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Des scientifiques retrouvent le chant perdu du nectarinier royal, une espèce en danger critique
Crédit: Unsplash/CC0 Public Domain

Une mélodie retrouvée, un espoir ravivé

C’est une lueur d’espoir pour l’une des espèces d’oiseaux les plus menacées d’Australie. Des scientifiques de l’Université Nationale Australienne (ANU) et de la Taronga Conservation Society Australia ont réussi à restaurer le chant traditionnel du méliphage régent, une espèce en danger critique d’extinction. Grâce à une technique de « tutorat vocal » ciblée, un trait culturel vital à sa survie a pu être sauvé de l’oubli.

Cette avancée, détaillée dans la revue scientifique Scientific Reports, a été menée au zoo de Taronga à Sydney et au Taronga Western Plains Zoo à Dubbo. En réapprenant aux jeunes oiseaux leur propre langue, les chercheurs ont peut-être trouvé une clé pour empêcher leur disparition.

Quand le silence menace une espèce

Chez les oiseaux, le chant n’est pas qu’une simple mélodie. Il joue un rôle essentiel dans la recherche de partenaires, la défense d’un territoire et la cohésion sociale du groupe. À l’instar du langage humain, de nombreuses espèces aviaires apprennent leurs vocalisations en écoutant des « tuteurs » expérimentés. Sans ces modèles, les jeunes oiseaux peuvent développer des chants incorrects ou simplifiés, ce qui a de graves conséquences sur leur capacité à se reproduire.

La situation du méliphage régent est particulièrement précaire. Avec moins de 250 individus subsistant à l’état sauvage, l’espèce subit non seulement un déclin démographique, mais aussi une véritable érosion culturelle. Des recherches antérieures avaient montré que les jeunes oiseaux sauvages, faute de trouver des mâles plus âgés de leur espèce, se mettaient à imiter par erreur les chants d’autres oiseaux. Dans le même temps, les méliphages élevés en zoo développaient des chants qui ne correspondaient à aucune variante sauvage connue, réduisant potentiellement leurs chances de s’intégrer et de se reproduire une fois relâchés dans la nature.

L’école du chant : une expérience innovante

Face à cette perte d’identité sonore, les chercheurs ont mis en place une série d’expériences de tutorat au sein du programme de reproduction de Taronga. La méthode ? Utiliser des enregistrements et surtout, l’exposition directe à deux tuteurs mâles nés dans la nature. L’objectif était d’enseigner aux jeunes mâles nés en captivité le chant traditionnel et complexe de leur espèce.

Ce chant spécifique avait déjà disparu des populations sauvages, qui le simplifiaient de plus en plus à mesure que leur nombre diminuait. « Tout ce que nous savons sur la fonction du chant des oiseaux suggère qu’avoir un dialecte cohérent sera essentiel au succès du programme de réintroduction et à la survie de l’espèce », souligne le Dr Daniel Appleby, auteur principal de l’étude.

Des résultats qui redonnent de la voix

Les débuts n’ont pas été simples. « Après une année de résultats négatifs, nous n’en avons pas cru nos oreilles lorsque de petits ajustements dans notre approche de tutorat ont conduit les juvéniles à chanter comme des oiseaux sauvages », raconte le Dr Ross Crates. Le succès a été frappant. Les années suivantes, les mâles élevés en zoo qui avaient appris le chant traditionnel sont devenus à leur tour des tuteurs pour la génération suivante.

Aujourd’hui, plus de 50 % des mâles nés en captivité maîtrisent un chant très proche de la mélodie sauvage historique. Fait remarquable, la population du zoo est désormais l’unique dépositaire de ce chant traditionnel du méliphage régent. Sans l’intervention des chercheurs, cette signature vocale aurait été perdue à jamais. « Nous sommes extrêmement reconnaissants envers les deux mâles sauvages recrutés dans la population du zoo. Sans eux, le chant sauvage traditionnel aurait été perdu pour toujours », insiste le Dr Crates.

Protéger la culture pour sauver la biodiversité

L’étape suivante consiste à relâcher ces oiseaux « culturellement restaurés » dans la nature. Les chercheurs espèrent qu’ils transmettront ce chant retrouvé aux populations sauvages, aidant ainsi à stabiliser, voire à reconstruire, leur culture vocale. « Entendre les oiseaux élevés en zoo chanter leur chant sauvage pour la première fois était incroyablement émouvant, comme si un morceau de leur identité revenait à la vie », confie le Dr Joy Tripovich. « Restaurer ce précieux chant donne un réel espoir pour l’avenir de l’espèce. »

Cette étude met en lumière une prise de conscience croissante : la conservation de la biodiversité doit inclure la préservation de la culture animale. Protéger une espèce ne se limite pas à ses gènes, mais aussi à ses traditions acquises. « Notre travail consistant à apprendre aux méliphages régents à chanter des chants de type sauvage a des implications considérables pour l’élevage en captivité et les réintroductions », ajoute le Dr Appleby.

Alors que la biodiversité mondiale continue de décliner, cette réussite offre un exemple puissant de la manière dont des stratégies de conservation innovantes et sensibles à la culture peuvent apporter des résultats concrets pour des espèces au bord de l’extinction.

Selon la source : phys.org

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