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Pétrole : la flambée historique qui fait plonger les Bourses d’Asie
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une flambée historique secoue les marchés

Lundi, les marchés de l’énergie se sont réveillés en état de choc. Le prix du baril de pétrole a bondi de 30 %, franchissant la barre des 115 dollars. Cette envolée spectaculaire, provoquée par l’escalade du conflit au Moyen-Orient et le blocage persistant du détroit d’Ormuz, a eu un effet immédiat et dévastateur sur les places financières asiatiques, qui ont ouvert en forte baisse.

Les chiffres témoignent de la panique. Vers 22 h 30, heure de l’Est, le baril de West Texas Intermediate (WTI), qui sert de référence au marché américain, s’envolait de 30,04 % pour atteindre 118,21 dollars. Simultanément, le baril de Brent de la mer du Nord, la référence mondiale, flambait de 27,54 % pour s’établir à 118,22 dollars.

Cette hausse est d’une violence rare. Depuis le début de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, le WTI s’est apprécié de 70 %. C’est du jamais vu sur une période aussi courte. Même l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui avait pourtant propulsé le baril à 130,50 dollars début mars 2022, n’avait pas entraîné de secousses aussi brutales et rapides.

Au cœur de la crise, un détroit paralysé

credit : lanature.ca (image IA)

Comment expliquer une telle situation ? Au dixième jour de la guerre impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis, tous les regards sont tournés vers le détroit d’Ormuz. Ce passage maritime stratégique, par lequel transitent environ 20 % de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL), est aujourd’hui quasi-paralysé. Une situation qui met l’approvisionnement énergétique mondial sous une pression immense.

Lloyd Chan, analyste pour la banque MUFG, n’hésite pas à parler de « choc pétrolier ». Il observe que « les perturbations de l’approvisionnement s’intensifient, les données de suivi des navires confirmant l’arrêt du trafic maritime ». Pour ne rien arranger, le conflit déborde dans la région. L’Arabie saoudite a ainsi dû intercepter lundi deux nouveaux drones visant le gisement pétrolier de Shaybah, dans le sud-est du pays, cible d’une attaque la veille.

L’offre se contracte dangereusement. Lloyd Chan souligne que « les Émirats arabes unis, le Koweït et l’Irak ont réduit leur production de pétrole ». Le cas de l’Irak est particulièrement frappant, le pays ayant annoncé « à lui seul une baisse d’environ 3 millions de barils/jour ».

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE DE LA PLATEFORME TRUTH SOCIAL
credit : CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE DE LA PLATEFORME TRUTH SOCIAL

La vague de panique submerge les Bourses asiatiques

credit : lanature.ca (image IA)

La conséquence de cette crise énergétique ne s’est pas fait attendre. Dans le sillage de l’envolée du pétrole, les Bourses d’Asie ont décroché à l’unisson. Vers 22 h 30, heure de l’Est, à la Bourse de Tokyo, l’indice phare Nikkei chutait de 6,97 % à 51 740 points. La contagion s’est étendue : à Séoul, l’indice Kospi dévissait de 6,61 %, Taipei lâchait 5,70 %, Sydney perdait 3,67 % et l’indice Hang Seng à Hong Kong abandonnait 2,87 %.

Cette région est particulièrement exposée à un choc pétrolier. Les analystes de Moody’s préviennent qu' »une hausse significative et durable des prix du pétrole mettrait à rude épreuve les régions importatrices d’énergie, notamment l’Europe et l’Asie ». En effet, la Corée du Sud est le quatrième plus gros importateur de brut au monde, avec une économie dépendante de son industrie technologique très énergivore. Le Japon, de son côté, est le cinquième plus gros importateur de pétrole brut et le deuxième de GNL.

Stephen Innes, de SPI Asset Management, confirme ce diagnostic : « Le Japon et la Corée sont des moteurs industriels géants qui fonctionnent au pétrole importé. Lorsque le prix du brut flambe, il se répercute directement sur les entreprises : les coûts des intrants explosent, les anticipations d’inflation grimpent, les estimations de bénéfices sont abaissées ».

Inflation, taux d’intérêt : l’économie mondiale menacée

credit : lanature.ca (image IA)

La crise actuelle fait planer le spectre d’un ralentissement économique global. Selon les analystes de Moody’s, la flambée des cours de l’or noir pourrait entraîner « une augmentation des prix à la consommation et des coûts de production à l’échelle mondiale, érodant le pouvoir d’achat et pesant sur l’investissement ». Ce regain d’inflation contraindrait alors les banques centrales à relever leurs taux d’intérêt, ce qui freinerait encore davantage l’activité économique.

Face à ces craintes, les réactions politiques divergent. Aux États-Unis, où le prix de l’essence est un sujet politiquement très sensible, le président Donald Trump a estimé dimanche soir que cette flambée était un « tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des États-Unis et du monde ». Sur un plan plus concret, l’Agence américaine de développement DFC a annoncé vendredi la mise en place d’un mécanisme de réassurance pouvant aller jusqu’à 20 milliards de dollars pour faciliter la couverture des risques liés au passage des navires dans le détroit d’Ormuz.

Le surprenant ballet des valeurs refuges

credit : lanature.ca (image IA)

En période de crise, les investisseurs se tournent traditionnellement vers des actifs jugés sûrs. Pourtant, le tableau est aujourd’hui contrasté. Le dollar, à la fois monnaie de référence pour le commerce du pétrole et devise refuge, s’est apprécié. Il grimpait de 0,57 % pour atteindre 158,69 yens. Sa position semble renforcée par la situation.

En revanche, l’or a vu son éclat se ternir, un phénomène à première vue contre-intuitif. Malgré son statut de valeur-refuge par excellence, le métal jaune cédait 1,43 % à 5097 dollars l’once. Comment l’expliquer ? Stephen Innes de SPI Asset Management livre une analyse claire : « Alors même que les tensions géopolitiques s’exacerbent, cela semble paradoxal. En réalité, c’est un signe classique de liquidation ».

Selon lui, dans un contexte de panique généralisée sur les marchés, la logique change. Les investisseurs ne cherchent plus seulement à se protéger, mais à obtenir des liquidités à tout prix. Il conclut : « dans des marchés en panique, les investisseurs ‘vendent ce qu’ils peuvent et l’or est l’un des actifs les plus liquides au monde' ».

Selon la source : lapresse.ca

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