L’équipe de Kristi Noem accusée d’avoir menacé des enfants avec un chien et un pistolet paralysant
Auteur: Simon Kabbaj
Des accusations explosives au cœur de Washington

Une plainte déposée devant un tribunal fédéral de Washington, D.C., jette une lumière crue sur le traitement des enfants migrants non accompagnés sous la garde des autorités américaines. Des avocats y dénoncent des tactiques d’intimidation qui auraient été employées par des agents fédéraux. Ces derniers, agissant sous les ordres de Kristi Noem, alors secrétaire à la Sécurité intérieure, sont accusés d’avoir utilisé un chien et un pistolet paralysant pour forcer des mineurs à signer des formulaires de retour volontaire.
Selon la requête, ces enfants auraient ainsi été poussés à renoncer à leur droit de demander l’asile aux États-Unis, et ce, avant même d’avoir pu consulter un avocat ou un membre de leur famille. Ces allégations émergent dans un climat de défiance croissante du public envers les pratiques migratoires du gouvernement, et alors que la cote de popularité du président Donald Trump sur cette question est en baisse.
Un recours collectif pour des mineurs isolés

Au cœur du procès se trouve une accusation précise : des agents fédéraux auraient eu recours à la peur, aux menaces et à la désinformation. L’objectif présumé était d’amener des enfants migrants, seuls et vulnérables, à signer des documents de « retour volontaire », abandonnant de fait leur droit de rester sur le sol américain. Cette affirmation a été formalisée dans une requête déposée mardi devant la cour fédérale du district de Columbia.
Cette action en justice s’inscrit dans un cadre plus large. Elle fait partie d’un recours collectif initialement lancé pour des mineurs guatémaltèques, mais elle conteste plus globalement la manière dont l’administration traite les enfants non accompagnés originaires de pays non contigus. La plainte souligne que ces pressions auraient eu lieu alors que les enfants étaient encore détenus par les douanes et la protection des frontières (CBP), sans possibilité de contacter leurs proches ou un conseil juridique. On leur aurait fait comprendre qu’un refus de signer pourrait entraîner de « graves conséquences ».
Un système de protection légale contourné ?

Le litige s’attaque directement à la légalité d’une politique autorisant le CBP à présenter ces formulaires de départ volontaire aux enfants pendant leur détention à la frontière. Or, des protections fédérales existent de longue date pour encadrer précisément ces situations. La loi de 2008 sur la protection des victimes de la traite des êtres humains (Trafficking Victims Protection Reauthorization Act) stipule notamment une procédure claire.
En temps normal, les enfants non accompagnés venant de pays non limitrophes des États-Unis doivent être transférés vers des refuges supervisés par le Bureau de réinstallation des réfugiés (Office of Refugee Resettlement). Là, ils peuvent accéder à des services juridiques et leur cas est présenté à un juge de l’immigration. Les avocats à l’origine de la plainte soutiennent que la pratique actuelle du CBP contourne délibérément ces garanties, forçant les enfants à prendre des décisions qui bouleversent leur vie dans un environnement qu’ils qualifient de carcéral, sans aucun contrôle judiciaire.
Le récit glaçant des menaces présumées

Pour étayer leurs dires, les avocats ont versé au dossier des déclarations sous serment. L’une d’elles relate le témoignage d’un jeune garçon guatémaltèque. Il affirme que des agents « lui ont crié dessus, l’ont insulté et l’ont menacé avec un chien et un pistolet paralysant » pour qu’il signe les documents. On lui aurait également dit qu’il risquait une détention prolongée s’il n’acceptait pas de retourner dans son pays. Il n’aurait pas été autorisé à parler à sa famille avant de signer.
D’autres témoignages décrivent des scènes similaires, où des mineurs auraient signé des formulaires sans les comprendre, parfois à cause de la barrière de la langue ou simplement par peur des représailles. Les avocats affirment avoir identifié au moins 13 enfants qui auraient signé ces documents dans des circonstances qu’ils jugent coercitives. Le dossier judiciaire précise aussi que le formulaire lui-même contiendrait des termes dissuasifs, comme cette phrase : « Si vous choisissez de demander une audience devant un juge de l’immigration ou si vous indiquez que vous craignez de retourner dans votre pays, vous pouvez vous attendre à ce qui suit : vous serez détenu par le gouvernement des États-Unis pendant une période prolongée. » Pour les plaignants, il s’agit d’une menace à peine voilée.
La défense des autorités frontalières

Face à ces accusations, les douanes et la protection des frontières ont défendu leur procédure. Dans une déclaration publique, un porte-parole du CBP a expliqué la démarche de l’agence : « Le document de conseil fourni aux enfants non accompagnés explique les options disponibles en vertu de la loi sur l’immigration et la nationalité pour leur avenir. Le devoir du CBP est de respecter la loi et de protéger les enfants. »
Le porte-parole a poursuivi en contextualisant la situation : « De nombreux mineurs non accompagnés sont amenés à la frontière par des passeurs et courent un risque réel d’exploitation, c’est pourquoi il est essentiel de leur fournir des conseils clairs et conformes à la loi. Cela leur permet de comprendre leurs droits et les options qui s’offrent à eux. Pour beaucoup d’entre eux, qui ont été victimes de traite ou de coercition, le retour dans leur famille est la solution la plus sûre. » Cependant, les responsables de la sécurité intérieure n’ont pas fait de commentaire public sur les allégations spécifiques concernant l’usage d’un chien et d’un pistolet paralysant.
Un scandale en plein tumulte politique

Cette controverse judiciaire éclate alors que le président Donald Trump est confronté à une opinion publique de plus en plus critique sur sa politique migratoire. Des sondages récents indiquent qu’une majorité d’Américains estime que ses mesures vont trop loin. Selon une enquête, 58 % des personnes interrogées jugent que Donald Trump a été trop zélé dans l’expulsion des immigrants sans papiers, tandis que 62 % se sont déclarées opposées à des mesures répressives.
Lors d’un discours récent, le président a pourtant réaffirmé sa ligne : « le premier devoir du gouvernement américain est de protéger les citoyens américains, et non les étrangers en situation irrégulière ». Alors que la cour fédérale examine si ces actions présumées violent les lois de protection de l’enfance, l’affaire intensifie le débat sur les limites de l’application de la loi. Dans ce contexte tendu, un fait nouveau est à noter : Kristy Noem a été démise de ses fonctions à la tête du DHS le 5 mars dernier.
Créé par des humains, assisté par IA.