste Rapanui Cristián Arévalo Pakarati ainsi qu’avec d’autres membres de la communauté locale.

Afin d’approfondir l’investigation, l’équipe a recruté Sarah Sherwood, une pédologue de l’Université du Sud dans le Tennessee. Sa mission consistait à analyser le sol situé à la base de deux statues retrouvées curieusement perchées à la verticale dans la carrière de Rano Raraku. Ce site, situé dans la partie orientale de l’île, est le lieu d’origine de la majorité des plus de 1 000 statues Moai recensées.

Les scientifiques soupçonnent que l’activité dans cette carrière a débuté aux alentours de l’an 1455 de notre ère. C’est dans ce contexte historique et géologique précis que les prélèvements ont été effectués pour comprendre l’environnement direct des monolithes au moment de leur érection.

Des traces biologiques datant de plusieurs siècles

L’équipe s’est concentrée sur l’analyse des sols situés au pied de deux structures spécifiques. Les archéologues estiment que ces statues ont été érigées au plus tard entre 1510 et 1645 de notre ère. L’objectif était de rechercher des preuves chimiques de l’existence de cultures vivrières communes à cette époque.

Les analyses ont révélé la présence indubitable de traces d’aliments tels que le taro, la banane et la patate douce. Ces éléments biologiques, retrouvés directement dans la terre associée aux statues, indiquent une utilisation agricole des lieux bien plus intense que ce qui était supposé jusqu’alors.

Ces découvertes suggèrent que les habitants de l’île pourraient avoir utilisé la carrière elle-même comme un lieu de production alimentaire. Il ne s’agissait donc pas uniquement d’un site d’extraction de pierre, mais potentiellement d’un espace agricole intégré où la production de nourriture côtoyait la création des monuments sacrés.

Une fertilité inattendue au cœur de la carrière

Les résultats de l’analyse chimique ont provoqué une véritable surprise parmi les chercheurs. Sarah Sherwood a exprimé son étonnement face aux données recueillies : « Quand nous avons reçu les résultats chimiques, j’ai dû y regarder à deux fois ». Cette réaction s’explique par le contexte géologique global de Rapa Nui, dont les sols sont souvent de qualité médiocre.

En effet, sur une grande partie de l’île, les sols sont soit fortement érodés, soit appauvris en nutriments vitaux nécessaires à la croissance des plantes. Cependant, l’analyse a démontré que les sols à l’intérieur de la carrière sont beaucoup plus fertiles qu’on ne le pensait auparavant.

L’étude a mis en évidence une présence abondante d’eau ainsi que des niveaux élevés d’éléments tels que le calcium et le phosphore. Ces composants chimiques sont essentiels pour augmenter les rendements des cultures, faisant de la carrière une exception notable dans le paysage agronomique de l’île.

Une nouvelle vision du rôle des Moai

Ces nouvelles données remettent en question les hypothèses traditionnelles sur la fonction de la carrière et des statues qui s’y trouvent. Jo Ann Van Tilburg a souligné l’importance de ce changement de paradigme : « Cette étude modifie radicalement l’idée que toutes les statues debout à Rano Raraku attendaient simplement d’être transportées hors de la carrière ».

Selon la chercheuse, la position des statues n’était pas temporaire. Elle précise : « C’est-à-dire que ces Moai, et probablement d’autres Moai debout à Rano Raraku, ont été maintenus en place pour assurer la nature sacrée de la carrière elle-même ». L’interaction entre le monument et la terre semble avoir été intentionnelle et fonctionnelle.

La conclusion de Van Tilburg lie directement les monolithes à l’agriculture : « Les Moai étaient au centre de l’idée de fertilité, et dans la croyance Rapanui, leur présence ici stimulait la production agricole alimentaire ». La carrière n’était donc pas seulement une usine à statues, mais un centre vital de production et de croyance.

Selon la source : popularmechanics.com

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