En construisant un complexe d’appartements, des ouvriers ont mis au jour un château vieux de 500 ans
Auteur: Mathieu Gagnon
Quand un chantier moderne déterre l’Histoire
En Belgique, dans la région flamande, un projet immobilier tout ce qu’il y a de plus classique a pris une tournure inattendue. Alors que les équipes préparaient le terrain pour la construction d’un nouvel ensemble d’appartements, elles ont mis au jour les vestiges d’un pan entier de l’histoire européenne : un château espagnol datant du XVIe siècle, que l’on croyait perdu.
La découverte ne s’arrête pas là. Au-delà des murs de la forteresse, les archéologues ont exhumé ce qu’ils décrivent comme un véritable « trésor archéologique ». Une abondance d’artefacts laissés sur place par l’armée espagnole qui, selon toute vraisemblance, occupait autrefois les lieux.
La forteresse de Charles Quint pour mater Gand
Ce château n’était pas une simple résidence. Sa construction fut ordonnée par l’empereur Charles Quint lui-même. Son objectif était stratégique : asseoir son autorité sur les habitants de la ville de Gand et solidifier son emprise sur la région. La forteresse était une démonstration de puissance, une attaque architecturale délibérée de l’empereur contre un peuple qui s’était révolté contre ses impôts.
Avec le temps, le château est tombé en ruine. Puis, au XIXe siècle, un nouveau quartier a été construit par-dessus, effaçant presque complètement son souvenir de la surface. Selon un reportage du média public belge VRT NWS, des pans entiers de la structure subsistaient, simplement enfouis sous terre. Il aura fallu attendre la démolition programmée pour le projet d’appartements pour que tout soit à nouveau révélé.
Un trésor sous les décombres
L’enthousiasme est palpable sur le site. « Ceci est un trésor archéologique », a confié l’archéologue Robby Vervoort à VRT NWS. La surprise n’est cependant pas totale. Les experts avaient des soupçons sur le potentiel du lieu. « Nous avions mené une étude préliminaire qui suggérait déjà beaucoup de choses, et des puits de sondage avaient aussi été creusés dans les bâtiments démolis. Ils ont révélé des parties en pierre du château et même des trouvailles plus anciennes. »
L’équipe porte une attention toute particulière à ce qu’elle nomme une « fosse fourre-tout ». C’est dans ce genre de fosse que les occupants jetaient leurs détritus et objets cassés. Pour les archéologues, c’est une mine d’informations. « Toutes sortes de choses étaient jetées dans la fosse à l’époque », explique Robby Vervoort. « Les trouvailles y sont souvent exceptionnellement bien conservées. Nous dégageons couche après couche pour récupérer les objets du mieux possible. »
Dans l’assiette des soldats du XVIe siècle
Si tous les indices convergent vers une occupation du site par des soldats espagnols, c’est bien cette fosse obscure qui pourrait livrer les secrets les plus intimes de leur quotidien. En analysant son contenu, les scientifiques espèrent reconstituer le menu de la garnison. Que mangeait un soldat de Charles Quint il y a 500 ans ?
La réponse se trouve peut-être dans les déchets. « Nous pourrons découvrir ce que les soldats mangeaient, en nous basant sur les restes d’animaux, les graines et le pollen que nous trouvons ici », précise Robby Vervoort. Chaque os, chaque graine est un indice sur leur alimentation, leur santé et l’approvisionnement du fort.
Un mille-feuille historique, de la préhistoire au Moyen Âge
Le château espagnol n’est que la couche la plus récente d’une longue histoire d’occupation humaine. Il a été édifié sur les ruines de l’ancienne abbaye Saint-Bavon, qui fut probablement le tout premier bâtiment érigé à Gand, au VIIe siècle. Si seuls des vestiges de l’église subsistent aujourd’hui, son cimetière, lui, est toujours là.
Les fouilles de ce terrain funéraire ont permis de découvrir des dizaines de squelettes médiévaux, datés entre le XIIIe et le XVIe siècle. Mais le voyage dans le temps ne s’arrête pas là. Parmi les autres trouvailles, on compte des bols en verre, des éclats de bouteilles de vin, des céramiques, des matériaux de construction de l’époque romaine et même des outils en silex. Pour Robby Vervoort, la conclusion est claire : « Il devait y avoir une occupation ici, même à l’époque préhistorique. »
Construire l’avenir en préservant le passé
Que va-t-il advenir de ce site exceptionnel ? Le projet d’appartements va bien aller de l’avant. Les vestiges de l’abbaye déjà connus étant préservés, la construction est autorisée, mais avec une contrainte majeure : les immeubles seront en grande partie construits sans sous-sols, afin de ne pas perturber davantage ce sol chargé d’histoire.
Une partie du terrain ne sera cependant pas touchée du tout, volontairement laissée en jachère pour la science du futur. « Une partie du terrain a été préservée », confirme Robby Vervoort. « Nous laissons tout intact. Nous pensons que les archéologues du futur disposeront d’outils bien meilleurs. Ils pourront alors continuer à travailler sur ce qui peut encore y être trouvé. » Une façon de transmettre le témoin, en attendant que de nouvelles technologies permettent de révéler d’autres secrets encore enfouis sous Gand.
Selon la source : popularmechanics.com