Les autorités ont remonté la piste d’un gang de pillards jusqu’à une grotte secrète remplie d’artefacts
Auteur: Mathieu Gagnon
Une découverte née d’un crime
Sur les hauteurs du Mont Scopus, qui domine la ville sainte de Jérusalem, une découverte archéologique majeure a vu le jour dans des circonstances pour le moins inattendues. Des pilleurs, habituellement considérés comme un fléau pour le patrimoine, ont involontairement guidé les autorités vers un complexe de grottes abritant un atelier de fabrication d’objets en pierre, perdu depuis deux millénaires.
Le site, datant de la période du Second Temple — époque de la reconstruction du Temple du roi Salomon —, a livré un véritable trésor historique. À l’intérieur, les inspecteurs ont mis au jour une collection d’artéfacts, principalement des récipients en calcaire servant à manger et à boire. Le complexe comprenait également d’autres structures remarquables, comme des tombeaux et un bain rituel. L’ensemble des objets et fragments a depuis été sécurisé et transféré dans un musée.
L’opération qui a tout changé
Tout commence sur le Mont Scopus, connu en hébreu sous le nom de Har HaTzofim, ou le « Mont des Veilleurs ». Ce lieu, utilisé maintes et maintes fois au cours de l’histoire comme point de surveillance stratégique, cachait sur son versant oriental cet atelier oublié. Récemment, un groupe de pilleurs d’antiquités a décidé d’y mener une expédition nocturne. Équipés d’un groupe électrogène, d’un détecteur de métaux, d’outils de carrière et de matériel d’excavation, leur objectif était simple : s’emparer d’un maximum d’artéfacts pour les écouler sur le marché noir.
Leur plan a cependant été déjoué. Une opération d’infiltration visant précisément ce groupe a permis non seulement de procéder à leur arrestation, mais aussi de faire cette découverte capitale. Les suspects convoitaient en effet une grotte remplie de récipients en calcaire crayeux. Sauvés du marché parallèle, ces objets constituent un ajout majeur aux artéfacts déjà récupérés dans la région, issus d’une poignée d’ateliers similaires datant de la même période.
Dans les profondeurs d’un atelier figé dans le temps
Une fois à l’intérieur de la grotte, une équipe d’inspecteurs de l’Unité de Prévention du Vol de l’Autorité des Antiquités d’Israël (IAA) a découvert bien plus qu’ils n’imaginaient. Ils ont trouvé un atelier complet, autrefois destiné à la production de récipients en pierre vendus aux habitants et aux pèlerins sur les marchés en plein air. Mais d’autres structures avaient également traversé les siècles.
Le site comprenait des réservoirs d’eau, dont la conception rappelle ceux des collines de la cité abandonnée de Pétra en Jordanie. Il y avait aussi une carrière de calcaire et un bain de purification, ou *mikvah*. Plus impressionnant encore, des tombeaux taillés dans la roche, restés intacts pendant deux millénaires, faisaient partie de l’ensemble. Pour situer, les plus anciennes tombes rupestres d’Israël ont environ 5 000 ans.
Une plongée dans l’histoire du Second Temple
La période du Second Temple s’étend de la reconstruction du Temple de Jérusalem après l’exil, vers 515 avant notre ère, jusqu’à sa destruction par les Romains, survenue entre 70 et 135 de notre ère. Durant ces siècles, le peuple de Judée a vécu sous la domination de plusieurs empires successifs. Le pouvoir perse a cédé la place à la dynastie ptolémaïque d’Égypte, puis aux Séleucides, aux Hasmonéens — qui leur ont accordé la plus grande autonomie — et enfin aux Romains, dont les armées avaient autrefois espionné leurs adversaires depuis ce même Mont Scopus.
Le judaïsme de cette époque a été profondément marqué par les bouleversements religieux, sociaux et politiques. Le Premier Temple, construit par le roi Salomon au Xe siècle avant notre ère pour abriter l’Arche d’Alliance, fut l’épicentre du culte juif jusqu’à la conquête de Jérusalem par Nabuchodonosor II, roi de Babylone. En 587 avant notre ère, son armée perça les murailles de la ville, brûla le Temple et exila à Babylone autant de Juifs qu’elle put en capturer. Une coïncidence tragique de l’histoire : le Premier Temple tomba le neuvième jour du mois d’Av. Des centaines d’années plus tard, le Second Temple subit un sort similaire exactement le même jour du calendrier hébraïque.
La pureté de la pierre, un choix délibéré
Les récipients récupérés sur le site du Mont Scopus ont été transportés au Campus National Jay et Jeanie Schottenstein pour l’Archéologie à Jérusalem. Bien que les archéologues n’aient pas encore communiqué sur l’usage précis de ces objets, des artéfacts similaires en calcaire trouvés dans la région étaient principalement utilisés pour manger et boire. Les ateliers comme celui-ci produisaient des tasses, des chopes, des plats, des plateaux, des bols et des cratères, des vases servant à mélanger l’eau et le vin.
La vaisselle en pierre présentait plusieurs avantages. Elle était peu coûteuse à produire et moins fragile que la poterie. Surtout, elle possédait un atout majeur : elle était considérée comme rituellement pure. En effet, la Torah ne mentionne aucune nécessité de purifier ou de détruire les récipients en pierre qui auraient été en contact avec un élément jugé impur.
Eitan Klein, directeur adjoint de l’Unité de Prévention du Vol de l’IAA, a souligné l’importance de cette trouvaille dans une interview accordée au Pittsburgh Jewish Chronicle : « La découverte de cet atelier est particulièrement importante parce que maintenant, une image large de la région se dessine. »
Selon la source : popularmechanics.com